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Une odeur de gaz !

14 novembre 2017, 10:40 catégorie: Édito13 581 vue(s) A+ / A-

Le travail de la Commission sénatoriale d’enquête autour du dossier Petro Caribe est en discussion au grand Corps. Mais déjà dans l’opinion publique, ses révélations et recommandations ne finissent pas de susciter des commentaires divers. Pour une fois qu’une enquête aboutisse, cela ne peut que faire du bien à la République et au devoir patriotique de reddition de comptes. Et pourtant nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge.

De larges extraits du rapport qui nous sont parvenus, révèlent à n’en pas douter des situations pour le moins scabreuses dans la manière dont les choses ont été faites, surtout en ce qui concerne le respect des règles de passation de marchés publics. Certaines firmes, selon le rapport, n’étaient pas éligibles au moment de la signature de leurs contrats ; les critères d’ordre technique, juridique et financier n’ont pas été respectés dans tous les cas. Et les Commissaires de douter profondément que les intérêts de l’État aient été protégés au moment d’effectuer ces dépenses. Les fonds Petro Caribe ont offert à des gouvernements successifs la possibilité de disposer d’argent frais et non contraignant pour lancer des projets qui se voulaient ambitieux. Pour une fois que notre pays recevait de l’aide non soumise à des conditionnalités léonines, on était en droit de s’attendre de la part de nos dirigeants à plus d’éthique et de responsabilité. Dans l’impatience de « livrer la marchandise » et de déposer à leur fin de mandat un bilan positif, les gouvernements se sont empressés de faire passer des résolutions contournant les procédures établies en matière de passation de marché, jugées trop lourdes ou bureaucratiques.

Voilà donc de l’argent généreusement offert par nos partenaires vénézuéliens, reconnaissants de la contribution d’Haïti à leur existence de nation libre et indépendante, qui pouvait faire une différence en matière de coopération Sud-Sud et qui malheureusement se trouve désormais à l’origine d’un gros scandale financier.

 Le flou artistique relevé dans certains contrats, les lucratives affaires de commissions occultes et de surfacturation accablent une administration publique dont on nous promet depuis des lustres, à force de séminaires et d’ateliers, de la réformer structurellement. Or il semble que plus que cela change, plus c’est la même chose.

 Si l’enquête sénatoriale soulève de lourdes et importantes questions de moralité publique, elle interpelle l’ensemble de la Société civile sur notre rapport vicié au politique. La fonction politique est perçue comme un lieu d’enrichissement et d’ensauvagement, et cette vision pervertie est appelée à changer si l’on veut mettre sur pied un système démocratique digne de ce nom.

Il est important cependant de souligner ici la nécessité éthique pour que l’enquête ne soit en aucun cas une tentative de retourner le bâton contre des adversaires politiques, comme certains commencent à s’en plaindre. Il y va de la crédibilité de nos Institutions et de la fin souhaitée par tous les patriotes de cette impunité qui gangrène notre société depuis des lustres. Toute approche partisane de cette épine mortelle enfoncée dans nos talons, que nous appelons la corruption ou « brase » dans la langue nationale, ne pourra servir que les corrupteurs euxmêmes, en laissant l’impression que nous le sommes tous suivant nos malheurs ou fortunes politiques. Dans un contexte aussi vital pour l’avenir et l’image de notre pays, il importe que tout soit fait avec rigueur et sans esprit partisan ou groupusculaire.

Le Petro Caribe-Gate doit ainsi donc faire l’objet d’une enquête judiciaire sérieuse et impartiale loin de toute vendetta politique ou danse de scalps. Roody Edmé

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