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PetroCaribe : des acteurs pour un rôle

15 mars 2018, 9:19 catégorie: Édito31 824 vue(s) A+ / A-

L’annonce était dans les tuyaux. Elle est vite devenue un poncif inspirant, susceptible de faire bouger des lignes. Alors que le juge Pierre Paul attendait le réquisitoire du commissaire du gouvernement pour lancer la phase d’instruction de l’affaire, les avocats de la partie civile ont déposé mardi dernier une requête à la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSC/CA). Objectif : exiger qu’elle se déclare incompétente pour traiter un dossier de corruption déjà pendant devant la justice. Signe des temps?

De son côté, le directeur du cabinet particulier du Président Jovenel Moïse plaide pour la création d’une commission de vérité apolitique composée de spécialistes internationalement connus pour faire la lumière sur la gestion du fonds PetroCaribe. Wilson Laleau n’en démord point. Soucieux du traitement objectif et rigoureux de ce dossier, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances assure qu’il a géré ces fonds en toute équité. Et ce ne sont pas ses détracteurs qui le démentiront. D’après lui, les vrais bandits, ces fossoyeurs de la patrie et dilapidateurs des fonds publics se cachent derrière ce dossier pour salir l’image de ceux qui ont commis le seul crime d’avoir servi en toute honnêteté leur pays.” Le rapport de la commission présidée par le sénateur Evalière Beauplan n’a rien à voir avec la vérité. Les fonds de PetroCaribe ont été décaissés dans le cadre des contrats légaux selon les normes de passation de marché au niveau national. C’est la Commission nationale des marchés publics (CNMP) qui est légalement chargée de déterminer le respect du protocole de marché avant l’aval de la CSC/CA pour l’exécution des projets.”

Wilson Laleau est convaincu d’avoir raison de questionner la compétence du Sénat de plancher sur ce dossier. Mais doit-il douter du rôle de contrôle que la Constitution assigne au Parlement? “Des personnalités et des entreprises mises en cause dans le rapport Latortue ont été exonérées, tandis que d’autres ont bénéficié du changement opéré dans les chefs d’accusation”, avait-il dénoncé dans une correspondance adressée au sénateur Youri Latortue. À l’instar de son collègue sénateur de l’Artibonite, Evalière Beauplan est persuadé qu’il y avait gabegie dans la gestion de ces fonds : “Les gens cités ont été bien ciblés, sauf qu’il y en a beaucoup plus”, estime-t-il en présumant qu’il sera difficile pour les anciens fonctionnaires incriminés dans son rapport de s’en sortir.

Pour sa part, l’organisation New England Human Rights qualifie de suspecte la réaction du gouvernement haïtien, après la publication du communiqué de la MINUJUSTH, sur le suivi des plaintes déposées dans le cadre du dossier Petrocaribe. Le président du NEHRO estime que cette position est conforme à la résolution 2350 de l’Organisation des Nations unies. Il encourage l’ONU à créer une mission technique d’appui à la lutte contre la corruption.

Selon le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aides au Développement (BMPAD), dès l’entrée en vigueur de l’Accord de PetroCaribe le 31 décembre 2014, le montant total des importations s’élevait pour Haïti à près de 32,7 millions de barils de produits pétroliers pour un coût total d’un peu plus de 3,5 milliards de dollars US (3,541,866,55). La portion à payer était d’un peu plus de 1,5 milliard US ( 1, 557,942,836,89). Il a été versé au fournisseur vénézuélien PDVSA Petroleo SA US$ 1,549,429,870,70 conformément aux termes de l’Accord PetroCaribe.

La dette effective d’Haïti cumulée au 31 décembre 2014 est estimée à près de 1,6 milliard de dollars après une déduction de l’annulation de 395 millions de dettes par le Venezuela, après le séisme dévastateur de 2010.

Les uns s’interrogent sur les investissements réalisés à l’aide de ce pactole du Venezuela susceptible de permettre de générer des revenus pour payer la dette. D’autres, au contraire, rétorquent que plus de 75% des réalisations sous l’administration Martelly étaient financées par ces fonds (école, aéroport, port, viaduc, logements sociaux, agriculture, énergie…). Soit. Mais la facture parait bien trop salée. Et la nation, consciente du fait que dans ce brouhaha financier chacun veut y aller de son tour de passe-passe, demande des comptes. Au grand dam de l’UCREF, de l’ULCC, mais aussi du GAFIC (Groupe d’Action financière de la Caraïbe), encore appelé en anglais CFATF (acronyme de Caribbean Financial Action Task Force)composé de 25 États, du bassin caribéen, de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, engagés, eux aussi, dans la lutte contre la corruption… Et en faveur de la défense de l’intérêt national qui, par rapport à PetroCaribe, se mesure de toute évidence à l’aune de la somme des intérêts particuliers.

Robenson Bernard

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