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Les temps figés

23 novembre 2017, 10:36 catégorie: Édito16 841 vue(s) A+ / A-

Encore une fois, tout semble annoncer que nous resterons dans une sorte de temps figé où on ressassera, pour se donner une importance qu’on n’a plus, les exploits de ceux qui ont fait Vertières. Nous, nous ne ferons rien. Car nous nous sommes bâtis des citadelles douteuses, des citadelles dont les murs cachent trop de crimes, trop d’ignominies, trop de trahisons. La seule place forte que nous voulons prendre d’assaut, c’est celle de la hantise de la pénurie, hantise qui nous donne des appétits démesurés, des appétits suicidaires pour la nation.

Dans notre temps figé, nous n’irons nulle part. Nous ne nous risquerons pas à la moindre décision qui mettrait en danger nos rêves de flibustiers. Nous voulons que les choses restent telles qu’elles sont, car nos plans de vie sont déjà bâtis et les bousculer nous plongerait dans une sainte frayeur. Le rapport sur l’utilisation des Fonds PetroCaribe n’ira certainement pas plus loin. C’est un jeu de cache-cache pour mettre au pas l’autre, pour lui demander de jeter du lest. Dans cette société, comme dit ce terrifiant adage, tout moun gen zanno kay òfèv. Alors on va faire passer le temps comme on en a l’habitude chez nous. Rapport ou chantage ? On connait le terrain.

Il y a eu des morts à Grand-Ravine, lors d’une opération policière. Des civils. Des policiers. Sur le NET tout le monde monte à l’abordage surtout pour incriminer les policiers. L’arrestation dans des conditions nébuleuses d’un directeur d’école n’a pas arrangé les choses. Les organismes des droits humains sonnent la grande caisse. La direction générale de la police qui veut se dédouaner opère des mutations dans l’appareil.

Mais ?

Quelle enquête sérieuse a été diligentée sur cette affaire ? Qui a planifié l’opération policière ? Les bandits ont-ils été avertis ? Comment s’est effectivement déroulée l’opération sur le terrain ? A-t-on entendu la version des policiers qui ont risqué leur vie en intervenant dans une zone plus que piégée ? A-t-on effectué des autopsies pour savoir qui a tué qui ? Les civils tués ont-ils été atteints par les projectiles des armes utilisées par la PNH ou par celles utilisées par les bandits ?

Autre question que personne n’ose poser. Les policiers utilisent des armes qui sont la propriété de l’État haïtien. Elles coutent très cher les armes d’un simple revolver voire un fusil mitrailleur.

Qui fournit ces armes à ces bandits, armes qui tuent policier et civils ?

Bref, nous sommes dans une véritable comédie qui peut déboucher si nous ne prenons garde sur une véritable “somalisation” de l’espace haïtien. Nous avons tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme. Empêtrés dans la défense de nos petits intérêts mesquins, nous ne faisons pas attention à la menace qui nous pend au nez.

C’est l’urgence qui devrait nous porter à l’entente et au dialogue. Mais qui a conscience de cette urgence ? Les opinions se forgent à l’aune des intérêts individuels alors que la situation réclame de prendre de la hauteur. Qui ou quoi pourra changer la donne ?

Gary Victor

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