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Nedgine Paul : la jeune femme qui veut révolutionner l’école haïtienne

18 avril 2016, 10:11 catégorie: Economie1 017 vue(s) A+ / A-

Entrepreneuriat

NEDGINE
PAUL

 

Depuis son adolescence, Nedgine Paul a une frustration énorme qui trouble son sommeil : la façon dont l’éducation est pratiquée en Haïti. Pour y apporter des changements, elle a décidé de s’impliquer et a créé Anseye pou Ayiti (APA), organisation à but non lucratif dont la mission est d’allier l’éducation au leadership pour une éducation de qualité en Haïti. Son ambition : contribuer à l’émergence d’une autre Haïti avec des hommes et des femmes formés autrement.

 

Entre 12 et 15 ans, Nedgine visitait souvent des écoles en compagnie de son papa, lui-même prêtre épiscopal. Elle a constaté que pour beaucoup d’enfants, leur éducation s’arrêtait à la 6e année fondamentale. Il y avait, à ses yeux, trop d’enfants qui n’avaient pas la chance de finir leurs études. Nedgine voulait apporter des changements à ces problèmes, mais était consciente qu’elle devait, a priori, se préparer. Ainsi, après quatre ans passés à étudier l’histoire de l’éducation, puis une thèse sur l’éducation, Nedgine était suffisamment préparée académiquement pour partir à la poursuite de son rêve.

 

Du leadership pour éduquer autrement

 

Nedgine s’est dit : la qualité de l’enseignement fournie est l’élément fondamental pour une éducation de qualité. « Même si on avait de beaux bâtiments et des infrastructures impressionnantes, si l’enseignement laisse à désirer, on perdra en qualité en matière d’éducation », estime la jeune entrepreneure sociale. En outre, c’est avec désolation qu’elle voit qu’on essaie parfois d’imposer dans le système éducatif haïtien des modèles importés. Pour elle, cela ne pourra jamais donner les résultats escomptés. La descendante de Hinche n’a pas voulu passer tout son temps à déplorer. Elle croyait nécessaire de venir avec sa contribution aussi. C’est ainsi que depuis quatre ans, Anseye pou Ayiti (APA) développe un modèle qui se propose d’aider à pratiquer l’éducation autrement.

Le modèle d’APA a comme socle une combinaison éducation et leadership. APA veut investir dans une nouvelle génération de leaders pour rendre soutenable l’accès à une éducation de qualité en Haïti. Nedgine et ses collègues ont remarqué que les enseignants haïtiens, souvent, se battent pour une éducation de qualité, mais n’ont pas d’alliés. De ce fait, APA s’est proposé d’aller recruter des étudiants en droit, en sociologie, en administration, en économie, etc., qui veulent se convertir en professeurs. Après un cycle de formation, ces universitaires sont préparés pour devenir des enseignants-leaders. Cette appellation, précise Nedgine, permet de mettre l’accent sur le côté leadership du travail de ces enseignants. 

Le modèle alternatif d’APA a comme piliers trois C : culture, coutume et communauté. En plus, il valorise la langue créole. Ces choix s’expliquent par la volonté d’APA a promouvoir une éducation qui tient compte le plus possible du contexte haïtien.

 

Un modèle à 4 volets

Le modèle d’APA comprend 4 volets. Dans un premier temps, APA procède au recrutement des futurs enseignants-leaders. En effet, chaque année, il y a une nouvelle cohorte. Pour sélectionner les candidats, APA va dans les universités et aussi fait la liaison avec des organisations de jeunes de la société civile. Le processus de sélection est compétitif, de sorte que ce sont les meilleurs candidats qui sont retenus. Chaque enseignant-leader est placé dans une des écoles partenaires, qui sont des institutions localisées dans le milieu rural, dans des zones défavorisées et n’ayant pas la possibilité de recruter des professeurs qualifiés.

Le deuxième volet du modèle d’APA consiste à assigner ces étudiants leaders à un programme de formation de deux ans, en leadership et pédagogie.

Pour le troisième volet, il s’agit de mettre les enseignants-leaders dans un système de formation continue, pour les aider à travailler en tout temps sur leur compétence et leur mentalité, pour développer leur pensée critique, pour apprendre à gérer des projets. Durant l’été, les enseignants-leaders reçoivent  quatre semaines de formation intensive, ce que Nedgine présente comme le programme d’immersion d’été de l’institution. En outre, toutes les deux semaines, il y a un coach pédagogique du staff d’APA qui entre en salle de classe pour suivre le progrès des enseignants-leaders et des élèves. 

Le quatrième volet du modèle d’APA renvoie à la constitution d’un réseau de leaders. Ainsi, APA vise à voir s’émerger dans les 5 à 10 prochaines années, tout un réseau de médecin, de sociologue, d’économiste, d’avocat… pour l’éducation.

 

APA est présente dans quatre communes du pays : Gonaïves, Gros-Morne, Mirebalais et Boucan-Carré. L’objectif de Nedgine et de son équipe est d’étendre le programme à d’autres communes. Soixante-cinq enseignants-leaders participent actuellement au programme, lancé en janvier 2015. Sept cents élèves bénéficient déjà du programme. L’objectif de Nedgine est de parvenir, dans un avenir proche, à intégrer 16 000 enfants dans le programme. Dans les écoles où le modèle APA a été appliqué, le taux de réussite des élèves est de 100 %, s’enorgueillit Nedgine. Ce qui lui permet d’envisager l’avenir du programme APA avec sérénité.

 

Rock André

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