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La chorale Alegria du Collège Immaculée Conception des Gonaïves

La chorale Alegria du Collège Immaculée Conception des Gonaïves








Le National est allé à la rencontre du Révérend Père Pierre Paul, fondateur de la chorale Alegria du collège Immaculée Conception des Gonaïves. Entretien.

Le National : Si vous deviez vous présenter, alors que diriez-vous ?

Rev. Père Pierre Paul : Je suis originaire de Carrefour, aîné d’une famille de trois enfants (gars). Je suis prêtre, religieux de la communauté des Clercs de Saint-Viateur, présente en Haïti depuis 55 ans, et qui travaille dans le milieu éducatif aux Gonaïves, il y a 53 ans environ. De nature, je suis très ouvert, amical, compréhensif, strict quand il s’agit de principes et je suis un passionné de la littérature. Je suis responsable de la pastorale dans les écoles viatoriennes aux Gonaïves, enseignant de la catéchèse et fondateur de la chorale Alegria.

L.N.: Vous êtes le fondateur de la chorale Alegria du collège Immaculée Conception des Gonaïves, d’où êtes-vous venue une pareille idée ?

R.P.P : Avant tout, je dois avouer que cette idée de créer la chorale Alegria vient de ma grande passion pour la musique, le chant et la danse bien que je ne suis ni chanteur, ni danseur [rire]... bref, tout ce qui se rapporte au beau, au merveilleux du monde artistique me touche le cœur et me retient l’attention. Enfant, j’aimais beaucoup chanter et voir les grandes chorales de ma paroisse natale (Saint-Charles de Carrefour) entonner les chants sacrés lors des messes. Avec ma nomination comme directeur de la pastorale aux Gonaïves en 2005, 2012 et 2016, je portais toujours à cœur ce grand projet de réunir des enfants dans un orchestre afin de les aider. En 2016, j’avais la grande responsabilité de préparer la messe solennelle des 50 ans de fondation du CIC, après la belle performance de la promotion sortante Sirius, chargée alors d’exécuter les chants, je sentais encore plus vivant et passionnant ce désir de faire quelque chose avec les jeunes du Collège. L’idée ne m’avait jamais quitté. Quand au cours d’une soirée culturelle, j’assistais à des chorégraphies exécutées par certains élèves, une d’entre elle ne me plaisait pas vu qu’elle n’était pas préparée. Je la jugeais trop machinale et le pire, je pouvais bien remarquer que les mouvements n’exprimaient que l’indécence de certains vidéoclips de la télé. Cela m’avait blessé, car j’étais et j’en suis encore convaincu que Gonaïves regorge de potentiels artistiques, capables de donner le meilleur d’eux-mêmes dans la mesure où ces talents sont bien accompagnés.

Au cours de la semaine, j’ai été voir le père Duchelande Saintilmé, ancien directeur CIC, pour lui présenter le projet de créer une chorale avec les enfants de nos écoles. Un projet qu’il avait accueilli chaleureusement et dès lors, on s’était engagé à recruter des volontaires. À ma grande surprise, ils étaient environ 250 inscrits (filles et garçons) de nos écoles dont la tranche d’âge varie entre 10 et 18 ans. Certains parents pour une raison ou autre n’ont pas accepté que leurs enfants intègrent la chorale. Deux semaines plus tard, nous l’avions baptisée Alegria et nous avons commencé avec les répétitions pour notre tout premier concert de Noël. Voilà comment Alegria a donc vu le jour au CIC. Le 23 décembre 2019, nous soufflerons notre deuxième bougie et je suis plein de reconnaissance envers le Seigneur qui a daigné bénir ce projet et l’accompagne, le fait grandir jusqu’à cette date.

L.N. : Vous êtes aussi l’un des cadres du CIC, selon vous, en quoi la chorale Alegria peut-elle être utile à l’établissement ?

R.P.P.P. : À mon humble avis, une chorale n’est pas uniquement faite pour chanter. Alegria est cet élément précieux dans la vie des enfants qui évoluent dans cette grande famille victorienne. Il n’y a pas que des Cicéens qui peuvent être membres de la chorale. Notre champ pastoral prend en compte nos 4 œuvres scolaires aux Gonaïves. Alegria apporte donc du sang neuf dans le monde juvénile. Grâce à cette petite famille, les jeunes ont pu apprendre à découvrir leurs talents, les mettre face à un public. Ils peuvent aussi développer leurs potentiels artistiques sous le regard de plusieurs accompagnateurs : maître de chants, chorégraphes, metteurs en scène, etc. Ces derniers, je les appelle les « ouvriers de l’ombre ». Ils sont là, à l’arrière de la scène, pour stimuler chaque acteur à donner ce qu’il a de plus merveilleux chez lui, pour séduire et envoûter ses fans. Nombre de jeunes - avant d’intégrer Alegria - se trouvaient repliés sur eux-mêmes. Avec la venue d’Alegria dans nos écoles et principalement au CIC, de nouvelles énergies se mêlent et s’entremêlent pour produire la magie d’Alegria. Les membres n’ont plus cette crainte ni cette timidité de monter sur scène pour faire ce qu’ils aiment : chanter et danser. Quoique n’ayant pas encore atteint son apogée, je vous confie que je suis toujours ébahi, ému même quand les jeunes d’Alegria sont sur scène. Je les suis de près, certes des yeux, mais mon cœur y est toujours, avec eux. Ils chantent, alors mon cœur chante aussi. Ils dansent, là encore mon cœur suit le rythme et les cadences. En dernier lieu, je dirais que Alegria est une bénédiction pour moi, car elle me permet aussi de vivre et de porter mes rêves un peu plus loin, un plus haut. Quand je dis Alegria, c’est tout un monde de rêves. Je crois que les jeunes de la chorale ont cet intérêt de profiter de cet espace pour vivre aussi leurs rêves.

L.N. : Avez-vous d’autres projets en cours pour Alegria ?

R.PP.P. : Des projets, absolument ! Lorsqu’il m’arrive de parler d’Alegria aux jeunes, aux parents et à d’autres gens, je leur explique souvent les projets que j’ai pour la chorale.

Quand je dis Alegria, je vois la vie, le bonheur, l’amitié, l’entraide, la fraternité, l’amour dans son sens intégral. Parler des projets de la chorale, c’est introduire quiconque dans un univers immense où chaque particule constitue un vaste monde. C’est à travers ses projets, à court ou à long terme, qu’Alegria veut embraser les cœurs de ces nobles sentiments. D’abord, nous comptons donner un spectacle à Grand-Goâve, le 5 octobre à l’occasion de la fête patronale. Sous l’invitation du curé de la paroisse Saint-François d’Assise, ce concert sera notre premier rendez-vous en dehors des Gonaïves. Présentement, nous travaillons d’arrache-pied sur la sortie de notre premier album baptisé : Qu’éclate en nous ta joie !

C’est le premier bébé d’Alegria qui sera disponible le 6 décembre 2019 au CIC, dans les autres départements du pays et en terre étrangère. Cet album porte la couleur de qu’Alegria véhicule comme message. On y retrouvera 15 titres inédits plus une chanson hommage du groupe Easy Game 2 dont les paroles et la musique sont de Le Prince Christopherly Noncent, ancien du CIC. Nous souhaiterions aussi que la chorale puisse offrir des spectacles en Amérique, en Europe et pourquoi pas dans les 5 continentes ! À côté de ce grand projet (sortie de l’album), nous préparons aussi notre prochaine comédie musicale de Noël intitulée : « Noël perdue, retrouvée... » Nous projetons de faire accompagner l’album de 3 vidéos de nos chansons. Le plus grand projet c’est de réunir un beau jour - avec l’aide de Dieu et le support de généreuses personnes - les fans de la chorale Alegria dans un espace pouvant accueillir des milliers de personnes, avec d’autres services aussi dont Gonaïves a besoin pour son rayonnement artistique et culturel. C’est un rêve immense et j’y crois fortement. Ce projet à long terme pourrait favoriser l’essor économique de la cité, en ce sens qu’il permettrait à des jeunes de développer et de parfaire leurs talents, de grands artistes pourraient également venir offrir des spectacles...

L.N. : Comptez-vous sur de l’aide financière pour réaliser tous vos projets ?

R.P.P.P. : Mis à part le soutien de trois anciens du CIC et de quelques rares personnes, je regrette de dire que les projets de la chorale ne trouvent aucune aide financière des autorités de la ville. Espérons qu’un jour que ces institutions du pays qui croient en la jeunesse et veulent l’aider à grandir et aller plus loin en supportant ses rêves, ses projets voleront au secours de nos projets.

L.N. : Comment procédez-vous pour faire le choix des chansons d’Alegria ?

R.P.P.P. : Ce qui prime d’abord dans le choix des chansons qu’Alegria, ce sont des messages qui touchent au bien-être de l’homme, de la femme, des messages prônant un renouveau de l’homme haïtien, un retour aux vraies valeurs. Les chansons sont aussi choisies par rapport à leurs variantes et le besoin d’aider cette génération à découvrir une ou des musiques ayant marqué une génération passée. Un autre critère qui reste important, c’est celui de porter les jeunes à célébrer Dieu qui est joie, espérance, miséricorde, sensible, compatissant, épris d’amour pour ses enfants. En ce sens, nos choix se portent sur des hymnes de louanges et d’Actions de grâce.

L.N. : Les élèves des autres établissements des Gonaïves peuvent-ils intégrer la chorale ?

R.P.P.P. : Pour l’instant, quoiqu’ayant reçu des demandes de plusieurs élèves d’autres établissements des Gonaïves, Alegria ne dispose pas encore de structures pouvant les accueillir. Nous nous concentrons d’abord sur nos enfants, peut-être à l’avenir, car dit-on, l’espérance est toujours possible.

L.N. : Quels sont les critères d’intégration de la chorale ?

R.P.P.P. : Premièrement, montrer un intérêt pour le chant et la danse, puis le théâtre. Deuxièmement, faire partie de nos écoles, y répondre aux principes (moyenne et discipline suffisante). Troisièmement, montrer et développer des qualités humaines, intellectuelles et chrétientés. Exprimer son désir (par écrit) d’intégrer la chorale que les parents approuveront.

L.N. : Quelle est la plus grande difficulté rencontrée à Alegria ?

R.P.P.P : Je dirais qu’une difficulté particulière c’est le manque de constance de certains jeunes; pour eux, s’engager semble ne vouloir rien dire. En deuxième lieu, c’est le nom respect des engagements pris par certains parents, ce qui renforce cette nonchalance ou ce désintérêt de certains membres. Le troisième point, je ne l’appelle pas une difficulté, mais plutôt une douleur profonde, une souffrance : celle de voir des enfants, des jeunes quitter la chorale sans vrai motif. Par-dessus tout, je respecte leur liberté. Une autre difficulté, c’est l’incompréhension et le mépris de certains par rapport à ce projet que j’appelle Alegria, car, nous n’avons pas encore fini d’accoucher nos rêves. La plus grande difficulté est de trouver du support financier pour nos projets.

L.N. : N’avez-vous jamais pensé à lâcher prise?

R.P.P.: Pas une fois, je n’y ai pensé malgré certains obstacles. Je ne suis pas du genre à lâcher prise. Je déteste non plus ce qui est facile. Pour moi, il faut toujours apprendre à faire de grands et bons sacrifices pour voir fructifier ses rêves. Hélas ! Pour beaucoup de cette génération, le démon de la facilité existe et ils y croient à crever le cœur. La seule raison qui me pousserait d’abandonner, ce serait de ne plus croire en mes rêves, de me voir abandonné par Dieu lui-même. Chose impossible, car ce projet n’est pas mien. Je ne suis qu’au service d’Alegria, des jeunes si talentueux. Croire en Dieu, c’est bien. Le servir en se consacrant aux plus petits de nos frères et sœurs, pour moi, est encore mieux. Rappelez-vous l’évangile du bon Samaritain ! Dieu nous attend dans notre prochain qui a tant besoin de nous. Aux Gonaïves, des jeunes ont besoin d’encadreurs, de gens capables de les stimuler, de les galvaniser afin qu’ils prennent conscience de leurs énergies vitales et s’en servent pour leur plein épanouissement et le bonheur d’autrui. Si le Seigneur daigne me faire la grâce d’aider ces jeunes, je dois m’y mettre à cœur joie peu importe les difficultés, les moqueries, les insultes et incompréhensions, l’abandon ou peut-être autre chose de pire ou d’inattendu.

Dieu ne se décourage jamais de moi, malgré mes limites et finitudes humaines, pourquoi devrais-je me décourager avec ces enfants qui me révèlent sa grandeur ?

À Alegria, nous adoptons comme seconde devise : The show must go on; c’est une manière de dire que peu importe ce qui arrive, on doit continuer. Avec ou sans moi, Dieu se chargera de trouver une autre personne mieux qualifiée et digne pour que le spectacle se poursuive.

L.N. : Avez-vous un conseil à donner aux autres écoles qui aimeraient avoir une chorale comme la vôtre ?

R.P.P. : Je n’oserais pas donner de conseil, de peur que ça tourne mal. Je me limite plutôt à faire certaines suggestions résumées en 7 points :

- Se rappeler qu’on est au service des jeunes qui nous sont confiés.

- Apprendre à apprécier chez eux ce qu’ils ont de beau, d’unique, d’extraordinaire et d’exceptionnel et les aider à les mettre en valeur.

- Les aider à avoir confiance en leurs potentiels ; adopter cette devise d’un chef d’État américain : yes we can.

- Les approcher et leur offrir l’espace adéquat pour extérioriser leurs talents.

- Les aider à rester eux-mêmes, à ne pas chercher la gloire, car l’humilité ouvre bien des portes.

- Ne pas chercher à imiter, à recopier, ni à reproduire. Il n’est pas forcément important que chaque école ait une chorale pour se tailler une place de choix dans la société. L’essentiel, c’est d’apprendre à innover.

- En dernier lieu, je dirais c’est d’encourager les jeunes à reprendre goût à ce qui se fait chez nous en Haïti.

Propos recueillis par
Feguerson Thermidor



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