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Il a perdu deux frères et son père lors du séisme en 2010 : rencontre avec Roberson Laguerre

Il a perdu deux frères et son père lors du séisme en 2010 : rencontre avec Roberson Laguerre










Roberson Laguerre a vu s’effondrer avec les décombres ses deux frères et son père le 12 janvier 2010. Neuf ans après, ce jeune homme d’une vingtaine d’année n’arrive toujours pas à s’en remettre.

Il était âgé de 19 ans en 2010 lorsque le séisme dévastateur a effacé, sous ses yeux, son père et ses deux frères à Delmas 32. Benjamin d’une famille de cinq personnes, Roberson se trouve aujourd’hui seul, ayant déjà perdu sa mère en 2008 suite à un cancer du sein. Le visage crispé, assis sur un mur d’environ un mètre, une cigarette allumée dans sa main droite, Roberson explique les retombées psychologiques de la scène à laquelle il a assisté.

« Ce drame a changé le cours de ma vie. J’avoue que je suis devenu une autre personne à partir de ce jour qui est, jusqu’à date, le pire de toute ma vie. Plus de parents pour répondre à mes besoins, plus de frères pour me conseiller et à qui partager l’amour fraternel, sans semblables, regardant l’avenir incertain à mon jeune âge, j’ai trouvé que la vie ne valait plus la peine d’être vécue », raconte le jeune de 28 ans auquel le tremblement de terre a enlevé toute raison de vivre selon ses dires.

Elève de Seconde au lycée national de Pétion-Ville à l’époque du séisme, ces images gravées dans sa mémoire ont influencé grandement les performances académiques de Roberson. Se remémorant des projets de ses parents pour lui, revenant sur ses ambitions pour sa famille, se rappelant toujours de l’appui de ses grands frères pour résoudre ses exercices de mathématiques et de physique, le jeune écolier, n’arrivant plus à se concentrer pour préserver les belles notes, décide de tourner le dos à ses études classiques.

Aujourd’hui, à 28 ans, Roberson souhaiterait quand même entamer une étude professionnelle. Mais, empêtré encore par des troubles psychologiques, il estime que ce n’est plus une priorité à cette phase de sa vie, peine aussi à se faire ridiculiser par ses camarades si ses résultats se diffèrent des autres.

« Comment puis-je penser à reprendre des activités académiques sachant que je produirai que de piètres performances ? Je n’ai plus la capacité d’étudier et de retenir les leçons comme n’importe quel élève qui n’a aucun souci financier, étant sous la responsabilité de leurs parents. Je ne vais pas me faire ridiculiser, je préfère me consacrer à d’autres choses pour pouvoir répondre à mes besoins », martèle le jeune homme.

Depuis ce tremblement de terre, la vie de Roberson est embrouillée même qu’avec ses amis. Les images de ses parents et de ses frères reviennent à chaque fois qu’il se trouve entourer d’un ami accompagné de ses parents. Cette ambiance lui fait ressentir le vide laissé par la disparition de ses proches.

Au-delà de ces chocs par rapport aux études et aux ambiances amicales, cette expérience vécue par Roberson le 12 janvier 2010 le rend alcoolique. Il avoue que, voir son père et ses frères qui passent de la vie au trépas, accouche chez lui un attachement à la cigarette, à la marijuana, et aux boissons alcoolisées, en vue d’essayer de se passer des mauvais souvenirs.

« Mon attachement à la cigarette est dû à cette scène. Pour moi, c’est la meilleure formule pour tenter de combler l’espace vide laissé par la mort de mes proches, pour passer le stress de la vie. Je sais que c’est dangereux, mais c’est le seul moyen », rapporte-t-il, espérant toutefois arriver un jour à se séparer de la cigarette et des boissons alcoolisées.

Cependant, Roberson n’a jamais tenté de visiter un psychologue. Il n’a jamais reçu l’aide d’un expert non plus. Il pense qu’aucune consultation d’expert ne pourra le permettre d’oublier l’amour de ses semblables et les rêves détruits par le séisme.
Néanmoins, neuf ans après, travaillant comme égoutier à la mairie de Delmas, Roberson lutte pour gagner sa vie combien difficile moralement. Il souhaite, toutefois, arriver à vivre en paix et en harmonie avec lui-même pendant que sa famille l’a devancé.
Le violent séisme qui a secoué Haïti, particulièrement sa capitale, le 12 janvier 2010, a laissé des séquelles au sein de la population, tant sur les plans politique, économique, social, que psychologique. Ils sont nombreux à subir aujourd’hui les mêmes séquelles psychologiques que Roberson sans aucune assistance psychologique. Mais, apparemment, ce n’est point le souci des autorités concernées.

Moise Saint-Eloi






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