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« Pitit Marasa » et pouvoirs mystiques en Haïti

22 janvier 2018, 9:35 catégorie: Société15 024 vue(s) A+ / A-

En Haïti, les enfants jumeaux sont souvent considérés comme des êtres mystérieux dotés d’un pouvoir bénéfique ou maléfique. Par rapport à cela, un « marasa » est le plus souvent un enfant qui fait peur au point que certains d’entre eux sont victimes d’isolement. Ont-ils réellement un quelconque pouvoir ? D’où vient celui-ci ?

Wedlène et Wedline, deux petites filles âgées seulement de 7 ans, sont considérées chez elles et dans leur communauté à Petit-Rivière de l’Artibonite comme des enfants spéciales. Pour être des jumelles, ces fillettes sont traitées d’une manière exceptionnelle dans leur famille et dans toute la zone. En effet, tout le monde est convaincu que ces enfants sont dotées d’un pouvoir mystérieux qu’elles peuvent à volonté utiliser pour faire le mal ou le bien.

Apparemment, elles ont eu recours à plusieurs reprises à ce « pouvoir » pour résoudre leurs problèmes. Leur plus grande victime reste Widline, une grande soeur qu’elles n’aiment pas trop apparemment. « Nous lui avons donné une migraine chronique afin qu’elle ne puisse jamais aller au tableau à l’école. Nous avons voulu la rendre inculte », racontent-elles, anodines, comme si elles prenaient plaisir à ce mal.

Quand on interroge Widline, la présumée victime, son discours n’est pas différent. Elle croit bien avoir été ensorcelée par ses soeurs cadettes à plusieurs reprises. Toute la famille y croit d’ailleurs. Y compris la mère. « Oui, elles ont fait ça plusieurs fois », répond la mère. Mais cette dernière a dû les supplier pour enlever « le sort ». Quand on leur demande pourquoi elles en veulent à leur soeur, leur réponse a été instantanée. « Elle n’est pas belle », martèlent-elles.

Apparemment, entre celles-là, il n’y a pas de conflits ouverts. Wedlène et Wedline s’entendent à merveille pour dominer. Cependant, dans certains cas, les jumeaux s’entre-déchirent et se font la guerre. « C’est toujours des bagarres à la maison. Jamais ils ne s’entendent sur quelque chose », raconte une femme dans un tap-tap assurant le trajet Carrefour/Centre-Ville.

Dans ce tap-tap, une femme est montée avec deux petits enfants, des jumeaux explique-t-elle. L’un de ces enfants âgés de moins de deux ans terrorise la mère pour qu’elle lui donne de l’eau après en avoir déjà bu un petit sachet afin d’empêcher à la mère d’en donner à l’autre enfant. Selon la mère, il agit ainsi chaque jour. Il veut tout. Un comportement qui résulte de l’attention particulière que la mère porte à son jumeau, informe la femme, l’air succombée.

Une possibilité qu’une autre femme du tap-tap essaie de confirmer. Cette dernière informe avoir deux jumeaux à la maison, une fille et un garçon, qui la fait vivre un enfer, à cause de leur jalousie. « Le problème, c’est la fille. Elle veut toujours se comparer avec l’autre », informe cette femme qui se dit être protestante.

Soleil et Lune : les sources du pouvoir des « Marasa »

Dans les deux derniers cas, l’on peut constater que l’un des jumeaux domine l’autre. Et ce n’est pas un hasard, explique la mambo Euvonie Georges Auguste, grande servante de la « Konfederasyon nasyonal vodouyizan Ayisyen » (Confédération nationale des vodouisants haïtiens) (KNVA). « Ces enfants ont la chance d’être influencés par deux grands astres, le soleil et la lune. Et c’est là, la source de leurs pouvoirs », explique Euvonie G. Auguste. Toutefois, si chacun d’entre eux est influencé par l’un des deux astres, c’est celui qui est influencé par la lune qui sera le plus fort. « Dans le vodou, le soleil diminue le pouvoir. C’est pourquoi les vodouisants portent toujours un chapeau pendant le jour. Mais la lune augmente le pouvoir », précise-t-elle.

Ainsi, la mambo a-t-elle confirmé le caractère mystérieux des grossesses gémellaires. Pour elle, les jumeaux sont réellement dotés de pouvoirs magiques les rendant exceptionnels. Un pouvoir qu’ils détiennent, selon la prêtresse vodou, de leur double influence de la lune et du soleil. Le nom « marasa » qui les qualifie est d’ailleurs une déformation du mot « Maroulisa » qui, selon la mambo, signifie Lune et soleil.

À en croire Euvonie G. Auguste, les « pitit marasa » sont tellement mystérieux que leur naissance donne beaucoup de pouvoirs à leur génitrice. « Dans le vodou, une femme qui a donné naissance à des jumeaux devient automatiquement une femme mystique, une femme de pouvoir », avoue la mambo. Même leurs cadets, appelés « DoSou » (Do= à côté de, Sou = sage : DoSou signifie, selon Euvonie G. Auguste, celui qui est près du sage), héritent également de leur pouvoir.

Remarquons que cette croyance ne fait pas toujours le bonheur de ces enfants gémellaires. Si dans certaines familles, ils sont considérés comme des êtres utiles, capables de résoudre certains problèmes de la famille grâce à leur magie, ils sont plutôt vus comme une « malédiction » dans d’autres. En effet, les jumeaux sont tabous pour beaucoup de gens dans la société.

Même à l’école, ils sont souvent isolés à cause de la peur que les gens développent à leur égard. Wedlène et Wedline racontent que beaucoup d’enfants ont souvent peur de jouer avec elles à l’école. Même dans leur quartier elles sont souvent vues comme des « porte-malheur ».

L’explication scientifique

Les scientifiques donnent pourtant des explications sur les naissances gémellaires. D’abord, ils distinguent les vrais des faux jumeaux. Selon le site doctissimo. fr, il arrive que le zygote, oeuf formé lors de la fécondation, se divise en deux sans que l’on sache pourquoi et à quel moment exactement. « C’est ce qui va donner des jumeaux monozygotes, encore appelés vrais jumeaux », explique doctissimo.

En revanche, explique le site spécialisé en information santé, les jumeaux dizygotes ou faux jumeaux ne sont pas conçus de la même façon. « En principe, lors de chaque ovulation, un seul ovocyte arrive à maturation. Il sera fécondé par un spermatozoïde. Dans le cas des jumeaux dizygotes, il y a eu émission de deux ovocytes. Ceux-ci seront alors fécondés par deux spermatozoïdes, très souvent au cours du même rapport sexuel, et donneront de faux jumeaux. Ces derniers peuvent être de sexe différent et se ressembler ou pas… comme deux enfants d’une même fratrie », lit-on sur doctissimo.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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