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Débat, délibération ou dialogue : un choix pour la conférence nationale en Haïti

Débat, délibération ou dialogue : un choix pour la conférence nationale en Haïti








J’ai décidé de soumettre à l’appréciation du public cet article que j’ai écrit au lendemain de la disparition du militant et homme politique, feu Dr Turneb Delpé, à un moment où le pouvoir en place pensait encore aux « états généraux sectoriels de la nation » et le mot gouvernance était d’usage courant dans notre milieu. La décision de rendre l’article public est motivée par l’arrêtée présidentielle nommant les membres du comité de pilotage des États généraux sectoriels qui semblent être chers à notre Président. J’offre, donc, cet essai à la nation comme une plaidoirie pour prioriser l’inclusion au détriment de l’exclusion parce que la route pour sortir de notre état de nation faillie et aller vers une société où la bonne gouvernance est la seule norme, cette route-là passe par la mutation de notre mentalité exclusive pour nous divorcer des institutions extractives d’hier et d’aujourd’hui.Pour réduire ou éradiquer la marginalisation dans la société haïtienne, on ne peut se permettre de ne pas analyser les systèmes qui ont engendré cette société économiquement limitée. À une époque où les révolutions armées semblent être chose d’un passé lointain, le dialogue soutenu et la délibération publique peuvent être des outils effectifs pour casser le moule du « cercle vicieux » (Acemoglu & Robinson, 2012, p. 335) où sont créées les institutions économiques et politiques qui allaitent l’échec des états. Sans critiquer ni tuer l’idée d’une conférence nationale, formule de prédilection du regretté Dr Turneb Delpé, je crois qu’il nous faut privilégier le dialogue et la délibération pour éviter une conférence-débat où les politiciens de Port-Au-Prince viendront imposer leur formule individuellement composée comme seul moyen de sauver la nation. Choisir entre dialogue et débat, c’est comme choisir entre disputer et argumenter. Dans un dialogue soutenu, terme octroyé à l’émissaire américain, Harold Saunders, qui avait négocié les accords du Camp David dans un style de navette diplomatique (Lohmann & Van Til, 2011), on essaie de comprendre l’opinion de l’autre au lieu de critiquer la faiblesse de sa position. Dans un débat l’interlocuteur défend sa position comme étant la meilleure solution et cherche à l’imposer en excluant toutes autres. Contrairement au débat, le dialogue offre plus facilement la possibilité de trouver un accord en suspendant tout ego, en adoptant une attitude conciliante pour chercher le côté fort de l’autre opinion, et en mettant en commun ce que chaque partie a de bon à offrir sans aliénation ni offense aucune.Pour dialoguer, il faut savoir comment parler aux autres. Savons-nous comment parler sans vociférer contre ou chahuter l’interlocuteur ? Qui seront les acteurs-participants dans une conférence nationale ? À cette dernière question, les réponses plausibles peuvent être toutes controversables. S’il s’agit des politiciens en dehors du pouvoir, ce sera peut-être chose et temps perdus ; entre le pouvoir et la classe politique, ce sera un vrai tour de Barbel parce qu’ils ne parleront pas la même langue ; entre le pouvoir, la classe politique, et les économiquement forts, c’est comme avoir un débat entre des employeurs et leurs employés autour d’une augmentation de salaire ou des vacances prolongées. Et le peuple dans tout ça ? Ha, le peuple ! C’est qui, encore, le peuple ? Le peuple c’est bien nous tous : paysans, citadins, professionnels, ouvriers, politiciens, riches, et pauvres. Notre problème à nous c’est que nous ne nous parlons pas. Nous ne connaissons pas les vrais besoins et les problèmes de l’autre. L’un peut toujours arguer qu’il maitrise parfaitement l’arithmétique de l’autre, mais en fait, c’est la même duperie vieille de 214 ans, et on attend encore de comprendre.Pour dialoguer à propos des intérêts nationaux, il faut absolument connaitre les intérêts des différents groupes composant la nation ; et cela n’est que possible quand ils les proclament et les expliquent eux-mêmes sans intermédiaires. La paysannerie n’a pas besoin d’une classe politique pour dire aux nantis ce qu’elle veut pour s’épanouir, non plus que les ayants droit de l’ancienne colonie ni les héritiers du bord de mer n’aient besoin d’intermédiaires pour expliquer aux démunis leurs intérêts économiques qui doivent être préservés. Pour ce faire, la nation a besoin d’un dialogue préalable au dialogue national. Cette étape d’accommodation, c’est ce qu’on appelle la délibération publique (David Matthews, Kettering Foundation), une notion qui diffère des émissions de libre tribune qui alimentent le tohubohu national des trois dernières décennies. Type de forum public planifié et coordonné, le processus de délibération permet aux acteurs d’exprimer leurs intérêts, leur sentiment, et peut aussi créer la plateforme nécessaire pour discuter des intérêts publics et favoriser la compréhension entre les citoyens sur des cas spécifiques d’intérêt national. Durant les sessions de délibération publique, nous devons profiter, entre Haïtiens, de soulever les questions de justice sociale, des droits de propriété, de la réforme agraire et la distribution des terres, de la scolarisation universelle, de justice et sécurité publique, de la problématique environnementale, du déclin de la société. Nous devons aussi discuter de l’application de notre système politique et constitutionnel, sur nos choix économiques et financiers, de la corruption institutionnalisée, enfin toutes les questions qui peuvent nous aider d’avoir une compréhension de notre déclin de peuple et de formuler des solutions pour y remédier.Puisque les acteurs nationaux opèrent en vase clos, en mode ségrégationniste des sociétés d’apartheid, et qu’aucun d’eux n’arrive pas à nous sortir du gouffre de la misère prolongée, un travail d’ensemble, une sorte de « konbit » d’idées sur fond de franc-parler, nous donnera la possibilité de marcher unis et forts. Non à la méthode de conférence nationale du type de débat exclusif, oui à la délibération publique inclusive pour débroussailler l’espace national et faciliter un dialogue soutenu. Un dialogue engagé, où les Haïtiens peuvent apprendre à se connaitre, se faire confiance pour exécuter ensemble un plan de développement national qu’ils ont concocté eux-mêmes et s’engagent à mettre en oeuvre, quelle que soit la tendance politique qui accaparera le pouvoir, dûment et librement délégué par le peuple. La bonne gouvernance c’est l’état responsable qui rend du compte à ses souverains, et c’est aussi des citoyens engagés qui participent activement dans les affaires publiques parce qu’ils sont les mieux placer à demander du compte.J’exhorte les citoyens qui viennent d’être choisis pour initier le processus des prétendus « États généraux sectoriels de la nation » à faire oeuvre qui vaille. Ils doivent se rappeler que la nation ne se réduit pas à la région métropolitaine de Port-Au-Prince, et que le pays exige mieux que des états généraux partiels tenus avec des groupes non représentatifs de la majorité. Ils doivent saisir l’opportunité pour engager les différentes composantes de la société haïtienne pour jauger de la velléité des nantis et des démunis à s’engager dans un dialogue national pour le sauvetage du pays. Ils doivent nous éviter l’accouchement d’un autre document qui sera classé comme tant d’autres qui ont été produits par nos anciennes commissions présidentielles.Raphaël N. Jean-François, Long Island NY, 25-06-2017 révisé le 28 Mars 2018 Références : Acemoglu, D., Robinson, James A. (2012). ‘’Why Nations Fail”: The origins of Power, Prosperity, and Poverty. Crown Publishing Group. New York.Nous souhaiterions recevoir des informations concernant les moyens qui seront déployés pour obtenir l’adhésion de l’ensemble de la population. Cette initiative est des plus louables et nous souhaiterions y participer; cependant nos inquiétudes sont palpables : la Diaspora sera-t-elle consultée, comme le seront les représentants des divers secteurs sociaux et géographiques du pays ? Et si oui, comment?Enfin, nous tenons à souligner le fait que la KODDDA s’inquiète quant à l’aboutissement de ce pacte qui, devant être soumis (pour validation) au Président de la République, ne serait donc pas contraignant, tandis que la majorité de la population pour sa part s´y serait pleinement engagée. Dans de telles circonstances, la démocratie ne s´en trouverait-elle pas amoindrie par le biais d´une décision unilatérale de la Présidence?Nous vous prions de recevoir, Monseigneur, nos plus vifs remerciements pour une prompte réponse et nos salutations les plus respectueuses en la patrie.Suivent les noms des rédacteurs de la présente :Lou Evans ArneErnest Victor BellandeEdward BerrouetAlix LamarreLouis F. Moise-LouissaintRobert MagloireMichelle MevsGeorges MichelFrantz PriceJean-Claude RoyJean-Sébastien RoyLa fête dura quelques jours, mais pas assez. La vie « normale » reprit son cours, autrement dit le stress, les engueulades, la mesquinerie, tous les obstacles que les hommes prennent plaisir à ériger entre eux. Le Général de Gaulle s’était ressaisi, décidé à se défaire de la chienlit. André Malraux défila sur les Champs-Élysées, et tout « rentra dans l’ordre ». La fête avait pris fin. La terre est une vallée de larmes, petit homme. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.Je compris alors que tout gouvernement, fût-il démocratique, n’était qu’un pis-aller. Il n’y a pas de vrai bonheur sans absence de contraintes. Oh, je sais bien qu’on ne pouvait pas toujours vivre de la sorte. Il fallait bien que « business as usual », que les usines tournent et que les enfants aillent à l’école. Mais je sais aussi que cela n’est pas le bonheur.J’ai appris également (corollaire de ce qui précède) que Rousseau a raison. L’homme naît bon, la société le déprave. Ou plutôt, l’homme naît neutre. Durant la période utopique de Mai, tous ceux que j’ai côtoyés étaient devenus bons. Spontanément.Mais les mots me manquent. Il est des expériences inexprimables.Je cède ici la parole à Rimbaud, vrai fils de Mai avant la lettre, qui vous dira mieux que moi ce que j’ai ressenti après la fête :« Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre. Paysan. »En 2018, le Rêve est mort, tué par des politiciens lâches et sans coeur.Sous les pavés, la haine ! Voici venu le temps des petits hommes.P.L. : Le premier poème d’Épaule d’ombre.

Vertige

Avec ton éveil à la joie,

Avec ta course irréfléchie,

Avec ta robe dans le vent,

Avec ton sourire émergeant

Comme une menace à mon inquiétude,

J’éternise mon feu comme une ferveur.

Avec mes sursauts énervants,

Avec mon rire de proscrit

Qui grince, heurtant ton extase-hébétude,

Et mes os exhumés de l’ossuaire,

Au scandale des châtelaines

Qui m’offrirent leur nudité

Ébroué de nul frisson,

Impassible à des yeux tourmentés d’aurore.

[sismale,

Je compose un songe d’enfer

Pour frôler ton corps,

Électriser ta gorge consentante.

Certain jour de faste attendra l’abordage du

[Paquebot

Amenant l’exilé sorti de prison.

Je te prendrai par les cheveux

Ah ! Fiévreusement,

Pour te montrer,

Pendu,

Giflé,

Sifflé,

Affolé,

Égaré,

Et seul

Cyniquement seul,

Livré à la faim,

Dans la baie des puanteurs,

Devant les maisons de corruption

Où l’on fabrique

Des faiseurs de complots,

Des postulants au forçat,

Des enfants du salut dans la faim,

Par la faim,

En haillons,

En ulcères,

Et des hommes pour voyager en première,

Des hommes pour aller pieds nus,

Des hommes pour le home,

Des hommes pour la hutte ;

Et puis des femmes,

Des femmes pour les boudoirs,

Des femmes pour les fumoirs,

Des femmes pour les bordels,

Des femmes pour causer des tueries, la

[Banqueroute,

Des femmes pour l’anxiété des bijoutiers,

Des femmes pour la pitié ...

Je te dirai tout l’aboi des mornes,

La plainte des ruisseaux endormis,

Inoculé par les premières aiguilles d’hélium.

Je te conterai l’avortement

De chaque fruit

Sur la terre impassible, et

Dosant, supposant chaque corps pour l’engrais de ses mamelles tentaculaires.

Je te ferai contempler

Une fenêtre ouverte sur la grève ...

La terre tournera autour

De nos bras polaires

Et nous aurons le vertige des gravitations

le privilège de fixer

le changement des saisons,

L’influence de tes yeux sur les raz-de-marée,

Le sommeil des pêcheurs,

le cauchemar de germination des alluvions,

Tu chanteras devant l’extase

Car tu ne construiras pas

Sur l’inquiétude et la soif.

Les chevaliers insoumis,

Les coursiers de déserts communicables

inclineront jusqu’à tes pieds en porcelaine

Leurs flèches.

Leurs boucliers.

(Juin 1944)

Ovations nourries (Paul et René sont très émus)

F-A.L. : Paul, René vient de nous expliquer qu’il a choisi la poésie et l’enseignement, une voie d’expression et une carrière. Et vous, comment êtes-vous arrivé à la poésie ? P.L. : Dans mon cas, cela n’a pas été mon choix. La poésie m’a choisi. (Rires). Alors très tôt, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire. Je dois dire que j’ai appris mes premiers vers des lèvres de mon cousin germain Fernand Martineau, le poète. Il se voulait le poète exclusif de l’amour. Pour lui comme pour moi, la poésie est une question de vie ou de mort, comme l’amour et comme la liberté.Pour reprendre un peu ce que René vient de dire. René pour moi est un ami de vieille date et à l’époque où nous n’étions pas encore mariés, il vivait chez mon père. Longtemps après, quand nous étions tous en exil, j’ai eu des problèmes avec mon fils aîné et je l’ai envoyé vivre chez René. C’est une vieille amitié qui a commencé peut-être à cause de la poésie, qui s’est entretenue de plus en plus, bien que notre conception de la poésie ne soit pas nécessairement la même. Il y a eu un point de rencontre sur le surréalisme, contenu dans mon livre qui doit paraître à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Il s’appellera OEuvres incomplètes. Ce recueil divisé en trois parties comprendra seulement ma poésie d’expression française, pas d’expression créole, pas non plus mes articles sur la politique. La tentation surréaliste, c’est pour moi ce qui a existé, non pas un mouvement surréaliste que nous aurions vécu, mais la tentation surréaliste d’abord par nos lectures et puis la présence cristallisante de Breton. Comme je l’ai dit dans un article « André Breton en Haïti, un témoignage », nous avons réalisé avec Breton les champs magnétiques dans la vie. (Rires).F-A.L. : Si je vous disais à vous deux que je n’étais qu’un simple amateur, un dilettante de roman et que je n’entendais rien à la poésie, que me diriez vous ? P.L. : Eh bien, je vous comprendrais, bien que je n’aie jamais été tenté par le roman de manière personnelle. Il faut avoir le don d’observation pour le roman et ça, je ne l’ai pas. La réalité me pénètre et reparaît sous une forme poétique des années après. C’est un processus parti du fond du subconscient, du fond de mon être.F-A.L. : René Bélance ? R.B. : Je pense que c’est une question de personnalité. Il y a des tempéraments qui sont attirés par tel mode d’expression et d’autres par tel autre. Je dois dire que pour ma part, j’aurais pu aller à différentes activités, dans différents secteurs de l’art. J’aurais pu aller vers le dessin, la peinture et la musique ...F-A.L. : Je comprends. Paul aurait pu faire autant car la poésie englobe tout et touche à toutes les sphères de la vie. Merci de m’avoir accordé cet entretien. Paul Laraque et René Bélance : C’est à nous de remercier.



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