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Les temps moroses

10 septembre 2017, 10:27 catégorie: Édito10 738 vue(s) A+ / A-

Irma a épargné le pays. Mais nous avons ressenti partout son souffle du Nord au Sud. La Caraïbe a été en état d’alerte pendant près d’une semaine et certaines îles prendront du temps à se remettre des blessures causées par l’ouragan. Au moment où cet éditorial est écrit, Irma côtoie la côte ouest de la Floride. La traversée des zones cubaines l’a fait régresser au niveau 3, mais l’ouragan reste toujours dangereux pour cet état américain à configuration plate, avec ses rivières et ses marais réunissant ainsi des conditions idéales pour de grandes inondations. Combien de temps va souffler Irma alors qu’elle n’aura plus la mer chaude pour se nourrir quand elle touchera le sol américain ? En attendant, déjà avec les dégâts causés, cette intempérie de force majeure restera dans les mémoires.

Irma a laissé à la capitale et dans tout le pays un climat morose, pluvieux. Le climat politique était déjà pareil. Le scandale des kits scolaires avait soufflé tel un cyclone sur la scène politique et la mise à pieds du ministre des Affaires sociales n’a fait que soulever d’autres questions. Une affaire de telle envergure, avec ces millions à brasser, ne pouvait concerner une seule autorité de l’État. Des voix se sont élevées, continuent à s’élever, pour demander une enquête approfondie permettant d’identifier tous ceux ayant participé à cette fraude. Mais jusqu’à présent, chez nous, les enquêtes n’aboutissent pas. Les raisons, on les connait. Trop de gens, trop de réseaux importants impliqués. Pire encore, tous ces citoyens rêvant d’être aux commandes de cet État où la corruption est endémique, qui ne tiennent pas à ce qu’on vienne scier la branche sur laquelle ils rêvent de venir s’asseoir. Le « sétoupamisme » est une règle de conduite.

Au Parlement, le sénat a voté le budget dans une atmosphère aussi morose. Un nombre croissant de citoyens tient en haute suspicion les parlementaires qui se sont octroyé une part appréciable du budget en terme d’augmentation. Des secteurs plus importants ont-ils eu la même considération ? L’éducation, secteur plus que vital ? La santé ? L’agriculture ? L’environnement ? On ne parlera pas de la Culture, ce secteur totalement méprisé par nos gouvernements même si on reconnait dans les discours l’apport inestimable de ces activités à la fois à l’image et à l’économie du pays.

 On fait beaucoup état chaque fois des jeunes haïtiens bénéficiant de bourses d’études à l’étranger. Il serait aussi important de se préoccuper de ce que deviennent ceux qui ont eu à bénéficier d’une formation dans les écoles étrangères. Dans l’état actuel de notre système de santé, il faudrait questionner les responsables passés et actuels sur la raison pour laquelle on n’a pas déployé les moyens nécessaires pour récupérer, caser, nos jeunes ayant étudié à Cuba, l’un des pays les plus prestigieux en matière médicale. L’Espagne, l’Amérique latine ont profité pleinement de ce vivier de jeunes compatriotes ayant étudié à Cuba. Pourquoi pas nous ?

Les citoyens retranchent tranquillement chaque mois qui passe dans le calendrier des vingt-quatre mois prévus par le chef de l’État pour que l’électricité soit disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Irma n’a pas donné de prétexte pour qu’on ajoute des mois à ce calendrier. Beaucoup attendaient aussi la catastrophe pour spéculer sur l’aide qui les a toujours enrichis.

Pour l’instant on espère un rayon de soleil. Une éclaircie dans climat morose.

Gary VICTOR

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