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Les inégalités sociospatiales comme conditions pour l’expansion du Covid-19 dans la région metropoltaine de Port-au-Prince

Les inégalités sociospatiales comme conditions pour l’expansion du Covid-19 dans la région metropoltaine de Port-au-Prince



Résumé

Cet article se donne pour objectif de discuter l’arrivée et l’expansion du nouveau coronavirus en Haïti, spécialement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Nous partons d’une perspective géographique pour mieux comprendre le danger que représente le Covid-19 dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince. Nous montrerons que les habitants de ces quartiers sont dépourvus des moyens nécessaires pour lutter contre la contamination de cette maladie, compte tenu des inégalités sociospatiales historiquement construites au cours du processus de l’urbanisation d’Haïti.

Introduction

Le mal est dans nos murs. Le 19 mars 2020, le président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse et son équipe gouvernementale ont confirmé les deux premiers cas testés positifs du nouveau coronavirus dont, la maladie provoquée par ce virus est dénommée Covid-19. À travers d’un arrêté, le président a déclaré l’état d’urgrnce sanitaire en Haïti et annoncé en même temps, un ensemble de mesures, par exemple, la fermeture des activités scolaire, universitaire e industrielle. D’autres mesures sont annoncées dans l’arrêté concernant les dispositions appropriées pour fournir aux hôpitaux des masques, des gants, des médicaments, des solutés et toutes autres fournitures médicales nécessaires. Paradoxalement, les professionnels de la santé sont en grève dans les principaux hôpitaux du pays exigeant de meilleures conditions de travail et des équipements de Protection Individuels (EPI) en temps du Covid-19 conformément mentionné dans l’arrêté presidentiel du 20 mars 2020.

En plus, le gouvernement a entamé une campagne de sensibilisation avec des recommandations de restriction à la circulation des personnes (isolement social) comme font d’ailleurs les autres pays pour éviter la propagation de la maladie. Cependant, en Haïti, principalement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince les activités économiques informelles sont à la base de la survie de la majorité de la population. Dans ce sens, que fait le gouvernement du point de vue économique pour venir en aide aux populations les plus nécessiteuses? Les études ont montré que le confinement est le moyen le plus efficace pour éviter la dissimilation du Covid-19, mais dans un pays comme Haïti cette pratique est-elle possible?

Contextualisation de l’arrivée du Covid-19 en Haïti

Le nouveau coronavirus arrive à Haïti dans un contexte marqué par une crise (structurelle) socio-économique et politique qui, conjoncturellement s’est manifesté à Port-au-Prince les 5, 6 e 7 juillet 2018, quand la hausse du coût de la vie (avec la tentative de l’augmentation des prix des produits pétroliers) révèle les rapports sociaux inégalitaires dans le pays. En Haïti, plus de la moitié de la population vivait dans l’extrême pauvreté, et 1,3 million de personnes avaient besoin d’assistance alimentaire estimait le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies en 2018. Par ailleurs, le pays se situait dans la même année à la 168eᵉ place, sur 180 États en basant sur l’Indice de Développement humain (IDH) établi par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD, 2018). Parmi les pays qui ont été classés par l’Organisation des Nations Unies (ONU), Haïti possédait un indice de Gini (0,595).

Cet indice est une unité de mesure de concentration des revenus entre les groupes sociaux composant la pyramide sociale d’une société. Dans les pays où les revenus sont plus équitablement répartis, le coefficient de Gini varie entre 0,20 et 0,25 comme, par exemple, dans les pays scandinaves. Ces pays sont considérés comme relativement égalitaires dans le monde occidental cependant, nous devons signaler qu’ils font partie du centre du capitalisme et Haïti, et les autres pays d'Amérique latine, à leur tour, sont insérés dans la périphérie dominée de ce système (DESROSIERS, 2020, p. 123). Les données révèlent qu’en Haïti 20% de la population contrôlent plus de 60% des richesses et les 20% les plus pauvres ont moins de 2% des richesses (PNUD, 2018).

Les événements de 5, 6 et 7 juillet 2018, ont montré que cette cohabitation « dangereuse » de la richesse et la pauvreté en Haïti peut provoquer un éclatement social mettant ainsi, en question les fondements des inégalités sociales dans le pays. Pendant les deux dernières années, Haïti a connu une série de manifestations sociopolitiques notamment, les mouvements de Peyi Lòk qui ont affecté enormement l’économie du pays. Cepandant, il faut souligner que la manifestation la plus importante a été seule du 17 octobre 2018, où les revendications étaient la reddition de compte et le départ du président de la République impliqué dans la corruption selon la Cour Superieure des Comptes et du Contencieux administratif (2019). Toutefois, ce mouvement citoyen de la jeunesse haïtienne a été cassé par l’opposition politique à travers l’Accord de Marriott qui s’est soldé par un échec du a l’incompétence de cette opposition assoiffée du pouvoir toutefois, incapable d’orienter le peuple haïtien dans ses revendications pour les meilleures conditions de vie et la lutte contre la corruption.

La région métropolitaine de Port-au-Prince face à la menace du Covid-19

La situation des inégalités sociales en Haïti decrite dans l’introduction de cette réflexion se concrétise sous forme des inégalités socio-spatiales dans la région métropolitaine de Port-au-Prince durant le processus d’urbanisation d’Haïti, principalment depuis les années 1980. Ceci à travers la migration interne qui alimente le secteur informel urbain pléthorique et très peu capitalisé compte tenu, d’une certaine manière, des problèmes structurels d’ordre socio-économique, politique et culturel et de l’insertion du pays dans le néolibéralisme. Cela met en évidence le phénomène d'urbanisation accélérée que le pays, dans lequel un pourcentage élevé de la population vit en ville, surtout, à Port-au-Prince bien que les services de base comme l'assainissement, le transport, logement de qualité, l’accès à la santé, à l’éducation et à l’eau potable ne suivent pas le rythme de croissance de la population urbaine.

Les services de base énumérés antérieurement sont quasi inexistants dans les quartiers pauvres et populeux de la région métropolitaine de Port-au-Prince, surtout, l’accès à l’eau. Toutefois, selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), en plus de distanciation sociale, se laver les mains souvent est une façon efficace de lutte contra la contamination l’épidémie du nouveau coronavirus. En Haïti jusqu’à ce lundi 6 avril 2020, un cas de décès officiellement lié au Covid-19 a été enregistré le 5 avril dernier et 21 cas ont été confirmés dont, 12 dans le Département de l’Ouest pour un total de plus de 400 suspects de la maladie placés en quarantaine selon les autorités sanitaires du pays. Il est évident que le Département de l’Ouest concentre la plus grande partie des perssonnes infectées par le Covi-19. Ceci est dû à la concentration de plus 30% de la population haïtienne dans la région métropolitaine de Port-au-Prince (IHSI, 2018).

La majorité de cette population habite dans les quartiers défavorisés et dépourvus des services sociaux de base. Dans ces quartiers se trouvent des constructions anarchiques qui s'étalent sur les collines et dans les plaines de la région métropolitaine de Port-au-Prince tels que: Fort National, Solino, Martissant, La Saline, Cité de Dieu, Cité Plus, les quartiers de Cité Soleil, de Carrefour-Feueillles, Jalousie, les nouveaux quartiers pauvres de Cannan entre autres, où se rencontrent des maisonnettes en béton et simples abris de fortune en tôles et bâches de plastique se serrent le long de chemins étroits, parcourus d'eaux usées et jonchés d'ordures. Dans ces conditions, si la maladie arrive dans ces quartiers sa propagation décimerait une grande partie de la population, car, les conditions d’hygiène et d’habitation ne sont pas réunies pour prévenir le Covid-19, par rapport aux quartiers aisés situés dans les hauteurs de Petion-ville, Delmas et Tabarre où les habitants ont les meilleures conditions pour se protéger contre la maladie.

Nous ne voulons pas être un prophète de malheur, notre réflexion ici parte de la réalité dans laquelle les habitants vivent dans les quartiers défavorisés de la région métropolitaine de Port-au-Prince. La ministre de la Santé publique et de la Population, Dr. Greta Roy Clément dans ses propos a prévenu que «des jours sombres» attendent le pays. Par rapport aux dires de la ministre, nous pouvons dire que du point de vue de la prise en charge d’un patient qui décéderait des suites de complications liées au Covid-19, il n’y a encore rien prévu jusqu’à présent. Cela nous laisse comprendre que le plan élaboré par le MSPP pour combattre la maladie ne planifie rien.

Considérations finales

Le nouveau coronavirus est une crise sanitaire mondiale qui engendrera sans doute une crise économique à l’échelle globale après « la fin » de la maladie. Les pays développés plus ou moins égalitaires et qui possèdent un système de santé avancé n’arrivent pas à empêcher l'affaissement de leur système de santé (Italie et l’Espagne) par le Covid-19. Imagine un pays comme Haïti où les inégalités sociales sont récurrentes et un système de santé défaillant que ne pouvaient même pas offrir des soins de santé à ses citoyens dans les « temps normaux». En ces temps difficiles du nouveau coronavirus, si le Covid-19 arrive dans les quartiers pauvres de la région métropolitaine de Port-au-Prince, les habitants doivent compter sur la solidarité des uns des autres, car, les problèmes fondamentaux qui aideraient dans la prévention de la maladie sont chroniques, croissants et n’ont jamais été l’objet de politiques publiques de nos dirigeants. Alors, protegez vos quartiers, les plus vieux et quand bien que mal sil posib rete lakay nou, lave men nou toutan, pa met men nou nan bouch nou, nan nen nou ak nan je nou. Ces conseils valent pour toutes personnes vivant en Haïti, sachant que la transformation des conditions de vie dans le pays, surtout, dans les quartiers pauvres dépend d’une prise de conscience collective de tous les habitants de la région métropolitaine de Port-au-Prince et tous les Haïtiens, toutes les Haïtiennes sans distinction.

Ismane Desrosiers,
Géographe
E-mail : ismane2017usp.br




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