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La musique et les rêves de Paska

La musique et les rêves de Paska



Pascalin Smith que nous connaissons sous le sobriquet Paska a marqué la scène musicale avec son son novateur et différent. Le chanteur et compositeur de Bina Boye, âgé de 25 ans et originaire des Cayes, incorpore la culture musicale de ses origines haïtiennes et congolaises pour faire découvrir ses talents au public. Également danseur et beat-maker, Paska a pris son envol à l'âge de 10 ans.

Sa carrière a commencé par sa participation au concours de chant « Okay nan Nwèl ». Il y était le plus jeune participant, et cet événement l’a propulsé à tout jamais vers sa passion première qu’est la musique. Faisant partie d’un groupe cayen de tendance rap r&b, ce jeune chanteur principal y a investi huit ans. Ce n’est qu’en 2016 que débute sa carrière solo, avec la sortie de son premier single « Je me souviens » paru sous l'égide du label Popilè nation. En 2017 Paska prend naissance, avec la signature d’un contrat officiel avec Baxx Entertainment dont le PDG Christian Suréna est aujourd’hui son manager. En 2018 Bina Boye atteint les cœurs haïtiens et fait son bout de chemin jusqu'à atteindre les scènes de spectacles haïtiennes et étrangères.

Chanteur avant tout, Paska a travaillé pour développer d’autres aptitudes qui forgent un artiste complet. « Je me suis toujours considéré comme un chanteur; j’ai toujours voulu être un chanteur avant tout. Par la suite, j’ai appris la danse et plus tard j’ai appris à faire du beatmaking; mais en gros, je me considère comme un chanteur, le chant c’est ma première passion. » Comment jongle-t-il ses différentes carapaces? Lorsqu’il produit pour d’autres artistes, il se voit comme un créateur qui fabrique sur mesure par rapport à un texte, un thème ou une voix donnée. Il tâche de s’adapter à l'artiste. Mais lorsque Paska revêt la peau du chanteur, il s’applique à procurer l'émotion nécessaire pour véhiculer le message que veut faire passer la production.

Les deux se complètent

La musique de Paska se veut un reflet de faits réels vécus par l’artiste lui-même, par ses amis et son entourage. Le son Paska provient de ses origines. Il s’applique à mélanger la sonorité haïtienne à celle africaine et particulièrement congolaise, pays de naissance de sa mère et pour lequel il a une grande affinité. De plus, Paska travaille avec Bibo, un beatmaker, originaire des Cayes comme lui. « C’est Bibo qui a vraiment lancé ou plutôt vraiment aidé à créer le son Paska, avec Bina Boye et jusqu'au bout du monde et depuis, j’ai intégré d’autres sons au konpa pour créer un style original à moi », avoue t-il pour parler de son inspiration et de son style.

La pandémie du coronavirus a certainement affecté l’industrie musicale et des loisirs partout à travers le monde. Paska n’a pas échappé à ce triste sort. L’artiste en tournée en Europe au pic de la pandémie s’est retrouvé confiné en France pendant plus de cinq mois. Pourtant il a tiré de cet inconvénient des opportunités d’or et a travaillé à maintenir une grande visibilité sur les plateformes des réseaux sociaux en documentant pour ses fans curieux ses activités et péripéties journalières. « La pandémie m’a d’abord appris la patience. J’ai de plus, beaucoup produit pendant la pandémie, plus que d’habitude », lance-t-il. Il a pris le temps d’apprendre de nouvelles techniques, de s’instruire musicalement dans différents styles qu’il dit ne pas avoir connus auparavant. Paska a voulu être consistant pendant son confinement plutôt strict. Il a su rester pertinent et c’est son art qui lui a permis de garder sa stabilité mentale. « La musique était mon repère et mon moyen de me diriger vers une énergie positive », admet-il.

Paska travaille actuellement sur beaucoup de nouveaux projets pour ses fans. En retraite de production en République dominicaine, il a pu s’adonner à de nombreuses sessions de travail avec des artistes tant haïtiens qu'étrangers en préparation à son prochain album qu’il compte sortir cette année. Pour lui, évoluer sur la scène musicale haïtienne n’est qu’un début. Ses rêves sont illimités en dépit des nombreux obstacles qui parcourent son chemin. La question des droits d’auteurs est la première barrière à laquelle se heurtent les artistes haïtiens selon Paska. Les œuvres ne sont pas répertoriées et il n’y pas moyen de monétiser la diffusion des musiques ou des vidéo-clips. Les infrastructures sont également un obstacle d'après lui puisqu’il n’y a pas de salles de spectacles ou d’amphithéâtre adaptés à des concerts musicaux de grand calibre. Paska avoue également qu’il n’y pas beaucoup d'ingénieurs de sons qui puissent fournir un travail de qualité.

En Haïti, la plupart des artistes sont indépendants puisqu’il n’y a pas vraiment de label musical comme ailleurs. Cela sous-entend que ces artistes et notamment les artistes émergents doivent travailler encore plus dur par rapport aux autres industries musicales des autres pays pour pouvoir percer et se faire connaître. « Le monde musical haïtien ne laisse pas vraiment de place aux nouveaux artistes », explique Paska. « Il faut sortir ses faibles moyens et contacts pour se faire un nom et il faut travailler encore plus que les artistes déjà établis », poursuit-il.

Son plus grand accomplissement à date est d’avoir participé en 2019 à la foire de Paris où il a représenté Haïti et particulièrement la nouvelle génération musicale haïtienne en performant devant cinq mille personnes lors de la nuit consacrée à Haïti. « C'était l’un des moments qui m’a le plus marqué dans ma carrière », admet-il avec une fierté perceptible. Son rêve, c’est de pouvoir créer une plateforme d’art où les jeunes haïtiens pourront vivre de leurs talents. Que ce soit la danse, la peinture, le chant, la production musicale ou autres lignées artistiques, il souhaiterait fournir un outillage pour que les artistes aient accès aux infrastructures nécessaires afin d’exploiter leurs talents, de les monétiser et d’en vivre en en faisant une métier légal, crédible et validé par la société. « Ce serait le plus grand héritage que je puisse offrir au pays et même au monde entier parce que j’aimerais beaucoup avoir une expansion de cette plateforme un peu partout dans le monde. Je sais à quel point c’est difficile pour un artiste émergeant d’avoir les opportunités adéquates » dit Paska, reflétant sur son parcours musical jonché de difficultés.

Pour Paska, l’art se cultive et peaufine. Son conseil aux jeunes est de d’abord croire en leurs capacités et leur talent, mais ensuite de les nourrir afin de s'améliorer de plus en plus. Il a su surmonter ses craintes pour se faire entendre et faire connaître sa voix et c’est ce qu’il suggère à tous ceux qui veulent se lancer dans l’art en général. « Il ne faut pas avoir peur de faire connaître sa voix, sa plume, son pinceau; peu importe la catégorie dans laquelle ils se trouvent, il ne faut pas avoir peur de foncer », conseille-t-il. Il faut aussi savoir écouter les critiques, mais surtout les bonnes critiques, les critiques constructives. La clé du succès de Paska a été d’avoir su s’entourer de personnes qui voient plus loin que lui et/ou dans la même direction que lui. « Mais l’essentiel », lâche-t-il avec fermeté, « c’est d'être consistant, de travailler sans relâche, car le succès viendra toujours avec le travail acharné. »

Soraya Louis




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