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L’ère du soupçon !

03 juillet 2018, 10:04 catégorie: Édito16 098 vue(s) A+ / A-

Les relations internationales sont entrées dans une période de glaciation. Les crispations et les réflexes d’enfermement sont devenus la marque de fabrique des relations entre les États. La solidarité internationale et les politiques d’ouverture sur les questions de migration et de commerce ont cédé la place au délire sécuritaire, alimenté il est vrai par un terrorisme nihiliste qui fait de la mort un moyen et une fin. Au réflexe sécuritaire vient s’ajouter un besoin de se « protéger » de la misère du monde.

La récente décision de la Cour suprême des États-Unis d’entériner la politique de l’administration américaine vis-à-vis de certains pays dits musulmans suscite quelques inquiétudes au pays d’Abraham Lincoln. Le bannissement temporaire de populations entières hors du territoire américain au nom de la sécurité intérieure des États-Unis trouve un écho certain au sein d’une population de plus en plus méfiante et dont la peur, certes légitime, est manipulée par des secteurs ultraconservateurs. Cette décision de l’actuel gouvernement américain avait pourtant été combattue par certains états de l’Union et par certains tribunaux qui en contestaient le bon sens et la légalité.

La position de la Cour suprême vient mettre fin à une saga judiciaire et politique, mais surtout annonce le grand basculement des institutions américaines les plus prestigieuses vers un conservatisme pur et dur. Il faudra attendre les élections de mi-mandat pour voir si le vent va tourner en faveur du parti démocrate ou de quelques modérés du parti républicain.

Quoiqu’il en soit, ces mesures consacrent un nouveau chapitre dans la grammaire des relations internationales. Elles témoignent aussi de l’incompréhension et de la méfiance qui s’installent entre les nations. La peur du terrorisme est mauvaise conseillère et peut conduire aux pires excès. Or, hormis le terrible attentat du 11septembre 2001, et quelques incidents meurtriers liés à Daesh, la majorité des attentats commis sur le sol américain sont le fait d’esprits dérangés qui entretiennent le culte des armes à feu.

Ce qui est certain, c’est que la nébuleuse terroriste aura atteint un de ses objectifs : soufflé sur les braises de l’incompréhension et des différends entre les peuples pour attiser les conflits qui ont pour base unique la peur de l’autre.

Un autre exemple de ces tensions internationales se manifeste sur le front asiatique. Le président américain estime que son pays a été floué dans certaines négociations commerciales au profit d’une Chine qui profiterait sans aucune gêne d’avantages commerciaux indus. Le déficit commercial américain se serait creusé pour atteindre les 300 milliards de dollars avec ce géant de L’Asie. La bataille menée par Donald Trump au nom des intérêts américains ne fait pas de quartier. Les liens historiques avec l’Europe ne vont nullement contrarier sa croisade pour une Amérique plus forte. L’intérêt national américain commande un contrôle plus strict sur les investissements étrangers dans le secteur des hautes technologies.

Le discours des hommes d’État se durcit de plus en plus et l’absence de civilité semble être la chose du monde la mieux partagée entre les puissants de ce monde. Les exportateurs européens ressentent sur leur nuque la chaleur de ces nouvelles dispositions des douanes américaines. Les Européens affutent leurs armes économiques et se préparent à sanctionner lourdement des centaines de milliards de produits venus des États-Unis.

Un nouveau nationalisme est né, chevillé aux « intérêts américains ». Il se situe à mi-chemin du traditionnel isolationnisme des années 30 et d’un interventionnisme aujourd’hui décomplexé. Ce qui n’est pas pour déplaire à un certain électorat qui espère ainsi un retour de la grande prospérité des États-Unis d’Amérique, celle qui a consacré leur suprématie incontestée à travers le monde.

Toutefois, resurgissent aux yeux des témoins de ce nouveau siècle, une dureté et une brutalité dans les rapports entre les nations dont la tendance ultime est la banalisation et/ou l’indifférence face aux désastres qu’ils soient humanitaires ou économiques.

Roody Edmé

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