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Le racisme, ce n’est ni la haine animale, ni la méchanceté, ni l’humeur massacrante d’individus dépourvus d’humanité

Le racisme, ce n’est ni la haine animale, ni la méchanceté, ni l’humeur massacrante d’individus dépourvus d’humanité



L’assassinat de George Floyd expirant en direct, le genou du policier lourdement appuyé sur son cou comme le lion étouffantsa proie en attendant patiemment qu’elle rende l’âme, est l’expression de la sauvagerie bestiale qui s’est emparée d’une minorité de la population américaine qui voit rouge en face de quelqu’un qui ne lui ressemble pas, comme le taureau s’énerve à la vue d’un chiffon rouge. C’est le comportement hargneux d’un laissé-pour-comptede l’éducation qui voit son humanité l’abandonner et qui s’animalise sous nos yeux. À le voir procéder, les mains dans les poches avec la sérénité que procure l’impunité, il n’avait pas le regard d’un humain, mais celui d’un fauve qui a été dressé pour tuer. Ce type comme l’ensemble des individus de son espèce est un criminel que l’on doit traiter pour ce qu’il est. Tout individu, nanti d’un peu d’humanité, se doit de dénoncer le meurtre d’un humain, la violation de ses droits et de ses libertés fondamentales. Aucun humain n’est ni plus ni moins légitime qu’un autre quand il s’agit de défendre la vie d’un homme.

Les descendants des colons britanniques ont construit leur puissancesur la spoliation des terres des Aborigènes, l’esclavage des Noirs, et appliquent un racisme d’État, un système d’apartheid, dont s’inspirera l’Allemagne nazie et l’Afrique du Sud, qui maintient le descendant de l’ancien esclave dans la position de ses ancêtres, dans la déshumanisation et la domination. La particularité du racisme aux États-Unis tient au fait qu’après la quasi-destruction des sociétés précolombiennes, seuls les Anglo-Saxons et les Afro-Américains pouvaient revendiquer l’héritage de la nation. Bien que ces deux groupes soient les créateurs de la prospérité américaine, les Blancs, les ex-esclavagistes en particulier, refusaient de reconnaitre à leurs compatriotes la même humanité qu’eux. La guerre de Sécession a sans doute mis fin à l’esclavage, mais n’a pas réglé la question du racisme d’État, ce sentiment de supériorité de l’ancien esclavagiste du Nord comme celui du Sud, envers tout ce qui représente la figure de l’ancien esclave. Les anciens ennemis se sont entendus, comme si la guerre n’avait pas eu lieu, pour tenir l’Afro-Américain en dehors de toute considération sociale, le priver de l’éducation supérieure, de toute promotion socio-économique; lui dénier toute forme d’intelligence et de jugement que l’on brandit à sa figure pour le considérer inapte à occuper des fonctions importantes quel quefût le domaine. L’histoire nous fournit que trop d’exemples d’un groupe dominant qui allègue l’infériorité congénitale liée à l’origine ethnique ou raciale de la minorité pour l’exclure des postes importants dans toutes les sphères de l’administration publique et privée.

Nous sommes en face d’un cas d’espèce du racisme institutionnel, structurel, où concepteurs et gardiens font barrage à l’arrivée sur le marché de l’emploi et dans les sphères de décision de ces gens qu’on disait inférieurs. La Police, la Justice et les groupes de haine et de violence comme le Ku Klux Klan, les milices d’extrême droite, les nationalistes blancs les plus ténébreux exercent une terreur blanche qui décourage toute tentative de l’Afro-Américain de lever la tête, le maintenir dans une peur permanente et paralysante et permettre ainsi au système de se perpétuer. Ce sont les chiens de garde d’un système qu’ils ne comprennent pas, auquel ils croient. Le chien de garde n’a pas à comprendre ni à interpréter l’intention de son maître, il défend la résidence et la cour. Ces groupes, constamment travaillés par des idéologues d’extrême droite, ne souhaitent qu’une chose : déclencher la guerre raciale qu’ils appellent de tous leurs vœux et qu’ils sont persuadés de gagner, en raison croient-ils, de leur prétendue supériorité.

Si le meurtre de George Floyd et le chapelet d’assassinats et de violence animale qui affligent quotidiennement les Afro-Américains sont considérés comme du racisme, alors les inventeurs de la race et du racisme au XVIIIe siècle n’ont qu’à aller se rhabiller. Buffon, Linné, Blumenbach et les autres n’avaient sans doute pas prévu que leurs élucubrations pourraient conduire un individu dérangé à assassiner son semblable. Le racisme n’a rien à voir avec les humeurs des classes moyennes et de la populace; leurs préjugés, leurs préventions, leurs murmures et chuchotements en face de l’autre; l’envie maladive de dénigrer, les clins d’œil répétitifs à l’origine et au passé de l’autre; un regard de travers, un voisin qui ne salue pas, un propriétaire de bar qui refuse l’accès à un Noir, un policier brutal qui utilise son arme pour harceler et tuer, un fermier du Texas, moitié navajo moitié anglo-saxon, qui abat un Noir qui passe trop près de sa maison ou qui marche dans sa rue… Cela relève de la haine animale qui étrangle une personne et la porte à manifester cette animosité par la violence entraînant bien souvent la mort. On a pu même dire qu’un universitaire, un médecin, un écrivain, un scientifique, des gens, dont la profession appelle à une réflexion profonde, une élévation de la pensée, pouvait être victime du racisme d’un élément des classes populaires; en fait qu’il était un « racisé » selon une conception à la mode ou un peu classe moyenne. Dans ce délire,on a aussi dit qu’un enfant pouvait être raciste! C’est du n’importe quoi. Ce serait les accuser d’un crime qu’ils n’ont pas commis. Ces comportements dictés par le manque d’éducation, la frustration et la haine, ayant traversé les âges, sont condamnables et inexcusables, mais ne relèvent pas du racisme auquel ils sont antérieurs. Le racisme ne court pas les rues ni les bars ni les stades sportifs; il n’a rien à voir avec des gens qui n’ont aussi rien à y voir. Les braves types ne peuvent pas être racistes, la définition même du concept ne s’applique nullement à eux.

Le racisme est une construction européenne du XVIIIe siècle où des anthropologues, des philosophes, des naturalistes et des historiens ont tenté de faire valider par la science leurs préjugés, leur conception polygéniste du genre humain qu’ils segmentent en races auxquelles ils attribuent une couleur et des caractéristiques physiques et cognitives propres. Une hiérarchisation des races au sommet desquelles trônaient les Européens; alors que l’Amérindien et l’Africain occuperaient le dernier échelon. L’idéologie esclavagiste fera de celui qui a une seule goutte de sang de ces deux groupes un dégénéré durant dix générations.

Convenons que le concept ne carburait pas toujours à la couleur de la peau puisqu’il sévissait même à l’intérieur des peuples européens. Dans cette échelle des races, l’Européen du Nord, plus particulièrement les Scandinaves et leurs lointains descendants les Germains et les Anglo-Saxons, serait une race supérieure, intelligente, faite pour dominer et s’octroie la responsabilité du destin du monde. Nous connaissons les rivalités de l’élément germanique face au Celte, les préjugés du Flamand face au Wallon, de l’Anglais à l’Irlandais... En France ne disait-on pas que l’Europe s’arrêtait aux portes de Paris, à la moitié Nord du territoire, où vivaient les populations les plus pales issues des mélanges entre les autochtones et les Scandinaves (les hommes du Nord) et les tribus germaniques (les Francs, les Burgondes, les Alamans…), par rapport aux populations du Sud, les Celtes, les Ibères, les Alepins, les Basques, des gens plus foncés qui seraient moins aptes? Lord Salisbury, vers la fin du XIXe siècle traitait les Irlandais d’Hottentot, une tribu de l’Afrique australe; les Prussiens, à la veille du déclenchement de la guerre franco-prussienne de 1870, anticipaient la victoire des Teutons sur la seule base de la supériorité de leurs origines allemandes … Le rappel de ce passé a de ces accès de douleur pour les anciennes victimes, lesquelles sont sans doute passées à autre chose, au point que certains se sentent même insultés qu’on fasse la remarque.

Les inventeurs du racisme ne sont jamais parvenus à démontrer qu’un groupe humain était supérieur ou inférieur à un autre. Mais l’idée avait fait son chemin et le capitalisme naissant n’allait pas se priver d’une occasion de faire fructifier ses opérations à peu de frais sur le dos des peuples qu’on disait inférieurs. Le colonialisme et son corollaire l’esclavage moderne, libéré des contraintes religieuses et philosophiques qui avaient conclu à l’inhumanité de l’Africain, avait ouvert la voie à un commerce honteux de dépotage des Africains vers les Amériques pour en faire un outil de travail, un bien économique, comme un autre. Pour dominer un groupe, le dépouiller de ses richesses, il fallait l’animaliser, l’inférioriser et prendre les mesures les plus abominables pour le maintenir dans son état. L’Anglo-Saxon d’Amérique porte encore en lui ce sentiment de supériorité du Saxon aux yeux bleus face au non-Saxon, quel qu’il fût, à un niveau jamais atteint dans l’histoire. Nous n’entrons pas dans le détail des discriminations que vécurent les Canadiens-Français, les Amérindiens, les Italiens et les Irlandais en Amérique du Nord.

Ce qui semble changer dans l’assassinat de George Floyd et signe que quelque chose pourrait se passer aux États-Unis, c’est que ce crime répugne autant ceux de la majorité qui ne s’étaient jamais sentis concernés par les assassinats, les pendaisons, les discriminations dont étaient victimes les Afro-Américains. La majorité d’origine anglo-saxonne fermait les yeux et laissait faire (les Afro-Américains peuvent aussi bien se réclamer de leur partie anglo-saxonne, n’en déplaise aux suprémacistes les plus ombrageux); un silence que les groupes de haine prenaient pour une légitimation à tuer en toute tranquillité en vue de garder le fort des privilèges. Cette fois-ci une bonne partie des éléments du groupe majoritaire s’étant résolue à dénoncer la bête immonde et envoie le message que désormais plus rien ne devrait être comme avant. On semble être en présence d’une prise de conscience nationale allant jusqu’à contraindre certains policiers à mettre un genou à terre, le signe le plus évident de la contestation et de la lutte pour les droits des Afro-Américains et des autres minorités.

Il faut espérer une décolonisation des sphères de pouvoirs et des espaces vitaux en offrant aux Afro-Américains la même accessibilité à l’éducation, au logement, à l’emploi, aux lieux de loisirs, qu’aux descendants des colons anglais ainsi qu’aux millions d’Européens venus se joindre à eux et qui, pour certains d’entre eux ont dû faire preuve d’un zèle détonnant dans leur processus d’appropriation des valeurs, des habitudes, des discours haineux hérités du temps de l’esclavage. Le temps des mesures cosmétiques est révolu et des actions fortes sont nécessaires pour véhiculer un message civil aux corps de police dans l’exercice de leur fonction, qui représentent la manifestation hideuse d’une face décrépite. Il faut s’attaquer à la programmation et au câblage neuronaux des policiers pour leur entrer dans la tête que le changement signifie que désormais ils porteront l’entière responsabilité de leurs actes. Promouvoir le mérite républicain en mettant fin à la politique de préférence nationale en emploi, ce parti-pris choquant, dont le descendant des colons britanniques reste le seul et unique bénéficiaire. Ne nous a-t-on pas dit que tout traitement de faveur diminue celui qui en est le récepteur?

Si le mouvement ne faiblit pas d’ici les élections du 3 novembre 2020, nous sommes certains qu’il saura porter au pouvoir des hommes et des femmes qui devront prendre les grands moyens pour réformer le système de justice, changer les règlements de la Police, à défaut de transformer ce pays; briser la normalité de l’apartheid mental, social, économique et politique qui place les États-Unis en pôle-position des pays violateurs de droits fondamentaux de leurs propres citoyens. La décomposition du système est si avancée que des mesurettes ne feront que mettre un couvercle sur la contestation, car l’édifice se lézarde siprofondément qu’il en faut plus qu’un ravalement de façade pour empêcher qu’il n’implose. Le mythe de la nation bénie, donneuse de leçons, devient une chimère. Saura-t-on cette fois saisir l’idéal républicain de liberté, de fraternité et d’égalité et parachever la révolution? C’est peut-être la dernière occasion qui s’offre à ce pays pour affronter ses démons et repousser la haine, la violence et l’inhumanité vers les basfonds de l’instinct et faire des États-Unis un pays de droit et démocratique, constitué de citoyens libres et égaux et non ce millefeuille d’ethnies, dont la plus forte écrase les plus faibles.

Gesler Jean-Gilles et Félix Marré (juin 2020)




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