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Plaidoyer pour un nouveau bicentenaire

22 novembre 2017, 10:43 catégorie: Édito13 392 vue(s) A+ / A-

Au nombre des travaux d’aménagement urbain annoncés et entamés par le président de la République, au point d’avoir obtenu une bonne note de la BID, en termes de promesses d’aide financière, il serait nécessaire de penser au Bicentenaire. Une ville comme Montréal, déjà bien pourvue en espaces verts, en demande toujours davantage à chaque changement de gouvernement municipal. Avec un budget annuel de quinze milliards de dollars, elle peut aller bien plus loin que Port-au-Prince.

Même avec des surfacturations censurées par la Commission Charbonneau, les contrats d’aménagement urbain sont quand même exécutés à temps et à la perfection. Chez nous, par contre, nos routes sont très larges sur papier et indécemment étroites dans la réalité. À quand une commission genre Charbonneau en Haïti, qui pourrait demander des comptes à la OAS par exemple, via l’ambassade du Brésil, pour la dilapidation des fonds de la route de Jérémie?

À Montréal, à peine Valérie Plante est-elle devenue la première citoyenne de la ville, en remplacement de Denis Coderre, la question d’une nouvelle Montréal se pose à sa prochaine administration. Le maire de Port-au-Prince, qui a déjà vécu dans cette ville du Québec, sait de quoi je parle. En 1967, Jean Drapeau se faisait un point d’honneur de mettre Montréal sur la carte du monde, et cette visibilité positive ne cesse de s’accroitre. Port-au-Prince n’est pas moins visible que Montréal et d’autres grandes villes du monde, mais plutôt dans le sens de l’insalubrité. Aucun aménagement paysager, même au Champ-de-Mars, qui pourrait témoigner du respect pour nos héros de l’Indépendance.

Il existe à Montréal une bourgeoisie « propre », genre « société civile », qui investit dans les hôpitaux, les universités, ainsi que dans plusieurs travaux d’infrastructure à caractère national. De grandes arènes sont construites pour l’exploitation des capacités sportives de la jeunesse, qui n’a aucune raison d’opter pour des ligues majeures étrangères, car elle est prise en charge localement par une bourgeoisie progressiste et non rétrograde comme celle d’Haïti. À Montréal, les Saputo sont renommés pour leur implication dans tout ce qui relève des infrastructures sportives. D’autres grands noms de famille québécois comme les Paquette, les Leclerc, les Deschênes, les Desjardins, pour ne citer que ceux-là, mettent sur pied de grandes entreprises de développement, qui les enrichissent, certes, mais dont les ristournes vont au petit peuple, car sa santé est garantie par un système de soins médicaux généralisés.

Le Québec est issu comme nous d’une société terrienne d’il y a moins de soixante-ans, mais qui a su vaincre sa tribalité, dépasser son individualité, pour prendre la courbe du développement solidaire, par sa compréhension de la division du travail et son sens du partage. Cent cinquante-ans avant la « Révolution tranquille » au Québec, Haïti avait opté pour un plan agraire basé sur la distribution équitable des terres coloniales. Un socialisme avant la lettre qui n’a d’égal en Amérique que le système cubain à visage humain et l’expérience québécoise de solidarité sociale.

Comme approche nouvelle et inédite des infrastructures décentralisées, les travaux entrepris dans le Sud et dans le Nord par l’Administration Moïse/Lafontant laissent augurer des lendemains meilleurs pour Haïti ; il s’agira d’avoir l’esprit critique et non « de critique » pour en mesurer les tenants et aboutissants, dans un délai de grâce raisonnable.

Pour revenir à l’urbanisation de Port-au-Prince, il revient au maire Chevry lui-même, qui a vécu au Québec, plus particulièrement à Montréal, de faire des propositions au gouvernement, tout en incitant les riches à prendre leurs responsabilités envers la ville et ses alentours. Le relèvement de la Cité de l’exposition est une nécessité absolue.

Mérès M. Weche

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