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Musée du Transport en Haïti : entre souvenirs, symboles et socialisation

13 septembre 2018, 10:15 catégorie: Société8 018 vue(s) A+ / A-

Du négrier en passant par les charriots, les carrosses, les trains, les « Kabwèt », les brouettes, « bwa fouye », les « CONATRA », les Tap-tap, les « Obama », les « Papadap », les « Yoles », les « camions boites », et tant d’autres termes techniques, spécifiques, sociologiques et symboliques qui enrichissent le vocabulaire et l’évolution du transport en Haïti, il n’existe malheureusement aucun endroit dans le pays pour conserver, traiter, classer et diffuser ces connaissances et ces savoirs pour les besoins de l’histoire, de la science et des générations futures.

Découvrez dans le prochain «Musée du transport en Haïti » les principales marques d’automobiles qui desservent chaque circuit. Il était une fois les voitures Peugeot qui desservaient le trajet Canapé Vert/Centre-ville. Les minibus Dahiatsu, Nissan et Toyota ont monopolisé pendant plus d’une décennie les axes Delmas, Christ- Roi et Pétion-Ville. Les camions Ford, International, Mark et Foward se partageaient les routes nationales numéro 1, 2 et 3 entre autres. Isuzu, Hino, Mitsubishi, Renault dans le transport des matériaux, sans oublier Nissan, Mazda et tout le reste.

Découvrir les multiples facettes du transport en Haïti

Devoir de mémoire entre les équipements et surtout des martyrs du transport en commun, il serait important d’ériger un mémorial à la mémoire de toutes les victimes des accidents de la circulation (terrestre, aérien et maritime).

Des centaines et des milliers de familles des anonymes tuées sur les autoroutes pleurent sur les routes nationales, comme des proches de célébrités telles que : Roger Colas, Farah Menard, les musiciens de Barikad Crew et plusieurs autres.

Dans nos démêlés avec « Agwe » également, on retiendra les dizaines, centaines et milliers de morts lors des naufrages des navires comme le ferry dénommé « Neptune» avec plus de 1000 morts et 196 survivants le 17 février 1993 selon (AFP) ; suivi du bateau « Fierté Gonâvienne» le 8 septembre 1997. Le naufrage de «Temple de Dieu », le 31 juillet 2003, avec près de 10 morts, s’ajoutera dans la liste des victimes à honorer tôt ou tard dans le transport maritime en Haïti.

Devoir de mémoire envers les centaines de victimes des accidents terrestres, maritimes et aériens !

Dans le transport aérien en Haïti, on compte également des victimes et des morts comme les onze militaires (uruguayens et jordaniens) des contingents de la Minustha tués dans l’accident aérien le 9 octobre 2009. Au cours de l’exposition sur les accidents dans le transport en Haïti, on pourrait se rappeler deux accidents suivis de la compagnie Caribintair le 31 août et le 11 septembre 2007, causant particulièrement des blessés dans les deux cas.

Des souvenirs personnels moins traumatisants qui reviennent, en élaborant les argumentaires de ce musée, autour de l’entreprise familiale, mon premier emploi durant les vacances scolaires de 1993 à 1996. En souvenir de l’autobus de la marque ISUZU, modèle initial TDJ, qui disposait d’un moteur TDH et d’une transmission trafiqués. L’autobus « Jésus de Nazareth », jusqu’à l’accident du 30 septembre 1996 (sans perte en vie humaine) dans la principale station d’essence de la commune de Cabaret, aura marqué son temps et les parcours entre Port-de-Paix/Port-au-Prince, Cap-Haïtien/Port-au-Prince, Saint- Domingue/Haïti et Port-au-Prince/ Port-à-Piment, des années 1982 jusqu’à 1997.

Dictionnaire des noms simples, composés, propres et figurés dans le transport en Haïti, on voudrait tellement consulter la liste (de A à Z) des noms dans chaque circuit dans le transport en Haïti. Des corps de métiers de toutes sortes, de chauffeurs et des travailleurs, des chauffeurs à droite et à gauche, des « bèf chenn », etc. Une exposition de photographies autour des carrosseries et des portraits des autobus de Carrefour-Feuilles serait la bienvenue dans ce musée du transport.

Dimensions sociales, symboliques et esthétiques dans le transport pour chaque région !

De Carrefour à Delmas, de l’Artibonite à Arniquet, de Lascahobas à Bainet, de Trou du Nord à Jérémie, etc. des noms, des traductions, des adaptations et des orthographes, des citations et des versets bibliques, comme des métaphores qui nous pressurent, nous bousculent et nous transportent entre les gares ou les stations entre le départ et l’arrivée, entre la réalité et l’imaginaire. Combien de mémoires d’étudiants en sociologie et de travaux scientifiques qui mériteraient d’être présentés lors de ces expositions thématiques sur le transport en Haïti ?

Déplacement terrestre, maritime et aérien sont au coeur de l’évolution et du développement des sociétés depuis toujours, dans l’histoire de l’humanité. Haïti n’échappe certainement pas à cette loi, qui consiste à réduire considérablement le temps et l’espace, à partir des forces attractives des leviers, de la mécanique et des technologiques qui permettent de rendre plus rapide et pratique la circulation dans tous les sens du terme.

Documenter le transport en commun en Haïti parait comme une action intelligente et responsable, politique et scientifique pour protéger les archives (images et messages, histoires et témoignages, créations et animation, impact et influence) et la mémoire collective dans un secteur si important dans la vie nationale, en particulier l’économie et l’évolution sociale. On pourrait même considérer que le transport représente le poumon de la stabilité du pays, comme un important indicateur dans la circulation des produits, l’approvisionnement des services et la création de richesses !

Défendre la place d’un musée du transport en Haïti est loin d’être une démarche insolite. Cette institution muséologique et de documentation pourrait aider considérablement dans beaucoup de sens, autour de l’analyse du rôle et de l’influence du transport dans l’éducation de la population et la socialisation des jeunes de nos jours, en constatant les messages et les comportements, la déviance et la délinquance des chauffeurs dans les choix musicaux et leurs pratiques souvent malsaines, les délires et la débauche des écoliers dans le trajet carrefour aéroport et Nazon dans la capitale haïtienne, sous l’indifférence des policiers et des mairies, des parents et des professeurs.

Déviance et débauche dans les transports publics en Haïti !

Dommage que les principaux membres et leaders des syndicats de transport en Haïti, ou des chefs d’entreprises les plus influentes dans le secteur du transport dans le pays, ne sont pas sensibilisés, assez conscients pour anticiper les conséquences négatives sur le plan social, familial, civique, éducatif et moral.

Diasporatisation des investissements en grande partie, dans le secteur du transport en commun, pour la qualité des services en termes de confort et de sécurité sur la route, des efforts ont été faits au cours des dernières années dans les trajets entre Port-au-Prince avec les Cayes, Gonaïves, Cap-Haitien, Port-de-Paix, Jérémie, entre autres.

Dénomination des autobus et des tap-tap suivant des valeurs, des expériences, des critiques, des citations, des révélations, des expressions morales, des engagements, des dettes, des redevances, des révélations, et des accidents. Toutes les dimensions du développement durable sont prises en compte dans ces choix : économique, social, écologique et culturel.

Dictionnaire des noms dans le transport en commun en Haïti !

Derrière chaque nom d’autobus ou de tap-tap, de camions ou de brouettes qui transportent des marchandises, des passagers ou bien les deux, dans des conditions pas toujours valorisantes, ce sont des histoires les plus inédites et des révélations les plus motivantes, captivantes et mystérieuses qui prennent forme dans les témoignages des propriétaires, des chauffeurs, des contrôleurs, des travailleurs, des mécaniciens, des autres équipes concurrentes et des passagers dans leurs statuts multiples.

Défilé d’autobus lors du carnaval et d’autres manifestations culturelles. Rappelons que la première édition de la foire Expo tap-tap moderne et d’autres produits artisanaux haïtiens s’est tenue les 18, 19 et 20 février 2011 au Parc historique de la Canne à Sucre, sous leadership de l’Association Professionnelle des Artisans Tap-Tap Autobus Haïtiens (APATAH) et Lonkeamn’s Auto Design. On ne va pas surtout oublier les autres foires, les publications et les revues d’automobile.

Donnons une chance aux archives et à la mémoire des équipements et des métiers, des personnalités et des institutions, des messages et des symboles, des histoires et des déboires, des statistiques et des accidents, qui ont contribué à façonner l’histoire et l’évolution du transport en Haïti. Un musée pourquoi faire ? Pour les décideurs et les élites qui ont pour devoir de conserver et de transmettre le patrimoine aux générations futures. Pour les enfants et les jeunes qui vont découvrir en s’amusant. Ces enfants vont aussi apprendre à partir des dates et des faits, pour mieux comprendre certains facteurs importants de l’économie et de la sociologie autour du transport. Enfin, ils pourront mieux entreprendre dans les choix des métiers autour du transport terrestre, maritime ou aérien.

Dans la musique, la littérature, le cinéma, les arts plastiques, l’artisanat, entre autres, de nombreux créateurs haïtiens et des étrangers se sont, pendant longtemps, inspirés des multiples dimensions du transport en Haïti dans leurs oeuvres. Des autobus fabriqués par Jean Paul Coutard, en passant par le concours organisé par le chanteur Michel Martelly, jusqu’à l’ouvrage de Claude Bernard Sérant sur la galère des passagers dans les autobus en Haïti, tout y est pour mettre à nu le transport, au pays des va-nu-pieds.

Dominique Domerçant

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