RTPacific Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Fin de la monnaie comme instrument de propagande en Haïti (7 février 1986-2021)

Fin de la monnaie comme instrument de propagande en Haïti (7 février 1986-2021)



Dans l’article 7 de la Constitution de 1987, le culte de la personnalité est banni en ces termes : « Désormais… les effigies, les noms de personnages vivants ne peuvent figurer sur la monnaie, les timbres, les vignettes… » C’est au lendemain du 7 février 1986, que les héros de l’indépendance haïtienne allaient retrouver leur véritable place dans la monnaie nationale, en remplaçant les Duvalier, qui n’avaient accordé pratiquement aucune place aux héroïnes dans l’histoire d’Haïti dans les billets !

De 1957 à 1986, l’auteur Joseph Guerdy Lissade nous rappelle : « L’arrivée de François Duvalier le 22 septembre 1957 à la première magistrature de l’État, à la suite de cinq gouvernements provisoires et de la dissolution du parlement au moment où des factions de l’armée continuent de s’affronter, va changer pendant plus d’un quart de siècle l’usage généralement fait de la monnaie en Haïti. Tout en conservant ses fonctions économiques et financières indéniables, le billet de banque haïtien est désormais largement utilisé pour divulguer l’image du président, comme il impose d’ailleurs l’affichage de son portrait dans les rues, les bâtiments publics et les établissements scolaires. »

Dans le deuxième volume de l’ouvrage : « Les billets de Banque de la République d’Haïti », qui porte la signature de l’homme de Loi et grand collectionneur Joseph Guerdy Lissade, ce dernier rapporte à la page 427, que : « Peu après l’arrivée au pouvoir du nouveau président (François Duvalier 1957-1971), le conseil d’administration de la BNRH est remplacé et les billets portent de nouvelles signatures, élargissant ainsi la gamme des variétés de l’époque. ».

Derrière les nombreuses initiatives entreprises par le régime des Duvalier de père en fils en matière de politique économique, financière et monétaire, les unes les plus innovantes ou importantes que d’autres, en dehors des nombreuses autres dérives économiques et crimes financiers qui entachent ce régime, selon des critiques et rapports de témoins de cette époque, on retient que c’est entre 1960 et 1965 que sont apparus les billets d’une gourde à l’effigie de François Duvalier. Particulièrement en 1965, on distingue le billet portant la signature des banquiers centraux suivants : Antonio André, Vilfort Beauvoir et François Murat.

D’autres billets comme celui d’une valeur de deux gourdes et celui d’une de cinq Gourdes allaient perpétuer le culte de la personnalité comme instrument de propagande de ce régime dictatorial. Rappelons que les Duvalier n’avaient pas été les premiers à instrumentaliser la monnaie nationale dans une telle démarche.

D’autres avant lui avaient fait un usage similaire. Me Lissade souligne ainsi les cas de : Nicolas Geffrard ; Nord Alexis ; Sténio Vincent qui ont chacun au cours de leur mandat, placé leur effigie sur une série de billets.

De père en fils, le jeune chef d’État haïtien à la mort de son père en 1971, en héritant le pouvoir, allait garder le conseil d’administration de la banque institué par l’administration précédente. « Les billets d’une et de deux gourdes conservent à peu près le même design, sauf que le regard de François Duvalier est désormais tourné vers la droite, comme il en est au reste, d’autres dénominations portant son effigie. », rappelle l’auteur en question qui se passe de présentation dans l’histoire de l’art et des sciences numismatiques en Haïti.

Dans le même paragraphe, JGL poursuit : « Le caféier du billet de dix Gourdes est remplacé par le portrait du cujus. Henry Christophe (dans le billet de 100 Gourdes) est substitué aux cueilleurs de tabac et Lysius Salomon Jeune (dans le billet de 50 Gourdes) à la fleur de coton. Les symboles de l’agriculture et de la paysannerie font définitivement place au culte de la personnalité politique. » À noter que c’est à cette même période que la banque centrale haïtienne allait introduire les billets de 250 et de 500 Gourdes. Et c’est l’image de François Duvalier qu’on retrouvait ainsi dans le billet des 500 Gourdes, tandis que celui des 250 portait l’effigie de Jean Jacques Dessalines.

De 1970 à 1975, la population haïtienne allait utiliser les billets d’une, de cinq et de dix Gourdes portant l’image de « Papa Doc ». Pendant que durant la période de 1976 à 1979, la banque centrale introduisait les premiers billets de 25 Gourdes avec l’effigie de Jean-Claude Duvalier, avec à l’autre bout, sur la même face, l’image de l’antenne de la station des télécommunications, qui faisait la fierté du régime en matière de développement des infrastructures et de modernité dans la région Caraïbe.

Duvalier (de père en fils), persistent et signent dans les nouveaux billets émis par la nouvelle Banque de la République d’Haïti, créée par la loi du 17 août 1979, tout en conservant le même tableau des valeurs monétaires, avec certainement des modifications dans le design et les signatures des différents banquiers centraux qui se sont succédé (exclusivement des hommes) entre 1979 et février 1986.

Dessalines, Christophe et Salomon figurent ainsi parmi les seuls hommes politiques haïtiens qui pouvaient trouver une place dans les planches à billets sous le règne des Duvalier.

De 1983 à 1985, Jean-Claude Duvalier allait s’offrir une place de choix dans le billet de cinq Gourdes, en dehors des deux autres pièces de dix et de vingt-cinq Gourdes qui le présentaient dans un ton très sérieux avec un regard soucieux. Situation socio-politique oblige !

Durant une telle période qui annonçait certainement la fin du règne des 29 ans de pouvoir, on comprend à quel point ce régime faisait face à toutes les difficultés tant externes qu’internes, par rapport aux pressions les plus légitimes venant tant des opposants que de la communauté internationale, incluant la voix du pape Jean Paul II, lors de sa visite en Haïti, qui souhaitait : « Il faut que quelque chose change ! »

Des sourires en temps de crise malgré tout, loin de toute ironie, en se rappelant de la fameuse citation : « Rira bien qui rira le dernier », l’auteur Joseph Guerdy Lissade propose dans les pages 508 et 509, en bouclant le chapitre, une sélection de billets inédits présentant Jean-Claude Duvalier avec de larges sourires, tout en précisant que : « Les billets qui suivent n’ont jamais été émis. Ils ne sont que des épreuves proposées aux autorités monétaires haïtiennes en 1984 par la firme Thomas de la Rue. Ils ne sont pas répertoriés dans ce catalogue. Leur présentation est faite uniquement pour aguicher la curiosité des collectionneurs. »

Depuis la fin du culte de la personnalité sous le signe de « L’instrument de propagande 1957-1986 », les pères fondateurs de la Patrie haïtienne retrouvent sous l’emprise de la Constitution de 1987 leur place de choix et le monopole de visibilité, en dehors de quelques sites patrimoniaux ou faits historiques, dans l’émission des billets et pièces de monnaie.

Désormais, 35 ans après, il revient aux femmes de revendiquer une meilleure place plus équitable dans leur représentation dans les billets et les pièces de monnaie, en dehors des effigies de Catherine Flon, de Sanite Belair comme les deux seules orphelines immortalisées sur des billets d’une valeur de dix Gourdes. Le billet proposant la plus petite unité de valeur par d’autres tels 25, 50, 100, 250, 500 et 1000 Gourdes !

Dominique Domerçant




Articles connexes


Afficher plus [3091]