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« Passion Haïti », le carnet intime d’un exilé

09 août 2018, 9:50 catégorie: Culture7 276 vue(s) A+ / A-

Rodney Saint-Éloi, membre de l’Académie des lettres du Québec, poète, écrivain, essayiste né en Haïti. En 2001, il a dû laisser sa terre natale pour s’installer à Montréal, sa terre d’accueil. À travers « Passion Haïti », Rodney présente Haïti comme un pays terrible et beau. Une suite de récits qui témoignent des sentiments des expatriés haïtiens malgré eux.

En Haïti, Rodney était écrivain, journaliste, enseignant, éditeur. Il avait un nom et une situation. Il réussissait là où tout le monde ou presque échouait. Pourtant, il avait choisi de partir. Dans une démarche d’introspection, il tente de s’expliquer ou du moins de se convaincre d’avoir pris la meilleure des décisions. « Je suis parti pour fuir cette marée d’amertumes ». À titre d’exemple, le natif de Cavaillon évoque la faim, l’injustice, le racisme et l’exclusion qui mettent à l’affût nos compatriotes.

On comprend tout de même que l’Haïtien reste attaché à sa communauté, même s’il vit loin du pays. Il craint de perdre un jour les saveurs, les goûts, les instincts du pays, et cet art d’être Haïtien. «Avant, je ne savais pas ce que voulait dire être Haïtien. Je vivais en Haïti». C’est à Montréal que Rodney dit être happé par la cuisine, la culture et la volonté de refonder Haïti. C’est à Montréal que lui est venue son haïtianité.

À travers ce carnet, l’auteur nous présente des personnages qui lui sont familiers : sa mère Bertha, sa grand-mère Tida, son oncle Gogo. Il nous raconte des pans de son enfance dans son village natal. Il nous fait revivre les contes et les légendes d’antan, nos us et coutumes. Lui qui avait étudié en linguistique, dans un langage typiquement haïtien, fait rayonner le créole. Haïti, ses grandes villes, son vaudou y sont présentés.

Voulant dépasser l’héroïsation de la mémoire historique et rejetant le nationalisme de pacotille, Rodney se veut un acteur du changement. Comment participer à la construction du pays, telle est la question que tant d’autres se posent.

Partir ou rester, tel est le choix ou la décision qui revient à chacun. Par exemple, nos jeunes et moins jeunes s’affluent massivement vers le Chili. Selon les projections, si la tendance à la hausse se poursuit, le Chili pourrait compter plus d’un million d’Haïtiens d’ici 2030. «Passion Haïti» nous livre portraits, paysages, coups de gueule. Un livre à lire que l’on soit binational ou membre de la diaspora haïtienne…

Garens Jean-Louis

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