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La Mutuelle de solidarité (MUSO), pour promouvoir le développement rural haïtien

12 mars 2018, 8:07 catégorie: Economie7 820 vue(s) A+ / A-

Pour permettre aux communautés rurales d’accéder à des services financiers adaptés à leurs besoins, le Collectif du financement populaire (KOFIP) a implanté en Haïti la Mutuelle de solidarité (MUSO). Un outil de financement populaire et un groupe d’entraide ayant pris naissance au Sénégal en 1995 à l’initiative de l’organisation paysanne sénégalaise Union des groupements paysans de Méckhé (UGPM). Ce système de caisse constitue un outil de développement important capable d’améliorer les conditions de vie du paysan haïtien.

La Mutuelle de Solidarité (MUSO) représente un groupe de 15 à 50 personnes confrontant les mêmes situations socioéconomiques qui décident de s’unir afin de les affronter. Autogérée par ses membres, elle permet une accumulation de l’épargne, des octrois de crédits adaptés aux besoins, l’accès à une caisse de prévoyance et à des financements externes. Les Mutuelles de Solidarité sont organisées autour de trois caisses : une caisse pour la collecte de l’épargne et l’octroi de petits crédits appelée caisse verte par les membres, une caisse de secours dite caisse rouge également financée par les membres de la MUSO et une caisse de crédit de refinancement appelée caisse bleue. Cette dernière est alimentée par des fonds prêtés par le Collectif du financement populaire (KOFIP).

Pour garantir la sécurité des fonds (ouverture des caisses en assemblée, tenue des comptes, séparation des rôles, des caisses et des clés), les membres des MUSO sont tenus de respecter des règles strictes. Les autres décisions sont prises en assemblée générale : fréquence et montant des cotisations, attributions de crédits, participation aux frais, utilisation de la caisse rouge, etc. Les avantages de la MUSO ont facilité sa diffusion à travers le monde : aujourd’hui, plus de 5 000 MUSO regroupant environ 100 000 membres sont répertoriées dans huit pays (Sénégal, Burkina, Mali, Rwanda, Burundi, RDC, Madagascar, Haïti). En Haïti, 1500 MUSO sont éparpillées à travers les dix départements du pays. 75% d’entre elles sont concentrées dans les départements du Nord-Ouest 28%, du Nord 18%, de l’Artibonite 15% et de la Grand’Anse 14%. Ces 1500 MUSO regroupent 37 489 membres soit 26 membres par Mutuelle de Solidarité.

Dans le réseau du KOFIP, les femmes sont majoritaires. Sur l’ensemble des membres, elles représentent 60%. Certaines mutuelles sont composées uniquement de femmes tandis que d’autres contiennent des femmes et des hommes. Les mutuelles du département du Nord-Est regroupent plus de femmes que les autres départements du pays. Sur chaque centaine de personnes intégrant les Mutuelles de Solidarité, 78 sont des femmes.

En 2008, le KOFIP avait mis en place en partenariat avec la Secrétairerie d’État à l’alphabétisation, un programme d’alphabétisation et de formation. Grâce à ce programme et une trentaine d’animateurs, le KOFIP forme des gens en milieu rural et urbain pour se regrouper en Mutuelles de Solidarité. Ces gens apprennent le mode de fonctionnement d’une MUSO, les principes de sa gestion financière et comptable, ainsi que son système de gouvernance. Une fois formés, les membres des MUSO bénéficient d’un suivi pour s’assurer qu’ils se sont bien approprié l’outil et maîtrisent parfaitement sa gestion.

Le KOFIP offre également des cours de gestion de micro et de petites entreprises. Subdivisée en 8 modules, cette formation a pour objectif d’apprendre aux membres des MUSO à mieux gérer leur commerce, leur petite entreprise et/ou leur exploitation agricole. En améliorant la gestion des activités génératrices de revenus, cette formation augmente l’impact de l’épargne et du crédit sur les conditions de vie des membres des MUSO. Selon le coordonnateur du Collectif du financement populaire (KOFIP), Jean Luckner Romulus, les MUSO permettent aux plus pauvres, aux exclues du système bancaire classique d’avoir accès au crédit et rendent les femmes en milieu rural plus autonomes. « La MUSO me permet d’acquitter à temps les frais de scolarité de mes enfants, d’agrandir mon commerce et enseigne à ses membres comment être solidaires les uns vis-à-vis des autres », témoigne Aline Saint-Fleur, membre de MUSO de la 12e section communale de Petit-Goâve.

Sur le plan social, la MUSO est un outil dont les principes de fonctionnement et l’activité régulière permettent apprentissage et organisation. La gestion décentralisée permet d’utiliser l’outil en réponse à des problèmes identifiés localement. Ainsi, en Haïti, les MUSO se sont-elles concertées et mobilisées pour pouvoir disposer localement de médecins pour faire face au choléra. En effet, pendant plus de vingt (20) ans, la MUSO a prouvé son utilité à la fois financière et sociale, particulièrement dans les zones rurales.

Aljany N. Zephirin

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