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Les peaux de banane

16 février 2017, 11:03 catégorie: Édito3 976 vue(s) A+ / A-

Le raisonnement par l’absurde ou par l’utopie n’est pas chose très partagée dans le milieu politique haïtien. Dans certains pays plus équipés « idéologiquement » il y a des Think Thank qui travaillent sur tous les supports dans la manipulation des possibilités. La probabilité donne souvent des résultats. Les hommes politiques ont souvent recours à ces analystes pour prévoir les conséquences des choix. Chez nous, on opère en coups par coups. Cela fait perdre du temps au moment ou il faut agir très vite, vu les multiples urgences.

 La période la plus longue de l’histoire électorale haïtienne a ceci de bon qu’elle permettrait d’apporter des corrections à une machine déglinguée par le pouvoir de l’argent, de freiner relativement les dérives des autoritarismes, les cultes charismatiques et les guérisseurs de maux autoproclamés. Les résultats de l’actuel CEP peuvent être contestés. Mais le processus est arrivé à terme sans trop de casse. Du Premier citoyen de la République au Casec, on revient progressivement à une normalité fragile, pourtant combien porteuse de différence ! Mais, les vieux combats de camps ou de clans peuvent ressurgir en ce moment précis en se glissant, au propre comme au figuré, toutes les peaux de banane !… En ce sport local, glissades brusques et poignées de mains « montées » peuvent briser des reins et mettre dans d’étranges léthargies les caractères les plus trempés.

 Le président de la République, au cours de la campagne électorale, a paru être en même temps l’homme du pragmatisme qui a réussi dans le domaine de l’exportation agro-industrielle que le semeur d’idées autour de l’eau, du soleil et de la terre. Il ne s’agissait pas d’évoquer le drame de la sécheresse de Jacques Roumain, de rappeler que Jacques Stephen Alexis a écrit un grand roman sur le principe de la lumière ou de souligner le texte d’Antony Lespes, Les semences de la colère. Notre capacité éolienne a été peut être oubliée dans cette nomenclature des énergies propres. Le candidat avait dû préciser qu’il n’est pas question d’évocations lyriques, mais plutôt de la transformation des forces que nous gaspillons dans l’allégresse et le manque de recherche scientifique ! Mais, voilà que pour appliquer cesdites idées, il se trouve dans la difficulté de trouver des hommes. Ce n’est pas par déficit de technocrates. C’est un problème de leadership politique lié aux emprises de secteurs financiers influents.

 À l’intérieur de son parti, on peut lui contester une légitimité, de même que l’opposition le nommait « Président 10 % ! » Les vieux démons de préjugés sociaux peuvent remonter à la surface entre des urbains sophistiqués et ultras libéraux et des représentants d’un paysannat rude et pas trop proche des élégances. Derrière les rideaux, il y a l’International que le président, par excès de prudence, ne veut pas mécontenter. Tout se passe, maintenant, dans les bureaux calfeutrés.

 Le raisonnement par l’absurde et l’utopie ne peuvent être écartés dans les stratégies du Chef de l’État. Cela donnerait quoi ? Un ministre du Mouvement Lavalas ? Maryse Narcisse à la Santé ? Le secteur économique n’oubliera pas les termes de « minorite zuit ». Un Premier ministre de « Pitit Dessalines » ? Les bailleurs de fonds ne sont pas prêts à déterrer le Père de la Patrie. Un ministre des Finances sorti du secteur des affaires ? Déjà des secteurs populaires veulent un rassembleur. Or, il y a tant de préconçus sur des hommes qui n’ont rien construit de solide en Haïti.

L’absurde et l’utopie peuvent réduire la quantité de peaux de bananes et amoindrir le taux des maladies brusques de reins et autres léthargies provoquées par des poignées de main vigoureusement « montées »…

 Pierre Clitandre

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