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Aux Gonaïves, l'association RAFASGE sensibilise les plus vulnérables

Aux Gonaïves, l'association RAFASGE sensibilise les plus vulnérables



Pour mériter l'estime, a dit Edgard de la Selve, il n'est pas indispensable d'avoir fait de grandes choses ; il suffit de les avoir tentées. Malheureusement, dans ce monde moderne où tout est dominé par les réseaux sociaux, certaines bonnes œuvres sociales passent inaperçues tandis que quelque chose de ridicule peut faire la une, aimé et partagé par des milliers de personnes voire des millions en moins de 24 heures.

Mais, cette réalité ne doit aucunement ralentir ou décourager les gens qui sont animés de bonne volonté à poser de petites actions sociales çà et là et de temps à autre. En Haïti, un pays où l'État est perpétuellement en retard dans ses missions, surtout celle de protéger les couches les plus défavorisées et vulnérables de la population, il n'est pas une surprise de constater, selon les sondages, que beaucoup de personnes œuvrant dans le secteur informel ne sont pas bien imbues du danger que représente la maladie Covid-19 et des précautions qu'elles doivent prendre.

Aux Gonaïves, depuis quelques jours, un camion de publicité sillonne les alentours des marchés publics et diffuse des messages de sensibilisation sur le coronavirus. Il est réjouissant que ce soit une association culturelle et artistique locale à but non-lucratif dénommée RAFASGE (Regroupement autonome de filles avisées pour une société gonaïvienne plus évoluée) qui a pris cette initiative. Ce sont des jeunes filles âgées de 19 à 27 ans, dont la majorité sont des universitaires et quelques-unes des professionnelles.

À vouloir faire confiance à ce qui est publié sur la page Facebook de l'association et aux dits de la vice-présidente, Régina Vardynn Odigé (étudiante finissante en gestion à l'UNDH des Gonaïves), RAFASGE a simplement choisi de combler le vide monumental en communication qui existe entre l'État et une certaine portion de la population. Il confie que, sans aucune aide extérieure, son association a décaissé plu de 25 mille gourdes pour les frais d’enregistrement des cinq (5) spots et les services du « sound truck » qui, pendant 5 jours, assure la transmission de ces messages audios dans certains quartiers populeux et dans les parages des trois marchés publics des Gonaïves, aussi bien que dans les alentours du marché de la commune de Poteau.

Mademoiselle Odigé a fait remarquer que ce segment de la population a été visé par RAFASGE à cause de son manque d’accès à un smartphone, un appareil de télévision, voire un poste de radio, pour pouvoir s’informer convenablement. En conséquence, ces gens doivent prêter oreille aux rumeurs concernant le coronavirus et s’enfoncent de plus en plus dans l'ignorance face aux mesures préventives et les effets désastreux de ce cataclysme. C’est pourquoi l’association a choisi de faire véhiculer le message dans les marchés publics â partir d’un « sound truck ».

Mais, de ces cinq (5) spots de sensibilisation, vraisemblablement c’est le sketch qui attire l'attention des passants et des marchands. Déroulé dans un langage « paysan », une sorte de dialogue entre deux commères, Manzè Mari et Kòmè Asefi (interprétées respectivement par Rose Darly Lenddie Garçonvil et Joanne Jean Jacques), le choix des mots et le côté humoristique font que les paroles restent collées à l'esprit et on ne se rend même pas compte qu'on apprend en riant ; ou dois-je dire que RAFASGE éduque sur le coronavirus en faisant rire. Donc, on peut en déduire que ce concept d’enregistrer et de faire passer le message sous forme de sketch mi-comique mi-sérieux, a produit le résultat escompté. Ces gens moins aisés qui fréquentent ces marchés ont au moins compris l'ampleur du virus SARS-COV-2 qui peut se développer en coronavirus, le danger qu'ils encourent et les précautions à prendre.

Si RAFASGE a utilisé ses propres moyens financiers pour apporter le message directement auprès de la tranche la plus vulnérable de la société haïtienne, c'est peut-être par souci pour ces concitadins défavorisés et souvent oubliés. Mais, outre le côté humanitaire et social de cet acte de bienfaisance, il faut aussi voir dans cette noble initiative la prudence et le désespoir d'une jeunesse consciente qui essaie de faire flèche de tout bois afin de mieux se protéger dans un pays où les hôpitaux sont très limités et pas assez équipés en ressources matérielles et humaines. « Avec le danger que représente le coronavirus, plus on aide l'autre à se protéger contre toute contamination, plus on est mieux protégé soi-même », reconnaît Jose Mirva Petit-Homme, secrétaire de RAFASGE et étudiante en génie civil à l'UNDH des Gonaïves. Cette pandémie se propage à un rythme rapide et inquiétant partout sur notre planète ; notre pays Haïti est chanceux, mais on doit continuer à sonner l'alarme afin de mieux conscientiser les gens, souligne la future ingénieure.

En transmettant les consignes de prévention directement à l'oreille des acteurs du secteur informel, les rafasgistes ne font que protéger la cité de Maurice Sixto et toute la région parce que personne ne sait qui seront les prochaines victimes. Peut-être que votre mère ou la mienne, peut-être c'est une tante, une cousine ou la servante qui contractera le virus au marché et l'apportera à la maison où toute une famille pourra en être exposée, craint-elle. Et c'est là que l'action sociale importe. L'État haïtien est faible et démissionnaire. Nous le savons tous. Mais, nous avons l'obligation d'agir et de jouer notre partition. C'est à cet appel au devoir citoyen que les rafasgistes ont répondu, par simple souci et bonne conscience. Car, il vaut mieux éduquer par n'importe quels moyens possibles toute la population afin de stopper la propagation du SARS-COV-2 au lieu de rester comme spectateurs et vouloir pointer du doigt tout le temps des boucs émissaires.

La secrétaire adjointe de l’association, Fabienne Estimable, qui est étudiante finissante à la Faculté d'agronomie de Damien, a précisé de sa part que RAFASGE ne veut aucunement prendre la place de l’État, mais vu la gravité de cette crise sanitaire et la menace planétaire que représente le COVID-19, l’urgence d’une action citoyenne a interpellé les rafasgistes et elles ont vite pensé à une stratégie qu’elles ont donc concrétisée.
Ce genre d'initiative est à encourage
r et à multiplier par d'autres associations, organisations à but non lucratif, des églises et les mairies un peu partout en Haïti. Des messages en créole pré-enregistrés et diffusés à partir de puissants speakers montés sur un camion, peuvent arriver là où il n'y a pas d'électricité, là où peu de gens possèdent des appareils de radio, de TV et des smartphones pendant que le messager pratique le principe de la distanciation sociale, comme recommandé.

Géraldine Bellevue




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