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Les Dominicains sollicitent une fois de plus la levée de l’interdiction dont sont frappés 23 de leurs produits

Les Dominicains sollicitent une fois de plus la levée de l’interdiction dont sont frappés 23 de leurs produits








Rencontre entre des responsables haïtiens et dominicains sur le dossier relatif aux 23 produitsinterdits d’entrer par voie terrestre en Haïti.

 Selon un article paru dans le journal dominicain Listin Diario, le directeur général des douanes du pays voisin, Enrique Ramírez Paniagua, aurait, au cours d’une rencontre jeudi dernier au centre de Convention de la BRH à Port-au-Prince, sollicité de ses interlocuteurs haïtiens la levée des mesures d’interdiction d’entrée par voie terrestre dont sont frappés 23 produits dominicains depuis deux ans.Toujours selon le quotidien dominicain, du côté haïtien, les représentants de l’administration générale des douanes et du ministère de l’Économie et des Finances ont reçu la demande avec une certaine ouverture d’esprit. Cependant, ils ont tenu à préciser pour les Dominicains que le gouvernement haïtien n’a pas interdit d’entrée les produits en question. Étant donné qu’il n’arrive pas à contrôler les activités se déroulant sur la frontière, il demande aux exportateurs dominicains d’utiliser la voie maritime pour ces produits. Ce qui permet un contrôle plus efficace de leur importation. Cependant, les interlocuteurs haïtiens présents ont promis à leurs homologues dominicains de transmettre leur demande au gouvernement haïtien.Tout allait bien et nous nous amusions, mais vers minuit la fête tourna à la confrontation, lorsque les CRS nous attaquèrent avec une brutalité digne des tontons macoutes. Croyant nous faire peur, ils déclenchèrent un mouvement qui allait devenir incontrôlable. En plus de dépaver, les étudiants brûlèrent toutes les voitures. Celles de notre rue furent transformées en bûchers dont l’hérétique était l’ancien système. Un voisin en grilla 4 et un de nos amis étudiants perdit une main dans cette nuit folle : un CRS lui avait balancé une grenade « non offensive » !Quand la police arriva au 34, nous y avions installé une infirmerie improvisée où nous soignâmes nombre de blessés. Je me souviens d’un homme qui eut le tympan crevé et de l’appartement rempli d’amis et d’inconnus. Jules Badeau (surnom donné à un habitant de l’immeuble) passa la nuit chez nous et, dans un moment d’harassement, Bobby Labrousse lui introduisit dans le nez une longue plume d’oie prise dans un vieux coussin, fatigué qu’il était d’entendre déconner Jules. Sans oublier Tête de Poisson, autre surnom qui qualifiait une stalinienne pleine d’enthousiasme pour des lendemains chantant des airs de balalaïka.Nous passâmes une grande partie de la nuit sur le pied de guerre, respirant à pleins poumons les gaz que nous lançaient les CRS.Lorsque le calme revint après des heures, les amis s’en allèrent mais Jean-Claude O’Garro décida de rester. N’ayant pas assez de lits, on n’eut pas d’autre choix que de l’installer inconfortablement sur une vieille chaise.Le lendemain matin, notre rue Gay- Lussac était devenue un champ de bataille : carcasses de voitures, chaussée dépavée, barricades aplaties.À partir de ce jour, le quartier se replia sur lui-même.Interdit d’interdire ! L’imagination au pouvoir ! Après l’expérience de la terreur macoute en Haïti, où régnait un médecin fou, j’allais vivre à Paris l’Utopie réalisée. Et, ici je prie le lecteur de croire que je pèse chaque mot et que rien n’est exagéré. Pendant plusieurs jours, dans ce quartier où il n’y avait plus ni loi, ni police, je sus ce que signifiait vraiment le mot fraternité. L’homme n’était plus un loup pour l’homme, mais un frère au sens le plus fort. On adressait la parole à n’importe qui et chacun partageait ce qu’il possédait. J’ai vu de vieux messieurs, qui avaient guerroyé en 14, tutoyer les jeunes et se faire tutoyer par eux spontanément, comme si la chose allait de soi. J’ai vu des cercles se former dans les rues avec des gens qui ne se connaissaient pas la veille. Pour qui a vécu parmi les Parisiens, gens parfois raides et compassés, on comprendra sans peine ce que ça voulait dire. Jean-Claude m’avoua alors que pour une fois il ne souffrait d’aucun racisme. En abolissant la loi et les contraintes, en chassant la police du Quartier latin, on avait rendu l’homme vrai et libre. Au lieu d’une meute d’enragés, Mai 68 avait fait de nous des Frères. J’affirme que c’est la seule fois où j’ai connu un sentiment de bonheur absolu. Je vivais enfin dans une société humaine. Il n’y avait ni stress, ni agressivité. Aucune barrière entre les hommes. Tous ces murs invisibles et absurdes qu’ils mettent entre eux pour mieux souffrir. Mai 68 avait tout balayé.Levés à n’importe quelle heure, nous n’avions qu’une idée : nous rendre dans la rue afin de refaire le monde.Le tout dans le farniente et l’insouciance, sans nous demander ce qui se passerait lorsque de Gaulle réagirait, car l’Utopie nous semblait naturelle. C’est ainsi qu’il fallait vivre et non stressés, tendus, aigris contre le monde entier.En plus des discussions de rue, nous allions à des réunions improvisées à la Sorbonne et, un jour, le Pape nous rendit visite, j’ai nommé Jean-Paul Sartre. Il voulait dialoguer avec les jeunes. Une autre star, Aragon, lui aussi daigna se déplacer. Mais il n’eut pas la chance du photographe, car Cohn-Bendit l’interpella en lui disant que ce n’était pas la place d’une crapule stalinienne.Le mot fit mouche comme beaucoup d’autres et de ce jour les communistes devinrent des crapules staliniennes. Je date de ce moment la dégringolade du parti de Georges Marchais, le début de la fin des nostalgiques du Palais d’hiver.Mai 68, ce fut le refus de toutes les dictatures, qu’elles fussent de gauche ou de droite. Un désir absolu de liberté.Sous les pavés la plage ! Si grande était notre joie qu’un de nos amis haïtiens perdit toute peur des macoutes à partir des événements de mai. Il était arrivé à Paris, traumatisé par un séjour à la prison-mouroir de Fort-Dimanche. Il se retournait en marchant, de peur d’être suivi, et ses nuits étaient hantées par des cauchemars.Il fut guéri par l’Utopie et jamais plus ne fit de rechute.Mai 68 fut la psychothérapie la plus formidable qu’on pût imaginer. Les habitants du Quartier latin comprirent d’un seul coup qu’il y avait autre chose dans la vie que l’aigreur et le ressassement. Autre chose que l’exclusion.Le bonheur était possible ! La fête dura quelques jours, mais pas assez. La vie « normale » reprit son cours, autrement dit le stress, les engueulades, la mesquinerie, tous les obstacles que les hommes prennent plaisir à ériger entre eux. Le Général de Gaulle s’était ressaisi, décidé à se défaire de la chienlit. André Malraux défila sur les Champs-Élysées, et tout « rentra dans l’ordre ». La fête avait pris fin. La terre est une vallée de larmes, petit homme. Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.Je compris alors que tout gouvernement, fût-il démocratique, n’était qu’un pis-aller. Il n’y a pas de vrai bonheur sans absence de contraintes. Oh, je sais bien qu’on ne pouvait pas toujours vivre de la sorte. Il fallait bien que « business as usual », que les usines tournent et que les enfants aillent à l’école. Mais je sais aussi que cela n’est pas le bonheur.J’ai appris également (corollaire de ce qui précède) que Rousseau a raison. L’homme naît bon, la société le déprave. Ou plutôt, l’homme naît neutre. Durant la période utopique de Mai, tous ceux que j’ai côtoyés étaient devenus bons. Spontanément.Mais les mots me manquent. Il est des expériences inexprimables.Je cède ici la parole à Rimbaud, vrai fils de Mai avant la lettre, qui vous dira mieux que moi ce que j’ai ressenti après la fête :« Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre. Paysan. »En 2018, le Rêve est mort, tué par des politiciens lâches et sans coeur.Sous les pavés, la haine ! Voici venu le temps des petits hommes.P.L. : Le premier poème d’Épaule d’ombre.

Vertige

Avec ton éveil à la joie,

Avec ta course irréfléchie,

Avec ta robe dans le vent,

Avec ton sourire émergeant

Comme une menace à mon inquiétude,

J’éternise mon feu comme une ferveur.

Avec mes sursauts énervants,

Avec mon rire de proscrit

Qui grince, heurtant ton extase-hébétude,

Et mes os exhumés de l’ossuaire,

Au scandale des châtelaines

Qui m’offrirent leur nudité

Ébroué de nul frisson,

Impassible à des yeux tourmentés d’aurore.

[sismale,

Je compose un songe d’enfer

Pour frôler ton corps,

Électriser ta gorge consentante.

Certain jour de faste attendra l’abordage du

[Paquebot

Amenant l’exilé sorti de prison.

Je te prendrai par les cheveux

Ah ! Fiévreusement,

Pour te montrer,

Pendu,

Giflé,

Sifflé,

Affolé,

Égaré,

Et seul

Cyniquement seul,

Livré à la faim,

Dans la baie des puanteurs,

Devant les maisons de corruption

Où l’on fabrique

Des faiseurs de complots,

Des postulants au forçat,

Des enfants du salut dans la faim,

Par la faim,

En haillons,

En ulcères,

Et des hommes pour voyager en première,

Des hommes pour aller pieds nus,

Des hommes pour le home,

Des hommes pour la hutte ;

Et puis des femmes,

Des femmes pour les boudoirs,

Des femmes pour les fumoirs,

Des femmes pour les bordels,

Des femmes pour causer des tueries, la

[Banqueroute,

Des femmes pour l’anxiété des bijoutiers,

Des femmes pour la pitié ...

Je te dirai tout l’aboi des mornes,

La plainte des ruisseaux endormis,

Inoculé par les premières aiguilles d’hélium.

Je te conterai l’avortement

De chaque fruit

Sur la terre impassible, et

Dosant, supposant chaque corps pour l’engrais de ses mamelles tentaculaires.

Je te ferai contempler

Une fenêtre ouverte sur la grève ...

La terre tournera autour

De nos bras polaires

Et nous aurons le vertige des gravitations

le privilège de fixer

le changement des saisons,

L’influence de tes yeux sur les raz-de-marée,

Le sommeil des pêcheurs,

le cauchemar de germination des alluvions,

Tu chanteras devant l’extase

Car tu ne construiras pas

Sur l’inquiétude et la soif.

Les chevaliers insoumis,

Les coursiers de déserts communicables

inclineront jusqu’à tes pieds en porcelaine

Leurs flèches.

Leurs boucliers.

(Juin 1944)

Ovations nourries (Paul et René sont très émus)

F-A.L. : Paul, René vient de nous expliquer qu’il a choisi la poésie et l’enseignement, une voie d’expression et une carrière. Et vous, comment êtes-vous arrivé à la poésie ? P.L. : Dans mon cas, cela n’a pas été mon choix. La poésie m’a choisi. (Rires). Alors très tôt, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire. Je dois dire que j’ai appris mes premiers vers des lèvres de mon cousin germain Fernand Martineau, le poète. Il se voulait le poète exclusif de l’amour. Pour lui comme pour moi, la poésie est une question de vie ou de mort, comme l’amour et comme la liberté.Pour reprendre un peu ce que René vient de dire. René pour moi est un ami de vieille date et à l’époque où nous n’étions pas encore mariés, il vivait chez mon père. Longtemps après, quand nous étions tous en exil, j’ai eu des problèmes avec mon fils aîné et je l’ai envoyé vivre chez René. C’est une vieille amitié qui a commencé peut-être à cause de la poésie, qui s’est entretenue de plus en plus, bien que notre conception de la poésie ne soit pas nécessairement la même. Il y a eu un point de rencontre sur le surréalisme, contenu dans mon livre qui doit paraître à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Il s’appellera OEuvres incomplètes. Ce recueil divisé en trois parties comprendra seulement ma poésie d’expression française, pas d’expression créole, pas non plus mes articles sur la politique. La tentation surréaliste, c’est pour moi ce qui a existé, non pas un mouvement surréaliste que nous aurions vécu, mais la tentation surréaliste d’abord par nos lectures et puis la présence cristallisante de Breton. Comme je l’ai dit dans un article « André Breton en Haïti, un témoignage », nous avons réalisé avec Breton les champs magnétiques dans la vie. (Rires).F-A.L. : Si je vous disais à vous deux que je n’étais qu’un simple amateur, un dilettante de roman et que je n’entendais rien à la poésie, que me diriez vous ? P.L. : Eh bien, je vous comprendrais, bien que je n’aie jamais été tenté par le roman de manière personnelle. Il faut avoir le don d’observation pour le roman et ça, je ne l’ai pas. La réalité me pénètre et reparaît sous une forme poétique des années après. C’est un processus parti du fond du subconscient, du fond de mon être.F-A.L. : René Bélance ? R.B. : Je pense que c’est une question de personnalité. Il y a des tempéraments qui sont attirés par tel mode d’expression et d’autres par tel autre. Je dois dire que pour ma part, j’aurais pu aller à différentes activités, dans différents secteurs de l’art. J’aurais pu aller vers le dessin, la peinture et la musique ...F-A.L. : Je comprends. Paul aurait pu faire autant car la poésie englobe tout et touche à toutes les sphères de la vie. Merci de m’avoir accordé cet entretien. Paul Laraque et René Bélance : C’est à nous de remercier.



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