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Nos égouts

10 janvier 2017, 10:46 catégorie: Édito11 678 vue(s) A+ / A-

Depuis quelques jours, on peut constater qu’on tente de curer nos égouts. Qui est en charge ? Mairie ou ministère des Travaux publics ? Rien n’indique à première vue s’il s’agit d’une initiative citoyenne ou un travail planifié par une institution étatique. Nous avons vu par exemple à la rue Alerte, à une centaine de mètres du cimetière de Port-au-Prince quatre ou cinq hommes, physiquement pas en pleine forme, sans trop de matériels, s’ingénier à enlever d’une bouche d’égout ce qui obstruait la canalisation. Tout était déversé dans la rue. Automobilistes et passants avaient du mal à traverser la zone à la fois pour se trouver un passage dans ces tas d’immondices et pour résister à l’odeur plus que nauséabonde. Dans les égouts, récipients et assiettes en plastique ! Qui avait pris une certaine décision d’interdire ce type de matériel ? À côté dudit Théâtre national, il faut voir le spectacle du plastique dans le Bois de Chêne ! Il y a de quoi être étonné du fait qu’aucun gouvernement ne s’est rendu compte qu’un dit Théâtre national dans un tel environnement ne fait que refléter le misérabilisme et l’esprit crasseux de bon nombre de nos dirigeants. Bref !

 Le nettoyage de nos égouts s’effectue-t-il à des intervalles réguliers ? Certainement pas. De toute manière, l’absence d’un service de voirie efficient ne fait que mettre à mal un réseau souterrain d’égouts qui n’a pas été prévu pour ce que Port-au-Prince est devenu. De toute manière, quand on voit tout en petit – notre créole, comme la novlangue de 1984, embrasse bien notre impossibilité de voir grand avec le « ti » devant tout ce qui serait théoriquement bien et beau – il est difficile de penser à l’avenir, à l’obligation de prévoir le fonctionnement futur de nos communautés.

Si le réseau d’égouts à Port-au-Prince paie le prix de notre inaptitude à planifier en tenant compte de nos besoins dans le futur, il paie aussi le prix d’un bien curieux mépris. Celui que ceux d’en haut professent pour ceux qui sont en bas. Rien à voir dans ce cas avec une question de classe sociale ou de naissance. Tout simplement une question purement géographique, mais qui témoigne de notre propension à mépriser l’autre. De vastes quartiers populaires se sont développés sur le versant nord du morne l’Hôpital. On voit déjà la stupidité d’une pensée politique qui laisse à croire que seuls Cité Soleil, Bel-Air, bas Delmas etc. seraient des quartiers populaires. Une petite promenade dans ces zones qui surplombent la capitale nous laisse constater souvent la propreté de ces environnements. C’est que leurs détritus, surtout à la faveur de la moindre pluie, sont déversés vers le bas, vers la ville. On n’a qu’à voir l’état de certaines rues de la Capitale, tapissées d’ordures après une pluie, pour comprendre de quoi on parle.

Submergé par les ordures, le pays a du mal à fonctionner. En dépit des efforts de quelques services responsables, les ordures, les détritus nous assiègent, nous assaillent, dressent des murailles devant notre horizon. Les ordures polluent tout, car elles attirent toutes sortes de mauvaises engeances. On arrive à fonctionner avec elles et même à les prendre pour de l’or. C’est comme une malédiction qui met à mal l’esprit. Les ordures, la boue, deviennent une calamité quand on n’a nul besoin de se pincer le nez pour ne pas en prendre l’odeur, car cette odeur, on s’y est habitué. Même quand on cavale dans un véhicule à vitres teintées on n’y échappe pas et on ne se cache pas. Peut-être qu’un jour la prouesse d’avoir nettoyé les écuries d’Augias sera dépassée par celle d’avoir astiqué celles de Port-au-Prince et de nos autres villes en commençant par les remises malsaines qui sont dans nos têtes.

C’est notre seul souhait.

Gary Victor

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