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Libeller dans la monnaie locale, une décision étatique foulée aux pieds

08 octobre 2018, 8:26 catégorie: Economie6 152 vue(s) A+ / A-

Le professeur Jean Poincy.

 

Depuis le 1er mars 2018, le Gouvernement Moïse-Lafontant a pris un arrêté qui fait obligation aux entreprises locales de libeller en gourdes sur le marché local. Une décision violée par la majorité des entreprises du pays. Ce constat est patent. Jusqu’à présent les entreprises qui ne respectent pas cette décision ne sont pas sanctionnées. Selon l’économiste Jean Poincy, c’est la faiblesse des autorités en place qui est à la base du non de respect de cet arrêté.

Selon l’arrêté daté du 1er mars 2018, il est interdit à quiconque responsable d’entreprise de forcer un client de faire le paiement en devise étrangère ou son équivalent en gourde pour des transactions dont le règlement s’effectue sur le territoire. Des mesures qui ne sont pas prises en compte par certaines entreprises du pays. Elles continuent à afficher les prix des produits en dollar. « Les prix des biens et des services sont obligatoirement et uniquement affichés et payés en gourdes. Tous les Haïtiens sont autorisés à dénoncer et à porter plainte contre tout individu ou entreprise qui réclame le paiement en devise étrangère », a-t-on mentionné dans cet arrêté. Jusqu’à présent aucune d’entre elles n’est sanctionnée.

Dans une entrevue accordée au journal Le National, le lundi 8 octobre 2018, l’ancien vice-recteur de l’UEH a fait savoir que, cette situation prouve l’incapacité du pouvoir en place de faire respecter les lois du pays. « Le pouvoir de l’État est affaibli pour porter le secteur privé à respecter cet arrêté », croit l’économiste Poincy, poursuivant que le secteur privé en Haïti lutte seulement pour leurs intérêts au détriment du pays. Cependant, il pense que le gouvernement en place ne doit pas faire du recul concernant l’arrêté qui fait l’obligation aux entreprises du pays de faire les transactions commerciales dans la monnaie locale sur tout le territoire national.

Pour faire respecter cette décision , à travers cet arrêté l’État central avait prévu de mettre sur pied un mécanisme de contrôle des prix pratiques sur le territoire national dans l’idée de veiller à la stricte application de l’arrêté en vigueur. Pour M. Poincy, ce n’est pas la meilleure solution. Il pense que l’État central doit réviser la politique monétaire du pays. Car, dit-il, la révision de la stratégie monétaire du pays va faciliter l’investissement dans le pays. « L’État doit forcer la Banque de la République d’Haïti (BRH) à améliorer sa politique monétaire pour permettre la facilitation de l’investissent dans le pays et l’industrialisation dans des activités à haute intensité de main d’oeuvre», a déclaré le professeur Jean Poincy, tout en déplorant la façon dont le pouvoir en place entend créer des activités de main-d’oeuvre dans le pays.

La gourde ne cesse de péricliter par rapport aux monnaies étrangères

L’objectif principal de l’arrêté du 1er mars 2018 est de freiner la dépréciation de la gourde par rapport aux monnaies étrangères. Pourtant, la gourde ne cesse pas de perdre sa valeur face au dollar américain. Pour ce mois d’octobre, il vous faut au moins 70 gourdes pour un dollar. Selon l’économiste Jean Poincy, cet arrêté n’est pas en mesure de stopper la dépréciation de la gourde par rapport aux dollars. En ce sens, il pense que l’inflation constitue l’un des problèmes majeurs qui causent la chute de la devise nationale. De ce fait, “pour résoudre ce problème, il faut que l’État central investisse dans le renforcement de la production locale” , conseille-t-il.

À titre de rappel, cet arrêté sur l’obligation de libeller les transactions commerciales sur le territoire national en monnaie nationale, est constitué de dix articles interdisant à quiconque de faire le paiement en devises étrangères.

Cluford Dubois

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