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La marche contre la corruption

05 décembre 2017, 11:16 catégorie: Édito14 235 vue(s) A+ / A-

La marche contre la corruption a eu lieu à l’appel du Collectif du 4 décembre et d’autres associations de la société civile. Elle n’a peut-être pas drainé autant de monde que la marche verte en République dominicaine, mais il fallait quand même un premier pas. Une première tentative. Nous vivons dans une société qui tire ses racines historiques de la flibuste. Saint Dominque, terre de forbans ! Terre d’opportunités pour ceux qui peuvent s’acoquiner avec le diable, pactiser avec lui. Terre de mensonges. Terre du grand roman pour faire oublier les vrais vaincus, ceux qui n’auront jamais la possibilité de remonter la pente, de revoir la lumière du mieux vivre, du mieux-être. On vit chez nous avec la corruption. Tout le monde espère être aux commandes dans un espace où il pourra jouir des mille jeux de la corruption. Surtout que l’État ne fait que jouer de la comédie, pour faire semblant d’être un État, un État prétexte, dont le peu qu’il offre n’a de raison que la possibilité perpétuelle des loups de s’empiffrer, de s’engraisser.

On bâtit ses plans de vie sur les rails de la corruption. C’est pour cela qu’il y a si peu d’énergie à combattre chez nous la corruption. On peut se servir de la lutte de la corruption pour mettre à mal un adversaire au pouvoir. Pour le “déchouquer” comme on le dit. On a une expertise vérifiée dans les combats tous terrains pour faire mordre la poussière au gouvernement. Mais une fois cet objectif atteint on ira jamais trop loin dans la prétendue lutte contre la corruption. En fait, l’image de la branche pourrie est la seule qui peut illustrer la situation. Tout le monde rêve de venir s’asseoir sur la branche pourrie. Comment pourrait-on vouloir alors couper cette branche ? Le pire c’est qu’on n’est même pas capable d’imaginer qu’il puisse avoir d’autres branches. Il en existerait une seule. C’est ainsi qu’on entend des gens apparemment sains d’esprit déclarer le plus sérieusement du monde que notre pays ne peut que rester dans le bourbier dans lequel il est, et que toute tentative pour changer les choses serait vouée à l’échec. Le mieux à faire serait de s’adapter à la réalité au lieu de rêver à une autre voie. On est laid, mais on est là. Mais est-on vraiment laid ? Celui qui vit dans ce bourbier est-il laid ? Rien n’est moins certain. Il se voit peut-être beau dans son quotidien hors de la précarité, mais il est assiégé de partout par la misère, la crasse, le désespoir, et surtout par un environnement si dégradé qu’il peut être englouti à n’importe quel moment.

Pour faire du monde dans la lutte contre la corruption, il faut qu’il y ait encore plus de gens, toujours plus de gens qui soient convaincus que chaque détournement de fonds de la caisse publique équivaut à la mise à mort d’un citoyen. C’est un malade qui n’aura pas de soin. C’est un simple pansement qu’on ne trouvera pas à l’hôpital. C’est un professeur qui ne recevra pas un salaire pour son travail si important pour la société. Bref la corruption est un appel aux sept plaies d’Égypte pour qu’elles puissent s’abattre sur la Nation.

Le travail doit continuer en dépit de tout. Il faut persévérer pour arriver à la masse critique. Le chemin sera long. Mais à moins de vider tout le pays vers le Chili où d’autres cieux plus cléments, nous, Haïtiens, n’avons d’autres choix que de prendre conscience de la nécessité de nous débarrasser des prévaricateurs et surtout des démons qui sommeillent en nous.

Gary Victor

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