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Covit-19 : la colère africaine

Covit-19 : la colère africaine



Beaucoup d’Africains voient dans le Covid-19 le virus des « Blancs ».Deux scientifiques français viennent de mettre de l’huile sur le feu en faisant des jeux de réflexion provoquant la colère de nombreux internautes originaires du continent africain. La bombe qui a explosé sur la toile n’est pas désamorcée jusqu’à maintenant.


C’était le 1er avril dernier, sur la chaîne de télévision française LCI. Jean-Paul Mira, médecin-chef à l'hôpital Cochin à Paris, était en conversation avec Camille Locht, directeur de recherche de l'Institut national (Inserm), qui fait des recherches sur un vaccin contre le coronavirus pour le ministère de la Santé. À un certain moment, Mira demande au chercheur Locht si des études sur un vaccin ne devraient pas être menées en Afrique, « où il n'y a pas de masques, pas de traitement et pas de réanimation » Et le chercheur de répondre : « Vous avez raison, et d’ailleurs on est en train justement de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique, pour faire ce même type d’approche avec le BCG, un placebo. Je pense qu’il y a un appel d’offres qui est sorti, qui va sortir. Je pense qu’on va en effet sérieusement réfléchir à ça aussi. Ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir à une étude parallèle en Europe et en Australie ! ».

La vidéo a été partagée près de 30 000 fois depuis jeudi soir. Les réactions montrent la colère des habitants du continent africain envers ceux qui y ont apporté le virus : les « Européens blancs ». Pendant un bon bout de temps, les États africains ont été épargnés, mais depuis la mi-mars, les cas sont en augmentation.

Peu après l'interview, les commentaires ont commencé à pleuvoir.Toutes les personnes qui sont intervenues sur le net pour condamner l’idée de recherche parallèle en Afrique ont fait référence au passé colonial, laissant libre cours à leurs ressentiments.

Des vidéos montrant des gens fort indignés ne cessent de faire le tour des réseaux sociaux. Les Africains sont d’autant plus en colère qu’il s’agit de deux scientifiques de la France, une ancienne puissance coloniale, qui viennent avec pareille idée. Le fait que les chercheurs aient parlé d’essai parallèle en Europe et en Australie n’a guère atténué leur ire. « L'Afrique n'est pas un terrain d'essai », écrit un utilisateur de Twitter. « Nous ne sommes pas des cobayes ». Certains rappellent que parmi les personnes infectées de par le monde, 250 000 viennent des États-Unis (aujourd’hui 7 avril 2020, le nombre est estimé à 370.000) alors que pour toute l’Afrique, on n’en compte que 7 000 : « Et pourtant, ils veulent expérimenter le vaccin en Afrique », a mentionné une jeune Africaine hors d’elle. « J’ai vu combien les Européens et les Américains ont été brutaux envers notre peuple, lance une autre courroucée. Cela ne surprend personne que les Blancs veuillent faire cela ».

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a indiqué que les déclarations de leurs chercheurs étaient sorties de leur contexte et « mal interprétées ». Malgré cette rectification, rien n’y fait. Les messages de protestation se suivent au point que l’OMS a dû prendre position en condamnant toute idée « raciste » de recherche et d’essai de vaccin sur la population africaine.

Le racisme n’a pas de couleur

Le coronavirus montre bien que la peur et le rejet de l’autre ne sont pas forcément l’apanage d’un groupe ethnique. À l’ère du coronavirus, les Blancs se trouvant en Afrique sont en train d’en faire l’amère expérience. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung du 3 avril dernier rapporte qu’un groupe de scientifiques de l'université de Hambourg, qui se trouvait au Cameroun pour des recherches sur le terrain, ont constaté que « la crainte de la contagion se traduit également par des violences verbales lorsque la situation s'est dégradée et que le gouvernement a fermé les frontières. »

L'ambassade allemande avait même recommandé à ses ressortissants de ne pas quitter l'hôtel, car des rumeurs et des informations erronées « ont suscité un ressentiment raciste au sein de la population ». C’est ce que les scientifiques en question ont écrit sur Twitter.

Toujours selon le journal, d'autres Européens vivraient des choses similaires. Les bénévoles qui travaillent dans les hôpitaux sur place rapportent que les gens ne viennent plus dans les établissements par crainte du « virus de l'homme blanc ». « La xénophobie vise désormais un groupe social considéré comme riche et privilégié, rapporte le quotidien. Eusebius McKaiser, un auteur noir d'Afrique du Sud, souligne dans le journal Mail & Guardian que beaucoup ressentent maintenant une « joie malicieuse ». » Selon cet écrivain, certains Africains pensent que le Nord global reçoit maintenant sa juste punition pour le colonialisme et le racisme.

Même l'ambassade américaine en Éthiopie a émis un avertissement mettant en garde contre le « sentiment anti-étranger » et soulignait des incidents « directement liés » à la pandémie. Et la recommandation citée par les auteurs est explicite et confirme la peur des gens, qui se traduit par un rejet parfois très violent : « Selon les rapports, des étrangers ont été attaqués à coups de pierres, on leur a craché dessus, on les a persécutés les accusant d'être infectés par le Covid-19. ». On leur a refusé d’utiliser les services de transport en commun.

Toujours d’après Süddeutsche Zeitung, la colère n'est pas seulement dirigée contre des personnes de type européen. Les Asiatiques aussi en ont pour leur grade. La Chine entretient depuis des années des relations étroites avec de nombreux pays africains. Notamment en matière d’éducation. Des jeunes Africains peuvent étudier dans les universités chinoises grâce à des bourses et vice versa. « Cet échange abrite des tensions qui sont actuellement en train de se relâcher. », rapportent Nadia Pantel et Anna Reuß du quotidien du sud de l’Allemagne (SüddeutscheZeitung, 3 avril 2020)

Fin février, un député kényan a même écrit sur Facebook que ses électeurs avaient le droit de « lapider et expulser » les Chinois s'ils ne respectaient pas la quarantaine, même si, après que ses propos se sont vite répandus, il en a assoupli le contenu. Le président américain Donald Trump a qualifié à plusieurs reprises le Covid-19 de « virus chinois ». Le fait de lier le virus à une ethnie est dangereux, car ça a eu pour conséquence que les personnes d'origine asiatique soient devenues depuis quelques des cibles du racisme aux États-Unis. Et ailleurs aussi, car il y a quelques semaines, dans un métro parisien une jeune Française a insulté deux jeunes femmes d'origine asiatique en leur disant leur place n'est pas dans le métro. La peur, le racisme et la violence ne connaissent « pas de races ni de couleurs de peau ». Comme la République ?

Huguette Hérard




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