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#PetroCaribeChallenge : des émeutes au mouvement social ?

11 septembre 2018, 10:22 catégorie: Tribune14 642 vue(s) A+ / A-

Introduction

Le mouvement PetroCaribeChallenge (#kotekòbpetrokaribea ?) est mondialement connu pour son ampleur à travers les médias sociaux – Twitter – et traditionnels. Cette nouvelle dimension a été prise suite aux émeutes qu’a connues le pays les 6, 7 et 8 juillet 2018 qui, en conséquence, ont conduit à la démission du Premier ministre Jack Guy Lafontant. Aussi les principales villes et routes d’Haïti ont-elles été hérissées de barricades, qui ont paralysé toute activité. La violence, la plus vive dans les zones métropolitaines, a contribué aux proies d’incendies, pillages des supermarchés et pertes en vie humaine (Cf. RFI, 2018 ; La Presse, 2018). À l’origine, le gouvernement avait annoncé, en juillet dernier, la hausse des prix de l’essence de 38 %, du gazole de 47 % et du kérosène de 51 %.

Quelques semaines après ces émeutes, la population n’en a pas fini. Sur ce, elle avait exigé le départ du président Jovenel Moïse. Peu de temps après, sous le hashtag #PetroCaribeChallenge (#kotekòbpetrokaribea ?), ils, les internautes [haïtiens], demandent des comptes à la classe politique soupçonnée d’avoir dilapidé les fonds Petrocaribe (Anne Verdaguer, 2018).

Pour plus de pression, PetroCaribeChallenge laisse l’espace cybernétique en s’y établissant à travers les rues. À ce titre, plusieurs de milliers de gens ont manifesté, le 24 août 2018, devant la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSC/CA) afin d’exiger l’arrestation des autorités impliquées dans la dilapidation de plus de trois milliards de dollars, issus du programme vénézuélien de coopération Petrocaribe.

Depuis lors, ce mouvement est sujet de polémique dans les médias traditionnels, l’espace privé et public haïtien. Polémique, dans la mesure où pour certains, PetrocaribeChallenge est un mouvement social. D’autres prennent le contre-pied. Qu’en estil exactement ? Comment peut-on qualifier PetrocaribeChallenge du point de vue de la sociologie des mouvements sociaux ?

 Le présent article se focalise sur ce débat. Dit autrement, l’objectif de cet article est de montrer en quoi PetroCaribeChallenge constitue ou pas un mouvement social. Pour ce faire, nous nous attacherons, prima facie, à définir le concept « mouvement social » au regard des sociologues Alain Touraine, Éric Neveu et Herbert Blumer. Secundo, un état des lieux va nous permettre de voir ce que d’autres auteurs ont écrit sur les mouvements sociaux. Tierce, nous regarderons les caractéristiques des mouvements sociaux. In fine, nous cherchons à faire ressortir toutes les caractéristiques d’un mouvement social à travers PetrocaribeChallenge.

Il faut préciser que, du point paradigmatique, la présente réflexion s’inscrit dans une approche interprétative. Quant à la méthodologie du travail, nous avons utilisé l’intervention sociologique, au sens tourainien du terme. Celleci nous permet de confronter in/ directement les acteurs et les adversaires de PetrocaribeChallenge.

 1-De la définition d’un mouvement social

Un mouvement social, d’après Alain Touraine (1973), est la combinaison de trois principes : un acteur, un adversaire et une vision sociale dans un champ d’action historique donné. Cela dit, le principe d’identité est la définition de l’acteur par lui-même.

« Un mouvement social, écrit Touraine, ne peut s’organiser que si cette définition est consciente ; mais la formation d’un mouvement précède largement cette conscience. C’est le conflit qui constitue et organise l’acteur » (Alain Touraine, op. cit.,p. 361).

 De manière holistique, Touraine essaie de saisir le conflit dans sa complexité. En effet, un mouvement social se situe, d’après lui, entre des orientations culturelles et des formes d’organisation sociale. Sur ce, certains supposent l’existence d’un système organisé autour d’un principe central de fonctionnement. Pour d’autres, il résulte des rapports de force entre acteurs ayant intérêts opposés.

Face à un tel débat, Alain Touraine écrit :

« Un mouvement social est l’action conflictuelle par laquelle des orientations culturelles, un champ d’historicité, sont transformés en des formes d’organisation sociales qui sont définies à la fois par des normes culturelles générales et par des rapports de domination sociale » (Alain Touraine, 1984, p. 8).

Mais, le concept de mouvement social, précise-t-il, s’oppose à celles de conduites collectives et de luttes en ce qu’elle impose un renversement complet de l’ordre social. Pour y arriver, le concept de classe est inséparable au mouvement social.

 De son côté, Éric Neveu entend (1996) par mouvement social, toute action collective, c’est-à-dire des situations dans lesquelles se manifestent des convergences entre une pluralité d’agents sociaux. Toutefois, il tient à préciser qu’un mouvement social renvoie à un agir ensemble intentionnel qui est marqué par le projet explicite des protagonistes de se mobiliser de concert. Cet agir ensemble, ajoute-t-il, se développe dans une logique de revendication, de défense d’un intérêt matériel ou d’une cause.

À cet égard, Éric Neveu surligne :

« Un mouvement social se définit par l’identification d’un adversaire, mais il n’est pas tout le temps politique. Seul prend une charge politique un mouvement qui fait appel aux autorités politiques (gouvernement, collectivités locales, administrations…) pour apporter, par une interaction publique, la réponse à une revendication » (Éric Neveu, op. cit.,ch. 1).

Toutefois, Neveu note certaines ruptures avec les anciens et nouveaux mouvements sociaux. À ce titre, Neveu énumère quatre formes de ruptures.

Selon lui, il s’agit de : « La forme d’organisation répertoire d’actions différentes comme occupation des locaux ; valeurs et revendications différentes ; rapport au politique différent et différence dans l’identité des acteurs, c’est-à-dire, plus d’identité de classe » (Éric Neveux, idem.).

En bref, même si Éric Neveu reste dans la conception touranienne du terme, il reconnait qu’au fur et à mesure, il y aura de nouveaux mouvements sociaux.

2-États des lieux

De nombreuses recherches ont été menées à propos du mouvement social tant qu’en Haïti et ailleurs. Loin d’avoir la prétention exhaustive, pour le compte de ce travail, on retient les travaux d’un bon nombre de chercheurs, tels que Ilionor Louis (2018) ; Michel Hector (1998) ; Pierre Therme (2014) ; Lilian Mathieu (2004). Cependant, selon nos recherches, aucun de ces auteurs n’a étudié jusqu’à aujourd’hui ce mouvement, PetroCaribeChallenge, en tant que mouvement social ou inversement. Alors qu’il est présent, même si de manière minimaliste, dans les débats au niveau de l’espace public haïtien comme mouvement social.

 Donc dans cet article, nous nous bornerons à étudier laconiquement les caractéristiques que partage PetroCaribeChallenge avec les indicateurs du concept mouvement social pour déterminer s’ils concordent. Au préalable, nous avons précisé que nous nous limitons aux définitions des sociologues Alain Touraine, Éric Neveu et Herbert Blumer.

 Cela dit, pour Touraine, tout mouvement social se caractérise par l’identification d’un/des adversaire (s) en situation de conflit. L’importance du conflit est faire surgir l’adversaire, former la conscience des acteurs en présence à travers un principe de totalité. Par ce principe, Christophe Zamord (2014), entend tout système d’action historique dont les adversaires se situent dans la double dialectique des classes.

Dans cette analyse, on retient ce qui suit :

« ״Alain Touraine identifie trois éléments indispensables à l’existence d’un mouvement social : un acteur qui a conscience de son identité, un adversaire identifié par l’acteur et un objectif visant un changement complet de la société» (Alain Touraine, cité par Christophe Zamord, idem.).

En complémentarité avec Alain Touraine, Herbert Blumer décrit d’autres caractéristiques des mouvements sociaux. Selon Blumer et Neveu, les mouvements sociaux peuvent être regardés comme des sociétés en miniature. À ce stade, pour reprendre leurs propos, ils en possèdent : « Des objectifs précis, une organisation, une culture, une conscience d’appartenance et un leader » [(Herbert Blumer, cité par Christophe Zamord; Éric Neveu, 1996 (2004))]. Après avoir décrit les caractéristiques exposées par Touraine, Neveu et Blumer, il s’avère important de rechercher au sein de PetroCaribeChallenge s’il s’agit d’un mouvement social.

3-Du PetroCaribeChallenge au mouvement social ? : vers une analyse touranienne Au cours de cette partie, nous nous attacherons à analyser PetroCaribeChallenge suivant les éléments d’Alain Touraine, Éric Neveu et Herbert Blumer à savoir : un objectif visant à un changement complet, un/ des acteurs ayant une conscience d’appartenance, un/des adversaires identifiés et une organisation en miniature.

3.1. PetroCaribeChallenge : objectif précis ?

PetroCaribeChallenge est constitué d’un groupe qui s’entoure de personnes exigeant l’arrestation des individus impliqués dans la dilapidation des fonds Petrocaribe. Il (Petrocaribe) s’agit, en fait, d’un prêt concessionnel au taux préférentiel de 1% l’an remboursable sur vingt-cinq (25) ans avec un délai de grâce de deux (2) ans.

Ce mouvement a pris son ampleur à travers l’espace cybernétique. PetroCaribeChallenge, semble-t-il, influencé par de grands mouvements sociaux à travers le monde, dont les « Les Indignés ». Certes, il possède un objectif précis : lutter contre la corruption. Pour ce faire, les couches défavorisées de la population exigent les institutions étatiques, telles que CSC/CA d’assumer leur responsabilité. Or la CSC/CA est une institution, par une approche systémique, pouvant empêcher un mouvement social d’atteindre sa mission.

 Donc, la mission n’est pas de proposer un changement radical du système. A contrario, leur mission consiste à consolider le système en suivant les principes des institutions. Seule à travers une transformation totale on peut combattre la corruption, punir les dilapidateurs des fonds Petrocaribe.

3.2. PetroCaribeChallenge : des acteurs et adversaires identifiés ?

Plusieurs investigations ont été menées par le Parlement haïtien sur le gaspillage de ces fonds. Celles-ci ont porté sur tous ceux qui ont eu la responsabilité de la gestion du fonds. Petrocaribe a été mis en application en 2008. Cela dit, dès cette mise en application jusqu’au 21 mars 2016, deux commissions sénatoriales ont recommandé que l’action publique soit mise en mouvement contre plusieurs noms dans la supercherie d’État. Donc, tous ceux qui sont impliqués dans la dilapidation des fonds Petrocaribe sont appelés « Petro voleurs (sic) », adversaires directes des PetroCaribeChallengers.

 Selon Haïti Libre, ces adversaires identifiés dans une première enquête répondent aux noms de :

« Jean-Max Bellerive, Laurent Salvador Lamothe, Jacques Gabriel, Daniel Dorsainvil, Wilson Laleau, Marie Carmelle Jean Marie, Josefa Gauthier, Hébert Docteur, Michael Lecorps, Garry Conille, Florence Duperval, Hervé Day, Lionel Grand Pierre, Jules Content, Mme Nonie Mathieu, firmes INFRATEC, GTC, TROPIC BUILD, NOELSAINT CONSTRUCTION, SETRAGEC, INTERLOC, BATIC GRANDANS, SOTEC, IBT, GENERALE CONSTRUCTION S.A., HADOM, ROFI, DISENOS R.N.M, GTC, TROPIC BUILD, FAES, UCLBP » (Haïti Libre, 2016).

Dans une autre enquête dirigée par le sénateur Évalière Beauplan, Haïti en Marche rapporte les noms suivants : « Jacques Gabriel, Michael Lecorps, Eustache St-Lot, Jean Max Bellerive, Hervé Day, Michel Content, Lionel Grand Pierre, Hebert Docteur, Laurent Salvador Lamothe, Josefa Gauthier, Jacques Rousseau, Marie Carmelle Jean Marie, Wilson Laleau, Florence Guillaume Duperval, Stéphanie Balmir Villedrouin, Yves Germain Joseph, Max Rudolph Saint-Albin, J&J Construction & Co, ROFI S.A, IBT S.A, HADOM Constructora S.A, ENSTRAP MAXITECH S.A. GPL SOLAR LLC ESOLAR HAITI SUNTECH SOLAR HAITI S.A. ENERSA BUROCAD COMPHENER GREEN SOLAR SPECIALIS » (Haïti en Marche, 2017, p. 11).

Le deuxième rapport s’agit d’un approfondissement de celui de la commission dirigée par le sénateur Youri Latortue. Or certains noms comme celui de Nonie Mathieu qui a été cité dans le premier rapport, ne sont plus mentionnés dans le deuxième. Cela fait d’elle automatique une actrice et non une adversaire. Quant à elle, la population haïtienne pointe du doigt les nouveaux adversaires comme l’ancien président Joseph M. Martelly et sa femme qui n’ont pas été mentionnés dans les deux rapports. Qui sont les adversaires ? Ceux du premier rapport ? Ceux qui sont impliqués dans le rapport de la commission dirigée par le sénateur Évalière Beauplan ? Ou encore ceux identifiés par la population ?

3.3. PetroCaribeChallenge : une organisation de société en miniature et une conscience d’appartenance ?

 L’une des caractéristiques d’un mouvement social, comme nous l’avons précisé, est sa structure organisationnelle et une conscience d’appartenance. PetroCaribeChallenge ne possède aucune direction qui est exercée par un directoire d’hommes et de femmes. Ce mouvement n’a aucun lieu (siège) où sont définies les stratégies. Tout mouvement social est organisé. Les tâches sont réparties. Sur ce, qui est responsable d’organiser ce mouvement ? Jusqu’à date, personne ne sait qui organise les réunions, conduit PetroCaribeChallenge et gère les finances. À ce titre, l’un des initiateurs du mouvement, le rappeur haïtien K-lib de son vrai nom Valckensy Dessina déclaré, lors d’une interview à Alter radio, ce qui suit:

« L’important était de réintroduire le dossier de Petrocaribe dans l’espace public haïtien. Comme rappeur engagé, j’ai réalisé mon travail qui a pris fin. Il reste à la population de savoir quelles sont les prochaines étapes » (K-lib, 2018).

En parallèle à cette structure désorganisée, il y a une conscience d’appartenance. En effet, le mouvement n’est plus, aujourd’hui, limité à Haïti. Des Haïtiens qui vivent partout comme en France, aux USA et Canada organisent des marches pacifiques et des manifestations afin de demander des comptes à la classe dirigeante haïtienne sur la dilapidation des fonds Petrocaribe. Dit autrement, il n’y a pas un isolement des membres du mouvement.

Conclusion

L’objectif que poursuit le présent article était de montrer en quoi PetroCaribeChallenge constitue un mouvement social. Nous avons défini le concept de mouvement social. Nous avons vu, à travers l’intervention sociologique, que les caractéristiques du mouvement PetroCaribeChallenge ne concordent pas aux mouvements sociaux tels que décrivent Alain Touraine, Éric Neveu et Herbert Blumer. PetroCaribeChallenge ne possède pas un/des leaders; il possède certes des adversaires non identifiés et des objectifs précis. Ce mouvement n’est pas bien organisé. Disons autrement, il ne fonctionne pas comme une organisation en miniature.

 Il possède une conscience d’appartenance de classe dans ce mouvement. Mais, cette conscience ne se situe pas dans la double dialectique des classes, c’est-à-dire les acteurs ne disputent pas la domination. Ce que réfléchissent inversement les adversaires. Il possédait une nouvelle culture, l’espace cybernétique, qui n’est plus. Au regard des propos d’Alain Touraine, la population haïtienne ne se donne pas pour objectif de transformer le système social, mais plutôt de faire appel à l’autorité. Cet appel signifie qu’on accepte l’ordre social, obéir aux principes institutionnels. Donc beaucoup de caractéristiques des mouvements sociaux ne se retrouvent pas chez le PetroCaribeChallenge.

Wilner Jean

Mémorand en

communication sociale,

Université d’État d’Haïti

(UEH)

Références bibliographiques

Alain TOURAINE, Production de la société, Paris, Seuil, 1973.

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Anne VERDAGUER, Haïti: le challenge Petro Caribe dans la rue, [en ligne], http://www.rfi.fr/emission/20180824-haiti-petro-caribe-challenge-venezuela-migrants-perou-etats-unis-avortement, consulté le 7 septembre 2018.

Christophe ZAMORD, « Les Témoins de Jéhovah: un mouvement religieux aux caractéristiques d’un mouvement social », in Études caribéennes, no. 29, 2014, pp. 1-16.

Éric NEVEU, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, « Les Repères », La Découverte, 4e éd., 1996 (2004).

HAÏTI LIBRE, Rapport d’enquête sur l’utilisation des fonds PetroCaribe, [en ligne], http://www.haitilibre.com/article-18361-haiti-flash-rapport-d-enquete-sur-l-utilisation-des-fonds petrocaribe.html,consulté le 10 septembre 2018.

K-lib, Ti chèz ba (émission de radio présentée par Godson Pierre), diffusée le 29 août 2018, P-au-P, Alter radio, 2018.

LA PRESSE, Violences en Haïti: le premier ministre démissionne, [en ligne], http://www.lapresse.ca/international/caraibes/201807/14/01-5189550-violences-en-haiti-le-premier-ministre-demissionne.php, consulté le 6 septembre 2018.

Lilian MATHIEU, Comment lutter, [en ligne], https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00851628, téléchargé le 6 septembre 2018.

Llionor LOUIS, Émeutes et inégalités sociales en Haïti : réflexions sur les événements des 6 et 7 juillet 2018, [en ligne], http://www.alterpresse.org/spip.php?article23382, consulté le 7 septembre 2018.

Michel HECTOR, « Mouvements populaires et sortie de crise (XIXe – XXe siècles) », Pouvoirs dans la Caraïbe, no. 10, 1998, pp. 68-93.

Pierre THERME, « Haïti 2003-2012 : les mouvements de contestation populaire face aux logiques de l’aide », in Cahiers des Amériques latines, no. 75, 2014, 125-146.

RFI, Fonds Petrocaribe: des Haïtiens demandent des comptes à la classe politique, http://www.rfi.fr/ameriques/20180820-fonds-petrocaribe-haitiens-demandent-comptes-classe-politique, consulté le 7 septembre 2018. 

  1. n., « Lutte contre la corruption (!): le rapport sénatorial sur l’utilisation des fondsPetrocaribe », in Haïti en Marche, vol. 31, no. 44, 2017, pp. 1-16.

 

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