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Mères : et si nous éduquions nos fils et nos filles autrement !

26 mai 2018, 1:38 catégorie: Actualité, Dernière Heure, Société16 293 vue(s) A+ / A-

Il arrive souvent dans des échanges professionnels ou personnels que l’on confonde l’instruction et l’éducation. Afin de bien jeter les bases de ma réflexion, souffrez que j’établisse brièvement la différence entre ces deux termes : « instruction »  versus « éducation ». Si la première se révèle être une affaire d’État (dans de nombreux pays) et se donne à l’école, la deuxième est donnée par la famille, aiguisée par l’entourage et peaufinée ou détériorée par le sujet lui-même au fil du temps.

Un proverbe américain dit et je cite : “La main qui fait osciller le berceau gouverne le monde”. Chez nous on dit “sa manamn genyen se li l bay pitit li”. Sans vouloir remettre en question le fait qu’en Haïti, tout le poids de l’éducation des enfants repose sur le dos des femmes, je me permets à travers ces lignes d’attirer l’attention de mes sœurs sur l’opportunité qu’elles ont, par la manière d’éduquer leurs enfants, de contribuer grandement à la construction d’une société équitable dépourvue de pratiques sexistes et machistes. 

En devenant mère d’un garçon, d’une part, la Providence vous donne le privilège d’élever un homme qui, demain, deviendra éventuellement un mari, un bon père de famille ou un simple géniteur. Sans vouloir vous rendre responsables totalement des choix et du mode de vie que votre fils, devenu homme, aura à faire, il importe de signaler que l’éducation que vous lui avez inculquée y jouera un rôle fondamental. Selon qu’il a été élevé en bon enfant bénéficiant d’une bonne et équitable éducation sans distinction de sexe ou en “ti kòk”, il deviendra soit un mari aimant, coopératif, fidèle, qui verra en sa femme un être égal à traiter avec respect, un père protecteur et bienveillant ; soit un macho qui pensera avoir tous les droits dans ses relations, tandis que la femme n’a que des devoirs envers lui. Pour ce dernier, être homme est synonyme de domination ou asservissement de la femme. Dans cette perspective, pour se sentir  “chef”, il se donnerait pour mission principale de détruire l’estime de soi, les ambitions, les atouts et d’annihiler tous les efforts des femmes qu’il côtoie. 

Il n’est pas nécessaire de décrire davantage ces deux types d’homme, car pour les avoir côtoyés à longueur de journée, nous savons toutes que les hommes bien éduqués feront d’excellents maris, ceux dont rêvent toutes les femmes. Tandis que les machistes – égocentriques sont ceux qui font vivre l’enfer à nos sœurs, nos filles, nos amies quand ce n’est pas nous qui subissons dans nos âmes et dans nos corps les méfaits de cette mauvaise éducation.

D’autre part, en mettant au monde une fille, nous avons l’opportunité de faire don à la société soit d’une femme émancipée capable d’exploiter pleinement ses potentialités et les mettre au service du développement de sa famille, de sa communauté et de son pays, soit une femme dépourvue d’estime de soi qui se croira inférieure et qui contribuera au machisme dont elle sera elle-même victime sans même le comprendre.  À côté de ces deux catégories, on peut trouver aussi une femme révoltée qui, dans sa révolte, deviendra une extrémiste et cherchera à imposer ses frustrations à ses proches.

Voilà pourquoi, en guise de vœu de bonne fête des mères qui ne dure qu’une journée et me semble lamentablement insuffisante pour célébrer tous vos mérites, je me permets de vous interpeller  sur la question suivante : “Et si nous éduquions nos enfants autrement ? Nos fils afin qu’ils deviennent des maris idéaux dont nous rêvons toutes ? Nos filles afin qu’elles deviennent des femmes émancipées, épanouies et aimantes ?” Ce sera notre grande contribution à la construction d’une société équitable, développée et au changement des mentalités.  Car, les femmes représentent la majorité de la population haïtienne, on ne peut envisager le développement d’Haïti, quand les droits de cette majorité sont bafoués, de bonne ou mauvaise foi et quand elle est si peu présente dans les sphères décisionnelles du pays.

Mon message à l’occasion de cette fête des mères est que les mères et futures mères de mon pays puissent repenser la manière dont elles éduquent leurs fils et leurs filles. 

Éduquons équitablement nos fils et nos filles, afin qu’ils/elles deviennent des hommes forts et des femmes fortes pour une société solide et équitable où l’un n’aura pas besoin de dominer l’autre pour faire preuve de supériorité, mais où le vivre ensemble se basera sur le respect mutuel, l’entraide et l’amour !

Natacha Daciné

Spécialiste en communication

Auteure / Conférencière de motivation

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