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« Un mal qui répand la terreur »

15 novembre 2017, 10:57 catégorie: Édito13 771 vue(s) A+ / A-

Qui peut, en toute indépendance, dans ce vrai jeu de dupes qu’est le dossier de PetroCaribe, s’écrier comme jadis Émile Zola : « J’accuse! » ?

Notons qu’il y eut, entre 1894 et 1906, un curieuse Affaire Dreyfus, qui divisa la France, au point d’avoir poussé au pouvoir des blocs de gauche, à la faveur de manoeuvres politiques menées de main de maitre par certains secteurs de l’opposition d’alors. Drôle de coïncidence, l’armée fut au centre des hostilités qui conduisirent en prison l’officier Alfred Dreyfus, accusé à tort dans une affaire d’espionnage (Pensez aujourd’hui au « copinage » pour dilapider les fonds de PetroCaribe). Le journaliste Émile Zola prit ardemment parti pour l’inculpé qu’il jugea innocent, en s’écriant : « J’accuse! ». Émile Zola désignait du doigt certains secteurs bien identifiés de l’appareil d’État français de l’époque.

Chez nous, l’on se souvient que dans le « Procès des timbres », au cours des années 70, le juriste Gérard Gourgues s’écria : « La vérité est au fond du puits! », tandis que l’hebdomadaire Le Petit-Samedi Soir titrait : « Nous sommes tous coupables ». L’un et l’autre savaient de quoi ils parlaient en ce temps-là.

Quatre-vingts ans environ séparent le cri de Zola de celui de Gourgues, et l’on est à cinquante-ans du « Procès des timbres ». Vu l’état déplorable de notre « justice » aujourd’hui, et en considérant les manoeuvres entourant cette affaire d’inculpation dans le dossier de PetroCaribe, l’on se demande si la vérité n’est pas une fois de plus au fond d’un puits, et si dans cette question de reddition des comptes, menée tambour battant par les sénateurs Évalière Bauplan et Willot Joseph, l’on arrivera à accuser et punir qui que ce soit? C’est la morale de la fable qui semble répondre à cette question : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ».

Rappelons qu’on a déjà crié « Aho sur le baudet! », en la personne du ministre des Affaires Sociales, dans cette curieuse affaire de kits scolaires surfacturés. Ce ne serait pas surprenant, dans le cas des milliards dilapidés de PetroCaribe, que des boucs émissaires soient déjà visés, en vue d’un simulacre de justice.

Le « mal qui répand la terreur » dans notre société, c’est bien cette gangrène qu’est la corruption. Pour l’enrayer, il faudrait non seulement un diagnostic étalé sur plusieurs années antérieures à 2008, d’où est partie l’enquête sur les fonds de PetroCaribe, mais aussi des dépisteurs fiables et des justiciers honnêtes. Il suffit d’être un bon « animal politique » pour se soustraire à toute poursuite judiciaire, en ayant pris à l’avance toutes les précautions nécessaires à sa défense : papiers en bonne et due forme pour justifier le bien-fondé des ponctions effectuées dans le trésor public.

À entendre, bien avant la séance, certaines réflexions dans les couloirs du Parlement et partout ailleurs, plusieurs scénarios étaient jugés possibles dans ce jeu de dupes. D’une part, le report de ladite séance pour « insuffisance d’analyse » du rapport ; thèse soutenue jusqu’à la dernière minute par le Sénateur Joseph Lambert. D’autre part, le constat d’absence de quorum que concocterait le bloc majoritaire, agissant comme le renard de la fable, pour ménager de gros matous. Toutefois, les débats ont été engagés comme il se doit. Cependant, avec les retouches de dernière heure apportées au document principal, auquel est venu s’ajouter le rapport Latortue, l’on se demande, perplexe, de quoi demain sera-t-il fait? Affaire à suivre.

Mérès M. Weche

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