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Les Haïtiens de Floride n’ont pas de meilleurs leaders que ceux d’Haïti

Les Haïtiens de Floride n’ont pas de meilleurs leaders que ceux d’Haïti








Jean Monestime.                                              Dr Smith Joseph. L’on s’accorde à reconnaitre que l’une des causes majeures de la crise haïtienne perpétuelle est notre incapacité jusqu’ici à créer une élite politique. Les Haïtiens de la diaspora tendent à se croire supérieurs à ceux de l’intérieur, et ne ratent jamais une occasion de dire que la solution d’Haïti viendra de l’extérieur. Bien qu’il y ait une certaine vérité dans cette assertion, force est de reconnaitre que les politiques Haïtiano-Américains, du moins ceux de Floride, sont aussi décevants que leurs homologues évoluant en Haïti. Une simple analyse de la classe politique floridienne suffira pour corroborer cette affirmation.À tout moment, une communauté a toujours des priorités. Le but premier d’un élu est de résoudre les problèmes de la communauté par ordre de priorité. Aux États-Unis, la question du statut des membres de la communauté et leur protection par rapport aux raids des autorités migratoires devrait être la priorité de tout élu, à tout moment. Mais est-ce le cas ? Voyons ce qui s’est récemment passé dans le comté de Miami-Dade.La protection contre les déportations Depuis l’avènement de Donald Trump au pouvoir, il y a eu une vague de déportations systématiques de sans-papiers des États-Unis. Pour faire face à cette situation et protéger les victimes éventuelles, certaines villes, depuis l’administration Obama, s’étaient déclarées villes sanctuaires. Qu’est-ce que cela signifie ?Une ville sanctuaire, c’est une ville qui limite sa coopération avec les autorités migratoires fédérales en vue de protéger, de la déportation, des immigrants qui ne sont pas considérés prioritaires par ces autorités. En d’autres termes, des immigrants qui ne représentent pas, par leur casier judiciaire, une menace pour le reste de la population. Comment une ville sanctuaire peut-elle concrétiser un tel but ?Prenons un exemple concret. Dans une ville non-sanctuaire, lorsqu’un sans-papier est appréhendé pour une infraction mineure, et qu’il paie la caution pour être libéré, les autorités carcérales vont le maintenir en détention pour donner le temps aux autorités migratoires de passer le chercher. Une fois cette étape franchie, c’est le camp de détention suivi de la déportation. Par contre, dans une ville sanctuaire, les autorités carcérales ne collaborent pas avec leurs collègues du service d’immigration, ce qui permet aux sans-papiers de ne pas être déportés pour des infractions mineures. Qu’en est-il de Miami ?Sous l’administration Obama, le comté de Miami-Dade était un espace sanctuaire. Cependant, à l’avènement de Donald Trump, il a menacé de priver le comté d’une subvention fédérale de, tenez-vous bien, $481,347, ce qui ne représente rien dans un budget de sept milliards de dollars. En fait, la communauté haïtienne aurait pu verser cette pitance au comté de Miami-Dade. D’autres comtés qui avaient bien plus à perdre ont tenu tête à l’administration.Malheureusement, le comté a pris la fâcheuse décision de faire les quatre volontés de l’administration Trump en abandonnant son statut d’espace sanctuaire de façon à recevoir les 400.000 pauvres dollars mentionnés plus haut. Le 26 janvier 2017, le maire du comté, Carlos Gimenez, allait signer une décision forçant les centres carcéraux du comté à détenir les immigrants pour le compte du pouvoir fédéral. Evidemment, les Haïtiens étant le deuxième groupe ethnique en importance dans le comté, vont être sérieusement affectés par cette décision, particulièrement après expiration du Programme de protection temporaire. Aucun élu haïtien, ni Jean Monestime qui siège au conseil d’administration du comté aux côtés de Gimenez, ni les maires et conseillers communaux d’origine haïtienne des villes du comté (Smith Joseph et Compagnie), n’ont dénoncé ce crime contre la communauté. En fait, vu que c’est seulement récemment que les Cubains ont été dépourvus de leur extraordinaire protection contre les déportations, nous sommes le groupe ethnique à être le plus affecté par cette décision scélérate. Aucune protestation de nos soi-disant représentants dans les instances gouvernementales locales. Aucune tentative de mobiliser la communauté pour faire échec à ce plan, alors que ces élus ont dû être imbu du projet de Gimenez avant tout le monde. Rien.L’accès aux services Pour avoir accès aux services publics dans un pays d’accueil, une communauté immigrante doit contourner les barrières linguistiques. Les élus cubains de Miami l’ont bien compris, et se sont arrangés pour que l’espagnol devienne la seconde langue du comté. Partout où l’on va, il y a des hispanophones au service des leurs. Lorsqu’on appelle un bureau public à Miami, des fois on vous donne l’option de choisir l’espagnol avant l’anglais. Qu’en est-il du Créole ? Rien. Lorsqu’on appelle les bureaux publics, cette option n’existe pas. En fait, les rares fois que des avis sont publiés en Créole, comme le faisait remarquer notre collaborateur Jonel Juste sur un réseau social l’autre jour, le Créole est de qualité médiocre. Parce qu’on ne respecte pas assez la communauté pour embaucher des gens compétents. Or, si nos élus comprenaient l’enjeu de l’intégration du Créole dans l’administration locale, cela aurait deux impacts majeurs sur la communauté : d’abord, promouvoir le Créole comme c’est fait pour l’espagnol équivaudrait à employer des dizaines de compatriotes pour desservir la population ; ensuite, les milliers de compatriotes non anglophones de notre communauté seraient plus à l’aise de naviguer le système administratif local. Cependant, ces préoccupations ne figurent pas sur l’agenda personnel de nos “représentants.” Il est triste de remarquer que cette communauté a bénéficié beaucoup plus d’élus non- Haïtiens démocrates et républicains que de ses propres fils et filles. Absence de vision ? Incurie ? Les deux.Par souci d’objectivité, il convient ici de mentionner un exemple qui se démarque du lot de manière rafraichissante. L’année dernière, après avoir réalisé que le département de services sociaux de la ville de Miramar, dans le comté de Broward, ne comptait aucun employé créolophone, la conseillère municipale d’origine haïtienne Darlene Riggs est sortie de ses gonds. Avec l’aide de la presse locale, elle est arrivée à mobiliser la communauté et forcer la main aux autres membres de l’administration. Aujourd’hui, nos compatriotes non-Anglophones ont au moins un employé créolophone auquel s’adresser en cas de besoin.Mais ces cas sont rares. Généralement, rien dans notre communauté floridienne n’est différent de ce qui se passe en Haïti. Face à une communauté peu exigeante, un électorat indulgent, les leaders se servent au lieu de servir. Et ils veulent qu’on les prenne au sérieux !Le tout dans le farniente et l’insouciance, sans nous demander ce qui se passerait lorsque de Gaulle réagirait, car l’Utopie nous semblait naturelle. C’est ainsi qu’il fallait vivre et non stressés, tendus, aigris contre le monde entier.En plus des discussions de rue, nous allions à des réunions improvisées à la Sorbonne et, un jour, le Pape nous rendit visite, j’ai nommé Jean-Paul Sartre. Il voulait dialoguer avec les jeunes. Une autre star, Aragon, lui aussi daigna se déplacer. Mais il n’eut pas la chance du photographe, car Cohn-Bendit l’interpella en lui disant que ce n’était pas la place d’une crapule stalinienne.Le mot fit mouche comme beaucoup d’autres et de ce jour les communistes devinrent des crapules staliniennes. Je date de ce moment la dégringolade du parti de Georges Marchais, le début de la fin des nostalgiques du Palais d’hiver.Mai 68, ce fut le refus de toutes les dictatures, qu’elles fussent de gauche ou de droite. Un désir absolu de liberté.Sous les pavés la plage ! Si grande était notre joie qu’un de nos amis haïtiens perdit toute peur des macoutes à partir des événements de mai. Il était arrivé à Paris, traumatisé par un séjour à la prison-mouroir de Fort-Dimanche. Il se retournait en marchant, de peur d’être suivi, et ses nuits étaient hantées par des cauchemars.Il fut guéri par l’Utopie et jamais plus ne fit de rechute.Mai 68 fut la psychothérapie la plus formidable qu’on pût imaginer. Les habitants du Quartier latin comprirent d’un seul coup qu’il y avait autre chose dans la vie que l’aigreur et le ressassement. Autre chose que l’exclusion.Le bonheur était possible ! La fête dura quelques jours, mais pas assez. La vie « normale » reprit son cours, autrement dit le stress, les engueulades, la mesquinerie, tous les obstacles que les hommes prennent plaisir à ériger entre eux. Le Général de Gaulle s’était ressaisi, décidé à se défaire de la chienlit. André Malraux défila sur les Champs-Élysées, et tout « rentra dans l’ordre ». La fête avait pris fin. La terre est une vallée de larmes, petit homme. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.Je compris alors que tout gouvernement, fût-il démocratique, n’était qu’un pis-aller. Il n’y a pas de vrai bonheur sans absence de contraintes. Oh, je sais bien qu’on ne pouvait pas toujours vivre de la sorte. Il fallait bien que « business as usual », que les usines tournent et que les enfants aillent à l’école. Mais je sais aussi que cela n’est pas le bonheur.J’ai appris également (corollaire de ce qui précède) que Rousseau a raison. L’homme naît bon, la société le déprave. Ou plutôt, l’homme naît neutre. Durant la période utopique de Mai, tous ceux que j’ai côtoyés étaient devenus bons. Spontanément.Mais les mots me manquent. Il est des expériences inexprimables.Je cède ici la parole à Rimbaud, vrai fils de Mai avant la lettre, qui vous dira mieux que moi ce que j’ai ressenti après la fête :« Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre. Paysan. »En 2018, le Rêve est mort, tué par des politiciens lâches et sans coeur.Sous les pavés, la haine ! Voici venu le temps des petits hommes.P.L. : Le premier poème d’Épaule d’ombre.

Vertige

Avec ton éveil à la joie,

Avec ta course irréfléchie,

Avec ta robe dans le vent,

Avec ton sourire émergeant

Comme une menace à mon inquiétude,

J’éternise mon feu comme une ferveur.

Avec mes sursauts énervants,

Avec mon rire de proscrit

Qui grince, heurtant ton extase-hébétude,

Et mes os exhumés de l’ossuaire,

Au scandale des châtelaines

Qui m’offrirent leur nudité

Ébroué de nul frisson,

Impassible à des yeux tourmentés d’aurore.

[sismale,

Je compose un songe d’enfer

Pour frôler ton corps,

Électriser ta gorge consentante.

Certain jour de faste attendra l’abordage du

[Paquebot

Amenant l’exilé sorti de prison.

Je te prendrai par les cheveux

Ah ! Fiévreusement,

Pour te montrer,

Pendu,

Giflé,

Sifflé,

Affolé,

Égaré,

Et seul

Cyniquement seul,

Livré à la faim,

Dans la baie des puanteurs,

Devant les maisons de corruption

Où l’on fabrique

Des faiseurs de complots,

Des postulants au forçat,

Des enfants du salut dans la faim,

Par la faim,

En haillons,

En ulcères,

Et des hommes pour voyager en première,

Des hommes pour aller pieds nus,

Des hommes pour le home,

Des hommes pour la hutte ;

Et puis des femmes,

Des femmes pour les boudoirs,

Des femmes pour les fumoirs,

Des femmes pour les bordels,

Des femmes pour causer des tueries, la

[Banqueroute,

Des femmes pour l’anxiété des bijoutiers,

Des femmes pour la pitié ...

Je te dirai tout l’aboi des mornes,

La plainte des ruisseaux endormis,

Inoculé par les premières aiguilles d’hélium.

Je te conterai l’avortement

De chaque fruit

Sur la terre impassible, et

Dosant, supposant chaque corps pour l’engrais de ses mamelles tentaculaires.

Je te ferai contempler

Une fenêtre ouverte sur la grève ...

La terre tournera autour

De nos bras polaires

Et nous aurons le vertige des gravitations

le privilège de fixer

le changement des saisons,

L’influence de tes yeux sur les raz-de-marée,

Le sommeil des pêcheurs,

le cauchemar de germination des alluvions,

Tu chanteras devant l’extase

Car tu ne construiras pas

Sur l’inquiétude et la soif.

Les chevaliers insoumis,

Les coursiers de déserts communicables

inclineront jusqu’à tes pieds en porcelaine

Leurs flèches.

Leurs boucliers.

(Juin 1944)

Ovations nourries (Paul et René sont très émus)

F-A.L. : Paul, René vient de nous expliquer qu’il a choisi la poésie et l’enseignement, une voie d’expression et une carrière. Et vous, comment êtes-vous arrivé à la poésie ? P.L. : Dans mon cas, cela n’a pas été mon choix. La poésie m’a choisi. (Rires). Alors très tôt, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire. Je dois dire que j’ai appris mes premiers vers des lèvres de mon cousin germain Fernand Martineau, le poète. Il se voulait le poète exclusif de l’amour. Pour lui comme pour moi, la poésie est une question de vie ou de mort, comme l’amour et comme la liberté.Pour reprendre un peu ce que René vient de dire. René pour moi est un ami de vieille date et à l’époque où nous n’étions pas encore mariés, il vivait chez mon père. Longtemps après, quand nous étions tous en exil, j’ai eu des problèmes avec mon fils aîné et je l’ai envoyé vivre chez René. C’est une vieille amitié qui a commencé peut-être à cause de la poésie, qui s’est entretenue de plus en plus, bien que notre conception de la poésie ne soit pas nécessairement la même. Il y a eu un point de rencontre sur le surréalisme, contenu dans mon livre qui doit paraître à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Il s’appellera OEuvres incomplètes. Ce recueil divisé en trois parties comprendra seulement ma poésie d’expression française, pas d’expression créole, pas non plus mes articles sur la politique. La tentation surréaliste, c’est pour moi ce qui a existé, non pas un mouvement surréaliste que nous aurions vécu, mais la tentation surréaliste d’abord par nos lectures et puis la présence cristallisante de Breton. Comme je l’ai dit dans un article « André Breton en Haïti, un témoignage », nous avons réalisé avec Breton les champs magnétiques dans la vie. (Rires).F-A.L. : Si je vous disais à vous deux que je n’étais qu’un simple amateur, un dilettante de roman et que je n’entendais rien à la poésie, que me diriez vous ? P.L. : Eh bien, je vous comprendrais, bien que je n’aie jamais été tenté par le roman de manière personnelle. Il faut avoir le don d’observation pour le roman et ça, je ne l’ai pas. La réalité me pénètre et reparaît sous une forme poétique des années après. C’est un processus parti du fond du subconscient, du fond de mon être.F-A.L. : René Bélance ? R.B. : Je pense que c’est une question de personnalité. Il y a des tempéraments qui sont attirés par tel mode d’expression et d’autres par tel autre. Je dois dire que pour ma part, j’aurais pu aller à différentes activités, dans différents secteurs de l’art. J’aurais pu aller vers le dessin, la peinture et la musique ...F-A.L. : Je comprends. Paul aurait pu faire autant car la poésie englobe tout et touche à toutes les sphères de la vie. Merci de m’avoir accordé cet entretien. Paul Laraque et René Bélance : C’est à nous de remercier.



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