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Le suspense de dimanche

Le suspense de dimanche



La question est sur toutes les lèvres en République dominicaine : la Junte électorale centrale (JCE) tiendra-t-elle ses promesses d’organiser les élections municipales le 15 mars ?


Tous les observateurs ont les yeux tournés en direction du pays de Juan Pablo Duarte : les municipales de dimanche auront-elles lieu ? On se rappelle qu’en février dernier, l’autorité électorale dominicaine avait dû procéder à l’annulation totale de ces comices en raison de la défectuosité de 80 % des machines à voter. L’autorité de la JCE a été massivement mise en question et la plupart des partis politiques dont La Fuerza del Pueblo de Leonel Fernandez et Partido Revolutionario Moderno de Luis Abinader avaient même réclamé la démission immédiate des membres de la commission électorale. Ce que ceux-ci s’étaient bien gardés de faire, d’autant plus que le gouvernement dominicain leur avait d’une certaine manière renouvelé son appui.

En sus de ces mouvements d’humeur, les partis politiques et les mouvements citoyens avaient demandé à ce qu’on examine en profondeur les softwares des machines de vote électronique. À la demande des autorités gouvernementales, l’OEA a été chargée d’examiner les logiciels en question. Mais jusqu’à maintenant, l’organisation hémisphérique n’a rien sorti de concret concernant son enquête.

Personne ne sait donc jusqu’à présent si les logiciels de ces appareils de vote électronique avaient été trafiqués ou non. Donc in fine, il n’y a pas eu de démission en bloc des membres de la JCE et pas non plus de contrôle approfondi des logiciels incriminés par l’opinion publique dominicaine. Va-t-on se heurter au même problème que le mois dernier ?

Vues dans cette perspective, les élections municipales dominicaines de dimanche sont à haut risque. Car si, pour une raison ou une autre, la Junte centrale électorale serait amenée à annuler de nouveau lesdites élections, ceci entraînerait à coup sûr une crise systémique très grave au pays de Danilo Medina.

Pour le moment, en dehors des réticences de La Fuerza del Pueblo et de son président Leonel Fernandez et de certaines organisations citoyennes, le monde politique dominicain semble décider à jouer le jeu démocratique de nouveau. Tout le monde retient son souffle. Certains observateurs estiment non sans raison qu’il n’y a aucune crainte de déstabilisation de la République dominicaine en cas de nouveau report, car les structures politiques et économiques de ce pays sont très solides. En effet, les institutions y sont fortes. L’Armée et la police affichent un haut degré de professionnalisme. Et l’économie dominicaine est la plus dynamique en termes de croissance de la région de la grande Caraïbe. Donc pas de risque majeur.

Mais en cas d’une nouvelle annulation, des troubles majeurs au sein de la population ne seront pas à exclure. Et même un impact négatif en ce qui a trait à la préparation et au déroulement des prochaines élections présidentielles dans ce pays, en mai 2020. Mais très certainement, les membres de l’autorité électorale dominicaine qui sont des personnalités respectables avec un sens élevé de la responsabilité feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que ce qui s’était passé en février dernier ne se reproduise plus. Soucieux de leur réputation, ils ne veulent en aucun cas être responsables d’un éventuel désastre électoral. Un pareil échec, la nation dominicaine ne le leur pardonnera d’ailleurs pas.

À quelques heures de ces comices
À quelques heures de ces comices, la tension est haute. Deux scénarios se présentent : l’un optimiste, l’autre pessimiste.

Le premier cas : tout se déroule très bien au cours de cette journée électorale. Pas de machines défectueuses. Les électeurs, les observateurs nationaux et internationaux et les partis politiques sont globalement satisfaits du protocole de vote et de la bonne performance des appareils à voter.

Une projection analytique basée sur la dynamique politique ambiante pourrait permettre de prévoir que le Parti de la Liberation Dominicaine (PLD) de Danilo Medina obtienne 50 % des municipalités dominicaines soit 80 mairies sur les 158 dont est dotée la République dominicaine. Les autres 78 mairies seraient réparties entre la Fuerza del Pueblo de Leonel Fernandez et le Partido Revolutionario Moderno (PRM) de Luis Abinader et leurs alliés respectifs.

Le président par intérim du PLD, M. Temistocles Montas, souhaiterait bien que son parti rafle 120 mairies sur les 158. Mais à moins d’une fraude massive, il est quasi chimérique d’imaginer que le PLD, dans son état de faiblesse politique actuelle suite au départ de Leonel Fernandez, puisse avoir la capacité de conserver ou de gagner 76 % de l’ensemble des municipalités dominicaines.

Dans le cadre de ce scénario optimiste, les résultats de ces municipales permettront d’avoir une vision plus claire du jeu politique dominicain, de la configuration réelle des forces politiques dans l’espace électorale du pays de Joachim Balaguer et de la stratégie des différents acteurs politiques dans la perspective des présidentielles et législatives de mai 2020. Les enjeux réels de ces élections municipales sont très clairs.

Après près de deux décennies d’hégémonie totale ou partielle du PLD, les cartes politiques vont être rebattues et une nouvelle configuration des forces politiques pourrait émerger dans l’espace politique du pays voisin.

Le scénario pessimiste serait catastrophique. Personne n’ose l’imaginer et la plupart des observateurs et analystes estiment qu’il n’est même pas besoin d’y penser vu l’impossibilité d’une telle perspective. Néanmoins comme les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, il n’est pas superflu d’envisager un tel scénario.

Supposons qu’au cours de la journée électorale du 15 mars, un incident majeur lié au vote électronique survienne et entraîne de nouveau un arrêt total ou partiel du processus électoral. Et que les élections soient de nouveau reportées. Un tel déroulement inimaginable — mais de l’ordre du possible — entraînerait cette fois la démission de tous les membres de la Junte centrale dominicaine, ouvrant ainsi la porte à des effets collatéraux délétères. Et même à des violences d’ordre social et politique. Ce qui bien entendu conduirait aussi le report des présidentielles de mai prochain. Un tel développement est improbable, car sa concrétisation n’a sans aucun doute que 2 % de chance de se réaliser. Mais sait-on jamais : il y a toujours des impondérables en politique.

Toujours est-il que ces élections municipales sont très importantes pour la République dominicaine, car ce pays est parvenu à un point de bifurcation et on ne sait pas exactement dans quelle direction il orientera la nouvelle configuration politique de cet État. Mais la réponse, on ne la connaîtra qu’après le dimanche 15 mars 2020.

Azad Belfort




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