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Le National, un an déjà en Floride

18 décembre 2016, 11:08 catégorie: Diaspora73 045 vue(s) A+ / A-

Quelques jeunes artistes lors du concert. /Photo: fcb Mulet Meteyer

 

Le mois de décembre ramène le premier anniversaire du lancement du journal en Floride. Depuis, tous les jours, du lundi au vendredi, 6 000 exemplaires sont arrachés comme des petits pains du centre-ville de Miami à West Palm Beach. À un moment où l’on croyait qu’il n’y avait pas de marché pour deux journaux en Haïti, étendre les opérations d’un quotidien à la diaspora constituait un acte de foi ; foi dans un pays qui, malgré l’exode constant de ses fils et filles vers des cieux plus cléments, ne veut pas renier la promesse, faite par une noble naissance, d’un destin grandiose ; foi dans la possibilité de transformer, comme le font d’autres pays au moins depuis les années soixante-dix, cette fuite de cerveaux en un gain de compétence ; foi, enfin, dans cette vibrante communauté diasporique qui veut participer à la création des conditions propices à son retour au chevet d’une Haïti exsangue, mais rebelle dans l’âme, n’attendant que l’avènement d’une citoyenneté mature pour revendiquer son rang parmi les nations.

Au fil du temps, la communauté haïtienne de Floride a beaucoup changé. Honneur doit être rendu aux pionniers qui se sont sacrifiés pour créer cet espace pour ceux qui sont arrivés après. Ces devanciers avaient des préoccupations différentes des nôtres, dont l’adaptation au milieu d’une langue étrangère, l’acquisition de la nationalité américaine par une masse critique de compatriotes en vue de se faire des muscles politiques, l’agglomération stratégique afin de rafler des postes électifs, l’insertion dans la communauté d’accueil, etc. Aujourd’hui, la diaspora a fait du chemin. Des villes entières ont des Haïtiens à leur tête ; nos professeurs de mathématiques sont ubiquitaires dans les universités ; nos infirmières se comptent par milliers ; nos chauffeurs de taxi sont, peut-être sans le savoir, l’une des forces les plus puissantes sur le terrain. Mais nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.

Pour qu’Haïti sorte du bourbier qui est le sien, la diaspora devra faire mieux qu’envoyer des subsides à ses parents et à ses amis. Elle devra contribuer, avec les citoyens de l’intérieur, à une révolution culturelle qui passera par un changement global de paradigme, un rapport différent de ce qu’on a toujours eu avec l’État, une société civile plus engagée, une citoyenneté plus active et exigeante envers les politiques. La diaspora devra aussi contribuer à l’adoption de valeurs comme la reddition des comptes, l’égalité des chances au départ, la vision sur le long terme dans l’administration des affaires de l’État, le sens du compromis, ainsi qu’une prise en charge de la lutte contre la corruption par des citoyens informés et responsables.

 Le National, en mettant ses colonnes à la disposition de la diaspora, veut être au coeur de ce vaste mouvement inclusif de développement d’Haïti par ses fils et ses filles, où qu’ils soient, quelle que soit la nationalité qu’ils ont dû adopter pour être mieux en mesure de bénéficier de ce que leurs pays d’accueil respectifs ont à offrir. De son côté, la diaspora a accueilli le journal à bras ouverts. À Little Haiti, par exemple, les discussions sur les faits de l’actualité se résolvent généralement le lendemain, à la livraison du journal. Le bureau local, sis à Miramar, reçoit des appels quotidiens visant à vérifier des faits d’actualité entendus à la radio. Le support papier bénéficie de la confiance du lectorat que nous n’entendons pas dilapider.

Le marché a eu une relation similaire. Trois mois après le lancement du journal en Floride, l’Association des avocats haïtiens en a fait le partenaire officiel de son prestigieux gala annuel. Environ six mois plus tard, les campagnes de Hillary Clinton pour la présidence américaine et de Carlos Gimenez pour la mairie du Comté de Miami-Dade, ont toutes deux eu recours aux services du National pour atteindre la communauté haïtienne. Aujourd’hui, des entreprises port-au-princiennes visant les marchés floridien, et/ou montréalais où le journal est établi depuis Juillet dernier, utilisent les services du National pour promouvoir leurs produits et services. Nous caressons l’espoir que la présence du National aux États-Unis et à Montréal poussera d’autres hommes d’affaires d’Haïti à partir à la conquête de ces communautés qui sont en train d’être mises à contribution par des entrepreneurs n’ayant rien à voir avec Haïti.

 À l’orée de ce nouveau printemps, nous entendons remercier tous les partenaires qui ont cru au projet, et qui, dès les premiers jours, l’ont supporté. Nous leur promettons de toujours déployer tous nos efforts pour continuer à rapprocher Haïti de sa diaspora par le pouvoir des idées. Et s’il est une chose qui a été constamment sous-estimée en Haïti, c’est la capacité d’une idée bien conçue, largement partagée et adoptée à transformer irréversiblement le réel. Tant que nous n’aurons pas accepté cette réalité, nos mouvements sociaux les plus ambitieux demeureront des insurrections, en dépit de leur potentiel révolutionnaire.

Frandley Denis Julien

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