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Pour une politique de protection sociale sensible au genre

13 septembre 2017, 9:43 catégorie: Société7 375 vue(s) A+ / A-

Marie Sheyla Durandisse, coordonnatrice chargée du volet genre,

inclusion et protection du programme Kore Lavi.

 

L’analyse de la vulnérabilité socio-économique dans les communautés haïtiennes conduit à plusieurs conclusions, dont l’une consiste à tenir compte des inégalités entre les hommes et les femmes. En plus d’être la proie de la précarité socioéconomique, les femmes sont également victimes de traitements sexistes divers. Cette considération, dont le ministère à la Condition féminine fait écho dans sa politique d’équité du genre 2014-2034, est prise en compte dans le programme de protection sociale Kore Lavi, selon la coordonnatrice chargée du volet genre, inclusion et protection dudit programme, Marie Sheyla Durandisse.

 « Aucune politique de protection sociale ne sera efficace si elle n’est pas élaborée de façon à combattre les inégalités entre hommes et femmes », c’est l’une des leçons apprises par Mme Durandisse dans le cadre de la mise en oeuvre du programme Kore Lavi dans quatre départements (Nord-Ouest, Artibonite, Centre et Sud Est) et les deux communes de La Gonâve dans l’Ouest. Elle précise que depuis la phase de planification, il a été question d’aider les femmes à sortir de leur zone de grande vulnérabilité afin qu’elles puissent marcher côte à côte avec les hommes.

À travers plusieurs composantes du programme, les femmes bénéficient d’une assistance particulière qui les aide à atteindre une certaine autonomie dans leurs activités comme vendeuses, agricultrices ou entrepreneures, informe-t-elle. En guise d’encadrement aux PME, des dizaines de femmes analphabètes qui avaient des difficultés à diriger leurs business ont pu apprendre à lire et à compter grâce à une méthode baptisée Tipa Tipa. Selon Mme Durandisse, les pouvoirs publics devraient s’inspirer de l’expérience Kore Lavi pour garantir l’efficacité de leurs interventions en matière de protection sociale.

 « Des causeries sont régulièrement organisées dans le cadre d’activités communautaires sur fond de sensibilisation sur la question du genre », ajoute Sheyla Durandisse. « Dans certaines communautés, le viol paraissait normal et aucune victime n’osait dénoncer leurs bourreaux », dit-elle. Toutefois, elle se dit soulagée de voir que des résultats satisfaisants ont été atteints. « Certaines associations accompagnent des victimes dans leurs démarches auprès de la justice afin qu’elles obtiennent justice », précise-t-elle.

Le responsable de communication et engagement du public pour le programme Kore Lavi, Luc Saint-Fleur, raconte que plusieurs associations locales notamment dans le Centre et le Sud-Est s’impliquent de manière exemplaire dans la sensibilisation contre les violences basées sur le genre. Il évoque le cas d’une troupe de théâtre baptisée Ti Goute qui a organisé plusieurs spectacles au sein des communautés de Boucan Carré, Thomonde, Hinche, Thomassique et Cerca-La- Source pour faire passer des messages sur l’égalité hommes/femmes. En outre, M. Saint Fleur soutient qu’une grande cohésion est désormais remarquée dans de nombreuses familles. Ce point de vue, il l’illustre en évoquant le cas d’une vendeuse du Sud-Est dénommée Lucamène Chéry. Cette dernière a expliqué, dans un documentaire, que son mari qui croyait auparavant que certaines tâches étaient exclusivement réservées aux femmes l’accompagne dorénavant, sans hésitation, dans toutes ses activités, rapporte-t-il.

 Le programme de protection sociale Kore Lavi est exécuté par un consortium d’organisations internationales composé de CARE, Action contre la Faim, le Programme alimentaire mondial et World Vision depuis 2013. Parmi ses retombées concrètes, un certain nombre de personnes auraient quitté le seuil de l’assistanat pour monter leurs petits business grâce à 1241 associations villageoises d’épargne et de crédit. Ces associations qui regroupent près de 37 000 membres, dont 74 % des femmes, accordent 114 600 000 gourdes de crédit et ont un volume d’épargne qui se chiffre à 156 422 981 gourdes, selon un rapport du programme.

Kore Lavi a vu le jour après une demande du gouvernement haïtien auprès de l’administration des États-Unis sur la base d’une étude réalisée en 2012 par la CNSA sur l’insécurité alimentaire chronique dans 42 communes. Le consortium d’organisations qui l’exécute (CARE, ACF, PAM et World Vision) a été choisi dans le cadre d’un appel d’offres de l’Agence américaine de développement international (USAID). Entre autres interventions, Kore Lavi octroie à 18 150 ménages des bons d’achat d’une valeur mensuelle de 25 USD pour l’achat de produits alimentaires cultivés en Haïti dans leur grande majorité.

Kendi Zidor

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