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Les Juifs, principales « victimes » du coronavirus

Les Juifs, principales « victimes » du coronavirus



En cette période de pandémie, les théoriciens du complot alimentent l'hostilité envers les Juifs en Allemagne pendant qu’en Europe on décèle depuis deux ans une « déferlante » d’antisémitisme.


Pour les racistes américains, en l’occurrence les suprémacistes blancs, les Juifs sont encore « pires » que les immigrants et les minorités. Pareil pour les divers théoriciens du complot, les négationnistes de la Covid-19 et les militants anti-vaccins d’ici et d’ailleurs. Pour ces derniers, le responsable de la pandémie, c’est « le Juif ». D’autres se voulant plus « idéologiques », plus « objectifs » parlent du « sioniste ». Peu importe la dénomination, le Juif est celui qui, dans les coulisses, tire les ficelles et qui est responsable de tout ce qui va mal dans le monde.

Plus de cent incidents antisémites liés au coronavirus ont été enregistrés par le Centre de recherche et d'information sur l'antisémitisme (Rias) de Bavière en 2020. Sa directrice, Annette Seidel-Arpacı, évoque une « augmentation inquiétante » de l'antisémitisme dans le spectre des idéologues complotistes.

Lors d'une manifestation contre les mesures gouvernementales de protection du coronavirus en Allemagne, on a vu des participants brandir un montage photo de personnes vaccinées de force par des hommes en uniforme, rappelle l’organisation Rias. L'emblème sur les uniformes ressemblait à l'étoile de David et portait l'inscription « Sion ». À l’occasion de plusieurs manifestations organisées de ces dénommés « rebelles du Corona » - ou « corona-sceptiques » - ainsi que les « Querdenker » (« les penseurs anti-conformistes »), les manifestants portaient des imitations « d’étoiles juives », ce qui constitue, estime cette organisation à juste titre, une banalisation de la persécution des Juifs sous le nazisme. D’après Seidel-Arpacı, ces personnes « répandent le modèle antisémite de base selon lequel un groupe secret prétendument riche dirige le monde et veut précipiter "le peuple" dans le malheur ».

Lors d'une séance d'information sur la protection de la constitution pour la première moitié de 2020, le ministre bavarois de l'Intérieur, Joachim Herrmann (CSU, Union sociale-chrétienne de Bavière), a également mis en garde contre les mythes de conspiration comme ceux de la secte QAnon (1) aux États-Unis. Ainsi, les préjugés antisémites de ces complotistes ot atteint l’Allemagne où les Juifs sont carrément accusés d'être « les responsables et les bénéficiaires de la pandémie ».

Complotisme et antisémitisme, un « mélange dangereux » qui est apparu en Allemagne en cette année de la Corona. Les conspirationnistes et les extrémistes de droite se sont liés pour alimenter encore plus la haine déjà croissante à l’égard des Juifs. Il y a deux ans, les enquêtes d’opinion et les statistiques montraient une aggravation des incidents antisémites et l’inquiétude croissante de la communauté juive en Europe. Max Brym, ancien professeur de philosophie et entraîneur de football pour des jeunes, voit dans les nouveaux adeptes de la conspiration les « accélérateurs » de l'antisémitisme. Il a raison.

Dans tout le pays, les agitateurs gagnent du terrain. Mais c’est en Bavière que l'association fédérale Rias a compté le plus grand nombre de manifestations contre les mesures sanitaires à contenu antisémite. Dans l'État libre, le nombre de délits antisémites enregistrés augmente également de façon particulièrement préoccupante. En 2019, ils avaient connu une hausse de plus de 40 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre 310, selon le ministère allemand de l'Intérieur.

Selon le rapport, la majorité des infractions ont été commises par des extrémistes de droite. En 2020, le nombre de cas est resté à un « niveau élevé », selon un porte-parole du ministère. Rien qu'à la fin du mois de novembre, l'Office national de la police criminelle a déjà compté 288 cas. Au cours du premier semestre 2020, le nombre d'incidents signalés a augmenté de 40 % par rapport à la même période l'année dernière, a affirmé Rias. Le point focal est la capitale du Land, Munich, où vit la plus grande communauté juive d'Allemagne (2).

Dangereuse banalisation de l’holocauste

Rias rend publics sur Facebook les incidents qui sont signalés toutes les fois où les personnes concernées sont d'accord. Les insultes sont monnaie courante. L’organisation a même trouvé la devise « la vaccination rend libre » gribouillée sur un panneau d’affiche dans une station de métro ou sur le masque noir d'un manifestant corona-sceptique. La phrase en question fait allusion au slogan nazi « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre »), qui figurait sur les portes des camps de concentration. Pour les démocrates, ces manifestants anti-corona banalisent l'Holocauste et c’est inacceptable.

La revue « Der Spiegel » a énuméré quelques cas d’incidents anti-juifs dans son édition du 23 janvier 2021. Fin octobre, des affiches avec des photos de panneaux de l'époque nazie sur lesquels on pouvait lire « Les Juifs ne sont pas servis ici » ont été collées sur les portes d'entrée de trois magasins de Munich.

Un homme d'Augsbourg (ville de Bavière, Allemagne du Sud) dont la photo de profil Instagram représentait le drapeau israélien a reçu le message suivant : « Vous, bande de porcs sionistes, vous méritez des chambres à gaz ». La revue a relevé le cas de quatre hommes qui en juillet ont traqué et insulté le rabbin de la communauté de Munich, Shmuel Aharon Brodman. « L'antisémitisme s’est infiltré au cœur même de la société », prévient Ludwig Spaenle, commissaire bavarois à l'antisémitisme. Il a déclaré que l'augmentation des délits anti-juifs était « effrayante ».

Michael Movchin, 23 ans, président de l'Association des étudiants juifs de Bavière, a reçu l'été dernier un courriel contenant des menaces de mort. « Quand cela cessera-t-il enfin ? demande Movchin dans un entretien, que nous, en tant que Juifs, devions expliquer que nous ne regardons et ne parlons pas différemment des autres Allemands, que c'est notre maison et que nous ne sommes pas des représentants diplomatiques d'Israël ? Sommes-nous également censés affirmer que nous n'avons rien à voir avec les mesures de Corona » ?

De nombreux Juifs allemands avaient espéré qu'avec une éducation démocratique et une nouvelle génération, l'antisémitisme serait vaincu. Aujourd'hui, ils se disent déçus. En 2006, lorsque la nouvelle synagogue et le centre communautaire ont été inaugurés, Charlotte Knobloch, présidente de la communauté juive, a vu l'aube d'une nouvelle ère. Enfin, dit-elle, elle a eu l'impression que « maintenant, je suis arrivée, et les valises se déballent lentement ». Née à Munich en 1932, Knobloch a survécu à l'Holocauste grâce à des agriculteurs qui l'avaient cachée dans leur ferme. Pendant des décennies, elle a plaidé en faveur de la réémergence des communautés juives. En fait, elle s'est battue toute sa vie pour que l'Allemagne redevienne un pays de Juifs. Elle en est arrivée maintenant à se demander « si les Juifs ont un avenir en Allemagne ». Elle reconnaît toutefois que les politiciens allemands, à part ceux de l’extrême-droite, condamnent l’antisémitisme. Par exemple, le maire de Munich, Dieter Reiter, dit qu’ « il ne faut surtout pas détourner le regard » quand on est témoin d’un délit antisémite. Le social-démocrate a interdit aux corona-sceptiques et à d'autres de porter des « étoiles juives » lors de leurs rassemblements. « L'antisémitisme et le racisme ne doivent pas avoir leur place dans cette ville », a-t-il déclaré. Munich était la ville d'Hitler, le lieu de naissance du mouvement national-socialiste, l’endroit où le dictateur a trouvé de riches mécènes ayant contribué à rendre son ascension possible.

Quand Charlotte Knobloch dit encore qu'elle a depuis longtemps renoncé à porter plainte parce que « dans la plupart des cas, rien ne se passe », la justice bavaroise se défend contre de telles critiques. « Nos procureurs sont vigilants et sensibilisés », explique le ministère de la Justice, et les délits antisémites sont « systématiquement sanctionnés ». La Bavière a également préconisé une punition plus sévère. Depuis 2018, des agents de l'antisémitisme sont présents dans les bureaux des procureurs généraux à travers toute l’Allemagne pour combattre l’hostilité envers les Juifs.

Huguette Hérard

NDLR
(1) QAnon est un nouveau groupe d’idéologues de la conspiration. Made in USA, ces personnes aux vues étranges répandent des informations selon lesquelles des gens riches et célèbres mangeraient des enfants. Le but de cette élite mondiale (souvent juive) est de dominer le monde et de le réduire en esclavage.
(2) On compte 116.000 Juifs en Allemagne et 6,5 millions en Israël.




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