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Musique, poésies et danse pour déconstruire les murs de l’indifférence

16 mars 2017, 10:40 catégorie: Culture5 699 vue(s) A+ / A-

Les comédiens Léonard Jean — Baptiste, Madeline Pierre et Sabruna Georges,

lors de la représentation du spectacle « Détruisons les murs ».

/ Photo : Fokal

 

La 8e édition du festival Marathon de lecture poursuit sa course dans le paysage littéraire et artistique haïtien. Dans le cadre de cette activité, une lecture spectacle de l’oeuvre du poète James Noël, l’invité d’honneur a été présenté sur la scène Unesco de la Fondation connaissance et liberté (Fokal) dans la soirée du mercredi 15 mars 2017. Sur une mise en place de France Medeley Guilloux, « Détruisons les murs » a abordé la question migratoire et l’indifférence de l’homme face aux grands problèmes qui l’entourent.

Dès le début du spectacle, les spectateurs ont écouté quelques extraits des poèmes de James Noël sur un CD. Une danseuse qui fera partie des trois diseurs a libéré des pas de danse. Dans une chorégraphie très bien exécutée, elle a laissé exprimer le chant palpitant de son corps avant de prendre place aux côtés de deux autres déclamateurs pour dire le texte qu’ils avaient à portée de main. Dans des monologues subtils et délicats déclamés à haute voix pour dire le silence et la volonté de déconstruire les murs, pour créer de préférence des passerelles, Léonard Jean-Baptiste, Madeline Pierre et Sabruna Georges ont donné vie au long texte du poète James Noël « Détruisons les murs ».

Tout est là dans ce texte écrit en partie en français. La construction des murs et ses différentes formes et fonctions, la douleur du temps qui passe, le rappel lancinant des souvenirs, la question migratoire, la lâcheté et la suffisance des hommes devant les problèmes sociopolitiques qui les environnent. Bref, tout un ensemble de murs que chacun essaie de construire, de se déconstruire pour se séparer de l’autre. « Avec les murs, il n’y a pas de porte de sortie. Toute issue pose un problème », a reconnu l’un des diseurs. Le mur choisi comme métaphore dans cette mise en espace, ces murs qui habitent les villes et qui séparent les maisons, les pays, sont souvent témoins de la tristesse de partir et la promesse d’un retour. « Dans le royaume, point besoin d’être le plus petit que soi, d’où la vision courte des choses ».

À travers des mots particulièrement symboliques, les murs évoquent les difficultés de cohabitation entre les différentes communautés. Ils parlent aussi de la façon dont les hommes doivent s’investir pour bâtir un monde sur l’intégration, l’inclusion et le vivre ensemble. Le texte a pointé du doigt tous les problèmes qui n’arrivent pas à franchir le mur de l’indifférence, de la peur et de la division. « La civilisation des murs arrive à sa fin. Pour que les murs deviennent visibles, ils doivent tomber ». « Dans le domaine de l’amour, les murs font chambre à part. Et, face à l’orgasme, les murs sont très sceptiques ». Sur un écran géant, certains poèmes de James Noël figurés dans son recueil : « Seul le baiser pour muselière » a été diffusé. Le public a pu aussi visualiser certaines constructions anarchiques dans certaines artères de Port-au-Prince, lieu de tous les désordres, de tous les bric-à-brac et de toutes les folies. L’auditoire était aussi invité à se déplacer pour se rendre dans les allées étroites de la Fokal et assister au dénouement du spectacle réalisé en l’absence de l’invité d’honneur empêché. Il s’agit, à travers ce déplacement, de permettre au public de se rendre compte des problèmes auxquels il est confronté.

 Dans un court entretien accordé au journal Le National, France Medeley Guilloux a fait savoir que : « Détruisons les murs » permet de cheminer dans l’imaginaire de James Noël qui est très sensible à tout ce qui se passe en Haïti et à l’étranger. La manière de construire en Haïti, l’idée du président américain Donald Trump de construire un mur dans les frontières qui sépare les États-Unis du Mexique n’ont pas laissé le poète indifférent. Nous espérons que les artistes s’expriment et parlent pour dire non à l’indifférence, à la soumission et à tous les murs qui les divisent ».

 Schultz Laurent Junior

 

 

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