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« L’enfant n’est pas mort » du poète Carl Withsler, le paradoxe d’un temps de deuil

« L’enfant n’est pas mort » du poète Carl Withsler, le paradoxe d’un temps de deuil



Couverture du livre de poèmes

“L’enfant n’est pas mort”

du poète Carl Withsler dit Benoit d’Afrique.

 À un moment précieux de mon adolescence, j’ai appris à écrire par suite d’une somme de lectures « nocturnes » pour dire les non-dits, la fragilité du temps, de mon temps. Il fallait écrire sous le dictat d’une vague d’émotions. J’avais l’urgence qui passait par les doigts et de ce moment j’ai cru qu’on aura vécu l’éternité entre les doigts. À grande douleur, grande oeuvre !S’il y a un lien entre Carl, Dany et moi, c’est la perte d’un être cher. « La mère de l’écrivain est si souvent mise à contribution qu’elle devrait exiger un contrat particulier avec l’éditeur », écrit Dany Laferrière dans Journal d’un écrivain en pyjama, p.48Le poète Carl, né aux Gonaïves, a trouvé, difficilement, j’imagine, les mots justes, pour s’exprimer à travers une poésie sensible et, ma foi, combien noble pour parler de sa mère, de lui à travers sa mère, mais aussi pour se dresser dans le courant tumultueux de la vie. Il dit lui-même la raison d’un tel acte.

« J’écris parce que je suis né dans le dénuement

J’écris pour maintenir mon âme vivante

Pour rester moi,

Pour protester »

La poésie de Carl est narrative. Mais prends garde, elle ne fait pas que raconter, elle montre, elle bouleverse. C’est une poésie nue, d’une intimité déroutante et boule­versante.

Qui dit vrai :

« Si ma main ne grelotte pas

En écrivant ce qui est vrai.

C’est parce que la peur

Ne peut pas m’atteindre »

Le poète dit les choses du même coup se dit, se raconte dans chaque vers : « je contemple mes vers portant l’empreinte/Des dernières jérémiades de ma mère décédée ». C’est un poète vide, mais rempli de mots. Le paradoxe d’un temps de deuil. C’est un poète enfant. Enfant de mémoire. Poète orphelin :

« Je suis l’enfant carcasse

Qu’on a laissé au coin du soir

Qui tente a foré l’énigme de l’aube

Je suis l’enfant qui n’a ni mère, ni père

Je suis orphelin...

Je suis l’avenue de l’Enterrement,

Ces huttes fendillées de la ruelle Espérance.

Je suis ce gobelet blanc au café noir le matin »

Sa poésie nous rend conscients de la mort, mais non la fuir. Un homme a déjà dit que seule la mort est certaine. Sa poésie est aussi faite d’émotions, d’amertume et de solitude, mais surtout d’espoir. Elle nous parle, nous interroge sur la fragilité de la vie, de sa vie qui passe par des volutes de fumée :

« Je fume comme une hutte vieille et desséchée qui est en feu

J’enlace l’espoir et je commence à pousser ma vie,

Ma fausse paix et mon faux bonheur en fumée assombrie »

L’amour et l’élégance

« Si Vigie n’était pas mineure, je l’inviterais dans mon coeur qui à

présent neige de la solitude dans mon thé de poète.

Après tout,

La mer elle-même ne saurait se changer en oiseau »

Carl parle à sa mère, in memoriam. Mère, je viens de loin, dit-il, sans fleurs sans couronnes, larmes à la gorge, pour te rendre le meilleur hommage. Pour sa mère on sera toujours un enfant, cet enfant qui vit sous les tropiques. Qui a traversé les mauvais jours, mais tient encore. Notre enfance nous habitera toujours. Celle de Carl le hante, ne démord pas comme sa cigarette qu’il traîne comme quoi c’est la seule manière de garder un contact permanent avec celle qui l’a mis au monde :

« Elle m’a dit : _ Carl, tu sens la cigarette.

Et je lui ai répliqué : non, je sens ma mère.

Elle m’a demandée. : Où est-elle ?

Je lui ai dit : elle a pris sa retraite de l’autre côté […]

En lisant L’enfant n’est pas mort (Carl a remporté le prix Poésie en liberté pour son texte “Ma mort”) paru chez Z4 éditions, j’ai effleuré l’ésotérisme. Une sorte d’halo entourant l’auteur. Je me rappelle du grand poète M. Saint- Aude, dit souvent mythique, avec son dialogue de mes lampes. Une véritable quête intime et une connexion avec les 4 éléments, un dédoublement de l’être : Corps et âme. Du grand maître de l’au-delà, Legba en filigrane. Et surgissent ces vers de Carl.

“Je salue le ciel et la terre ainsi que les trois autres éléments.

Je fais le signe de la croix, je bois une gorgée de café fielleux

Et là, je commence à fumer”

Lire Carl, dans le noir, sur le rythme de la musique, à voix basse-intérieure, est un acte de méditation (philosophique), de rétrospection, de grandeur d’âme et de bravoure. Lire Carl, c’est se lire d’une façon ou d’une autre et dire que :

“L’enfant n’est pas mort

Il est peut-être las,

Mais il est encore là”




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