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Pendaison d’Harry Claude Jean, une affaire oubliée deux ans après

16 février 2017, 10:35 catégorie: Société5 510 vue(s) A+ / A-

Alors que la pendaison en République dominicaine du ressortissant haïtien, Harry Claude Jean, a provoqué une vague d’indignation dans les communautés haïtiennes, ce crime reste impuni et semble être jeté aux oubliettes deux ans après. En effet, les messages de solidarité sur les réseaux sociaux et les cris d’indignation des uns et des autres n’ont pas suffi à porter la justice dominicaine à aller jusqu’au bout de l’enquête. Plusieurs organisations de défense des droits des migrants dénoncent l’abandon de l’affaire et plaident pour un nouveau départ dans les relations entre les deux peuples.

C’est le 11 février 2015 que le cireur de bottes, Harry Claude Jean a été retrouvé pendu dans le parc Ercilia Pepin dans la ville de Santiago de los Caballeros. Comme pour associer ce crime à l’haitianophobie, le drapeau haïtien a été brûlé peu après par un groupe de cinq dominicains. À part l’arrestation de ces derniers, le dossier reste en suspens devant les instances judiciaires. Le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR) s’indigne du piétinement de l’affaire. « Deux ans après l’assassinat d’Harry Claude Jean, Erzilia Célumème, femme du défunt, attend encore justice et réparation », lit-on dans un communiqué. Selon le GARR, l’arrestation des cinq Dominicains du groupe anti-haïtien n’était qu’un acte de nature à calmer l’opinion publique. L’organisation dénonce le fait qu’aucune poursuite n’a été engagée contre un groupe de civils dominicains qui se disaient contre la présence d’immigrants haïtiens dans leur pays.

 Le GARR réitère sa ferme condamnation de la pendaison d’Harry Claude Jean et invite les autorités dominicaines à instaurer un climat favorable au respect des droits de la personne sur ce territoire. Il appelle les gouvernements haïtien et dominicain à travailler ensemble en vue de promouvoir de bonnes relations entre les deux peuples. Suite à l’installation du président Jovenel Moise, l’organisation dit espérer que des négociations fructueuses résulteront des efforts de rapprochement entre les chefs d’État.

 « Nous devons discontinuer avec cette pratique de passer rapidement une éponge sur des faits aussi graves comme le crime d’Harry Claude Jean, sans aller à la source, au risque qu’ils se répètent cycliquement, et dans l’impunité » déclare le président de la fondation Zile, Edwin Paraison. Il dit regretter que deux années après la pendaison du cireur de bottes, toute la lumière n’ait été faite à propos de cet acte commis dans une atmosphère de remontée de l’anti haitianisme en République dominicaine et de réactions anti dominicaines en Haïti suite à l’adoption par le tribunal constitutionnel dominicain de l’arrêt 168-13. Les principaux décideurs dans les deux pays semblent confondre les relations cordiales qu’ils maintiennent avec l’état général des rapports binationaux, ajoute-t-il. L’ancien ministre des Haïtiens vivant à l’étranger plaide pour la réalisation d’un sommet binational très inclusif portant sur une nouvelle gestion de nos relations basée sur la solidarité historique entre nos deux peuples et la nécessité de renforcer la coopération haitiano-dominicaine dans la transparence la plus totale.

De son côté, le directeur national du service des Jésuites pour les Migrants/ Solidarité frontalière, Antoine Lissaint, a déploré le fait que les crimes dont sont victimes les ressortissants haïtiens en territoire voisin restent toujours impunis. « Dans les premiers moments, on essaie de se montrer préoccupé, mais il s’agit toujours d’une indignation passagère », dit-il pour dénoncer le manque d’engagement des autorités haïtiennes. Père Lissaint formule le voeu que le président Jovenel Moïse fasse la différence en favorisant des relations d’égal à égal avec le gouvernement dominicain. Il demande que la question migratoire, souvent négligée, soit au centre des discussions sur la vie des deux peuples.

La pendaison d’Harry Claude Jean a provoqué de vives protestations tant dans les communautés haïtiennes qu’au sein de secteurs dominicains. Le gouvernement haïtien d’alors, dirigé par Évans Paul, a tenté de se montrer indigné en rappelant pour consultations l’ambassadeur Fritz Cinéas, mais le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Duly Brutus, s’est couvert de ridicule en annonçant que le cadavre allait être rapatrié, sans savoir que l’inhumation avait déjà eu lieu. Les mauvais traitements subis par les migrants haïtiens en République dominicaine restent une pierre d’achoppement pour les relations entre les deux pays. Cette crise a empiré depuis l’adoption en 2013 d’un arrêt du tribunal constitutionnel dominicain qui a dénationalisé essentiellement des citoyens d’ascendance haïtienne.

 Kendi Zidor

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