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Plaidoyer en faveur de la construction de routes

17 avril 2017, 10:14 catégorie: Economie3 369 vue(s) A+ / A-

Les défis que représentent les mauvaises infrastructures routières sont bien connus des Haïtiens. Les recherches mettant en avant les avantages contribuent à plaider en faveur d’un investissement plus important.

Intervention

Coût

Avantages

Avantages pour chaque gourde dépensée

 

Route des Gonaïves à Port-de-Paix

 

 

 

 

16,5 milliards de gourdes

37,1 milliards de gourdes

2,3

 

 

 

 

 

Pont sur la rivière des Anglais

883 millions de gourdes

1,33 milliards de gourdes

1,5

 
 
 

 

Les problèmes de transport affectent tous les aspects de la vie en Haïti. Les problèmes sont malheureusement bien connus des Haïtiens. Les routes se dégradent plus vite qu’elles ne sont rénovées ou construites. La médiocrité du réseau routier et l’état pitoyable des routes et des véhicules de transport permettent de comprendre qu’une grande partie de la population rurale est isolée. Plus de la moitié de ces personnes n’ont pas accès au transport et plus d’un tiers dépendent de routes difficiles d’accès. Ces conditions limitent extrêmement l’accès aux services de base et aux opportunités de développement économique.

 À cette fin, le projet de recherche Haïti Priorise fournit de nouvelles données économiques qui pourraient convaincre des donateurs d’investir dans des projets routiers. Haïti Priorise a collaboré avec plus de 40 experts en économie d’Haïti et d’autres pays pour créer un volume entier de nouvelles recherches axées sur les réponses aux défis locaux. Éclairé par des tables rondes avec des chefs d’entreprise, des fonctionnaires et des experts du secteur, le projet vise à identifier les stratégies les plus efficaces dans de nombreux domaines.

 Toutes les recherches seront, sous peu, examinées de manière approfondie par un éminent panel composé d’économistes haïtiens, d’experts en développement, dont un lauréat du prix Nobel, et d’un forum pour les jeunes en provenance d’Haïti. Ces groupes seront invités à identifier les priorités envisageables. Amien Sauveur, du ministère de la Planification et de la Coopération externe, a étudié les solutions qui seraient en mesure de pallier le déficit des infrastructures routières. Son rapport plaide en faveur d’un investissement dans deux projets spécifiques.

Dans la foulée, le département du Nord-Ouest est le seul du pays à ne pas avoir même un seul kilomètre de route bétonnée ou pavée. Port-de-Paix n’est reliée à d’autres villes que par des routes en terre. Le Nord-Ouest est très vulnérable aux intempéries faute de drainage, de création de rigoles et de stabilisation des berges. Cette situation, associée à la dégradation progressive des berges des rivières, peut compliquer l’accès à certaines communes dont Saint-Louis du Nord, Anse-à- Foleur et Chansolme en cas de catastrophe naturelle.

Le Dr Sauveur soutient, à cet effet, qu’il est primordial de relier Gonaïves à Port-de-Paix. Le calcul du coût de la construction de ce tronçon de route de 83 km de long est relativement simple en se basant sur des études à grande échelle. Chaque kilomètre de route coûterait 300 000 dollars pour les études, 1,5 million de dollars pour sa construction et 375 000 dollars pour sa maintenance. Le coût total serait de 16,5 milliards de gourdes, soit 238 millions de dollars.

 Les avantages seraient nombreux. À l’heure actuelle, la vitesse moyenne de circulation dans la région est de seulement 30 kilomètres/heure. Après la construction de la nouvelle route, cette vitesse atteindrait 70 kilomètres/heure. Les personnes et les marchandises se déplaceraient plus rapidement. Cela permettrait de gagner du temps et de l’argent : le docteur Sauveur a calculé que le gain de temps pour les gens équivaudrait à 716 millions de gourdes, et 11 milliards de gourdes pour les marchandises.

Il y aurait d’autres avantages. Le docteur Sauveur estime que le nombre d’accidents, actuellement d’environ 320, serait réduit presque de moitié grâce à la nouvelle route. Sur le plan monétaire, cela signifierait des économies annuelles pour Haïti de 7,2 milliards de gourdes (104 millions de dollars).

 Ce tronçon de route permettrait également de livrer plus de récoltes aux consommateurs avant qu’elles ne s’abîment. Cette réduction des pertes après récolte équivaudrait à 8 milliards de gourdes supplémentaires. Au total, tous ces avantages représentent 37 milliards de gourdes. Les avantages de la construction de la route des Gonaïves sont donc 2,3 fois plus élevés que les coûts, ce qui en fait un investissement respectable.

 La deuxième intervention proposée par le Dr Sauveur consiste à jeter un pont sur la rivière des Anglais, pour relier le département du Sud et celui de la Grand’ Anse. Ce pont, d’une longueur de 120 à 150 mètres, coûterait environ 228 millions de gourdes (3,3 millions de dollars). L’endroit où les véhicules traversent actuellement la rivière est trop proche de la côte. Par conséquent, 2 à 3 km de route devraient également être construits, pour éloigner le pont de la côte, ce qui aurait un coût de 3,7 millions de dollars.

Le coût total de la planification, de la construction et de la maintenance serait de 883 millions de gourdes (12,7 millions de dollars). À l’instar de la route, les avantages comprennent un gain de temps pour les gens (30 millions de gourdes), un gain de temps pour les marchandises (d’une valeur de 947 millions de gourdes) et une réduction des coûts d’utilisation des véhicules (48 millions de gourdes). La réduction des pertes après récolte équivaudrait à 304 millions de gourdes. Au total, ces avantages s’élèveraient à 1,3 milliard de gourdes (19 millions de dollars). Cela signifie que la construction du pont sur la rivière des Anglais générerait des avantages pour l’ensemble d’Haïti, d’une valeur 1,5 fois supérieure au coût total.

 Bjorn Lomborg et Gaelle Prophete

Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs. 

 

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