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PetroCaribe : la pomme de la discorde

01 mars 2018, 10:40 catégorie: Actualité8 866 vue(s) A+ / A-

Des membres de l’opposition en conférence de presse le jeudi 1e mars./Photo : UNJPH.

 

La réaction de l’administration Moïse/Lafontant, suite à la note de la mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) saluant la désignation du juge instructeur, dans le dossier PetroCaribe, suscite beaucoup de remous dans l’opinion publique et la société civile haïtienne.

Le rappel de l’ambassadeur Denis Régis, selon les responsables de la JILAP et plusieurs représentants du secteur démocratique, vient confirmer la volonté du gouvernement, particulièrement du président de la République, d’enterrer ce délicat dossier qui est en train de faire boule de neige. Car, soulignent ces organisations, le transfert du dossier à la Cour supérieure des comptes, par les dix-sept sénateurs proches du pouvoir, n’a pas réussi à faire taire les voix exigeant que lumière soit faite sur cette affaire. Le nombre de plaintes de citoyens se portant partie civile dans le dossier ne cesse d’augmenter. À cela s’ajoute, la note de la responsable de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), Susan D. Page, saluant la désignation d’un juge instructeur appelé à conduire l’enquête judiciaire afin de déterminer, s’il y a lieu, sur la base d’indices, d’inculper certaines personnes épinglées dans le rapport de la commission sénatoriale.

‹‹La réaction des autorités haïtiennes est incorrecte. Il n’est pas question de parler d’ingérence, car l’ONU peut intervenir de plein droit dans un dossier à caractère transnational››, a fait valoir, l’avocat André Michel, qui a rappelé que Haïti a ratifié une convention de l’ONU sur la lutte contre la corruption. L’homme de loi a fait en outre savoir qu’il est du mandat de l’ONU de prendre position sur des dossiers se rapportant au blanchiment des avoirs, à la lutte contre le terrorisme, à la bataille contre le phénomène de la corruption considéré comme un véritable fléau mondial.

La Commission épiscopale Justice et Paix (JILAP) abonde dans le même sens. Selon la directrice générale de la JILAP, Jocelyne Colas, l’attitude des responsables de l’État parait douteuse, mais aussi inquiétante. La manière dont ils traitent la question montre qu’ils n’ont aucune volonté, comme le chef de l’État ne cesse de le clamer, de juguler le phénomène de la corruption dans le pays. ‹‹Il faut que lumière soit faite dans cette affaire. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux. S’il le faut, nous devons aller jusqu’à contraindre ceux dont la culpabilité aurait été prouvée, de restituer cet argent que nos fils et filles auront coute que coute à rembourser››, a exhorté, Jocelyne Colas faisant appel, à l’instar d’André Michel, à l’implication de la communauté internationale afin que, pour une fois, la nation haïtienne puisse donner le signal qu’elle veut combattre le phénomène de la corruption.

Par ailleurs, la directrice de la JILAP sans vouloir exprimer ouvertement son désaccord avec la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif (CCS/CA) chargée par le Sénat d’assurer le suivi du dossier affirme : ‹‹ la CCS/CA et l’Unité centrale de renseignement financier (l’UCREF) ne sont pas crédibles››. Ces organismes ont failli à leur mission par ce qu’elles ont fait preuve de grande irresponsabilité dans leur travail, selon Mme Colas qui en a profité pour lancer un appel à la mobilisation citoyenne autour de l’affaire Pétrocaribe.

Par ailleurs, Me André Michel se réjouit des avancées réalisées dans le dossier. Il informe que la greffe du tribunal de première instance de Port-au-Prince a déjà reçu plus d’une trentaine de plaintes. L’homme de loi qui annonce le dépôt imminent de plusieurs autres plaintes, a déclaré que la lutte vient à peine de commencer, soulignant que le juge instruction, Paul Pierre, a déjà envoyé son réquisitoire au commissaire du gouvernement. Il a aussi révélé que l’affaire instruite par le juge Morin, concernant Alix Gassant Junior, assassiné en 2012, aurait quelque chose à voir avec le dossier PetroCaribe.

Daniel Sévère

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