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Nice Simon a-t-elle raison de croire en la justice de son pays ?

04 octobre 2018, 8:09 catégorie: Tribune18 817 vue(s) A+ / A-

L’on se demande où peut bien se cacher Yves Léonard, recherché par la police pour voies de fait et tentative d’assassinat sur Nice Simon, mère de son fils et maire principale de la commune de Tabarre. Environ 48 heures après avoir tabassé sa concubine, l’homme fort de la mairie de Tabarre, bien connu du grand public, reste introuvable.

La procédure pénale, dans ce cas, est simple. Une fois le mandat d’amener décerné contre Yves Léonard, la police devrait normalement s’activer pour le retrouver et l’amener par-devant le substitut commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets, Edler Guillaume, qui l’attend pour le questionner relativement aux accusations portées contre lui par l’actrice Nice Simon.

Ces recherches devraient, dans la foulée, conduire les policiers nationaux chez des proches du bourreau, dont le président de la République, Jovenel Moïse, et le Premier ministre, Jean Henry Céant. Oui, Yves Léonard est très proche du premier citoyen du pays.

L’on ne saura peut-être jamais si la police a interrogé le chef de l’État sur la question. De son côté, le président Moïse n’en pipera mot non plus. Il n’a d’ailleurs, contrairement à ses habitudes, toujours pas « tweeté » sur ce drame qui vient de relancer le débat relatif aux violences conjugales au sein de notre société. Aucun message personnel pour condamner le comportement honteux de son ami et exiger que la justice sévisse contre lui. Aucune réaction publique face à une violence inouïe touchant une élue, une citoyenne et une mère de famille.

Un silence que la victime a brisé en racontant son histoire devant les micros et caméras des journalistes haïtiens et étrangers. C’est, peut-être, la mort qu’elle a frôlée, mardi, qui lui a donné le courage d’avouer.

Contrairement à la femme tirée à quatre épingles, au maquillage impeccable et aux cheveux soignés, qui se présente habituellement en public, c’est une Nice Simon au visage tuméfié, les cheveux défaits, qui s’est confiée à la presse. Entourée d’autres maires du pays, d’employés de la mairie de Tabarre, de défenseurs de droits humains et de féministes ayant accouru à son chevet, la maire principale de Tabarre a insisté sur les causes de sa triste histoire :”J’ai été victime dans le cadre de ma fonction de maire”. L’histoire en effet, raconte l’actrice, concerne une rencontre avec le commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets portant sur un rapport de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) à laquelle elle dit n’avoir pas voulu assister. “ Une enquête sur la corruption est sérieuse et je ne m’impliquerai dans aucune démarche consistant à la biaiser”, précise madame Simon.

Elle défie ainsi son compagnon, Yves Léonard, qui aurait choisi de lui faire payer son entêtement en tentant de l’étrangler et en la bastonnant. Ses nombreux bleus parlent pour elle. Ils témoignent aussi de l’autorité d’un homme qui se sent au-dessus de la loi. Même le commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets, sa juridiction, est à sa merci, dénonce madame Simon. C’est d’ailleurs, Me Yvon Jean Noel qui aurait dû mettre l’action publique en mouvement contre l’agresseur de Nice Simon. Mais, on ne parle pas la bouche pleine, dit-on.

En plus d’avoir violemment frappé une maire en fonction, Yves Léonard, selon sa victime, magouille pour compromettre une enquête de l’ULCC sur des gabegies administratives et la corruption au sein de la mairie de Tabarre remontant à 2015. Une raison supplémentaire qui devrait motiver l’exécutif à barrer la route à Yves Léonard, sauf si son numéro 1 choisit de démontrer sa bienveillance envers son ami commun, dans cette situation difficile.

L’on suppose qu’Yves Léonard est toujours en Haïti, puisque la justice lui a interdit de quitter le territoire. Des interdictions de départ, notre système judiciaire en émet des tonnes, et souvent contre des suspects alors qu’ils sont en voyage à l’étranger.

Sans vouloir décourager Nice Simon et ceux qui sont réellement révoltés par cet acte barbare, questionnons la force des mandats d’amener qu’émettent nos tribunaux. Le jeune pseudo rappeur “Mechanste” en sait long, puisqu’il fait l’objet d’un mandat similaire depuis environ sept mois et n’a toujours pas répondu aux questions du commissaire du gouvernement de la ville de Miragoâne pour des accusations d’excitation de la jeunesse à la débauche et d’atteinte à la pudeur et aux moeurs. Son geste avait choqué l’opinion, écoeure des pères et mères de familles. Pourtant, sept mois après, aucune sanction n’a été prise contre lui.

C’est à ce système à genoux, caractérisé par l’impunité et la corruption, que Nice Simon a choisi de s’en remettre, mercredi, aux yeux du monde entier. Un système regorgeant de juges corrompus, reconnait le président Jovenel Moïse qui, au lieu de les sanctionner, a simplement choisi de leur accorder des promotions.

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