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Mettre fin au temps des fauves

08 octobre 2017, 9:35 catégorie: Édito11 231 vue(s) A+ / A-

Le rêve caressé par le fondateur du National et de toute son équipe est celui d’une société prospère, où l’argent circule, d’une société solidaire sans ségrégation où le crédit est accessible à tous et où l’éducation et la santé, devenues prioritaires, nous permettent de disposer de citoyens capables de relever nos vrais défis. Ce rêve ne peut voir le jour que si nous acceptons un vrai dialogue national.

Si les ressources du pays sont dans un état misérable, parce que dilapidées par la corruption et la mauvaise gestion, nous savons aussi que l’Esprit, animé de volonté et de justes visions, peut faire des miracles. Encore faut-il que les citoyens de bonne volonté puissent s’asseoir ensemble, mettent leurs forces en commun pour faire échec aux fauves vomis par la précarité et un système éducatif déficient.

Car il ne faut pas commettre l’erreur de penser que l’État actuel agonise. Il a toujours dans son vivier une nuée de jeunes carnassiers. Ces derniers, parfois en complet veston, sans l’avouer à haute voix, sinon entre eux, considèrent parlementaires et hauts fonctionnaires, disposant des largesses de l’État grâce à leur totale disponibilité pour se vendre aux plus offrants, comme des modèles de réussite. En général ignorants, sans culture, donc sans repère, le pays est pour eux une fiction. Leur horizon est cette frontière à traverser au plus vite et par tous les moyens afin d’échapper à la précarité pour venir s’asseoir, non pas à la table des maîtres – ils savent qu’ils n’y seront jamais vraiment admis-, mais à une autre, celle des domestiques, des commandeurs bien payés qui pourront hors de la maison du maître avoir droit de vie et de cuissage sur l’ensemble de la population.

Aucune campagne sérieuse d’éducation civique dans notre pays ne peut se concevoir sans prendre en compte les ravages exercés sur les cerveaux par la précarité, l’éducation au rabais et le gouffre mental du religieux et du mysticisme crasseux. Pourtant, chez nous, dans toutes les analyses politiques, on n’examine jamais le poids d’une mentalité désastreuse qui fait des services publics, de l’État, un lieu où on vient ripailler. Ce n’est qu’une petite éruption cutanée que ces gens au volant de ces jeeps à immatriculation officielle ou service de l’État qui agressent les citoyens avec leurs avertisseurs illégaux, violant allégrement les règles du savoir-vivre et celles du Code de la route. Ce n’est qu’une petite éruption cutanée que cette fronde par exemple contre le nouveau conseil d’une université publique en province qui a voulu mettre un peu d’ordre dans le concours d’admission parce qu’avant on se mettait plein les poches en faisant payer pour que son nom soit sur la liste de ceux ayant réussi à cedit concours. Le moteur de la stratégie de la corruption est la rareté. La règle du trou de l’aiguille qui force le citoyen à payer pour le service.

Il n’y a pas d’autre solution que d’arrêter la machine infernale de la corruption. C’est une laideur dont semblent pourtant s’accommoder nos dirigeants. Comment s’offusquer alors quand nos voisins refusent l’accès aux soins de santé gratuit à nos compatriotes en dehors des urgences ? Ils sont dans leur droit. Chez nous, la santé, l’éducation, ne sont pas des priorités. Nos malades devraient un jour se présenter aux portes du Parlement et de la Présidence. Y a-t-il au moins une infirmerie, un poste de soins d’urgence à ces… endroits ? Des ambulances ? Pour emmener où ? En République dominicaine, à Cuba ou à Miami ?

Il est temps d’arrêter cette hémorragie de l’intelligence. Rangeons les arrogances, les égos mal gérés dans les tiroirs du passé. Nous devons dialoguer en adultes. Nous devons voir les intérêts de notre communauté. Cessons d’offrir à cette jeunesse ce spectacle hideux tout en détruisant son avenir.

Mettons fin au temps des fauves !

Gary VICTOR

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