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L’enseignement de la langue des signes, un atout pour l’intégration des personnes handicapées

05 décembre 2017, 10:17 catégorie: Société5 437 vue(s) A+ / A-

Des étudiants de l’IHLS en pleine séance de pratique.

 

La pratique de traduire les discours télévisés en langue des signes tend à devenir courante. Consistant en une suite de gestes apparemment incohérents, ce système de communication permet aux sourds-muets de comprendre ce qu’ils ne peuvent pas entendre. Jean Evens Pierre, cofondateur de l’institut haïtien de langue des signes (IHLS) situé à la 1re ruelle Jérémie, au Bois Verna, se réjouit de l’intérêt grandissant manifesté par de nombreux jeunes pour ce code et estime qu’une éducation inclusive ne sera pas possible dans les écoles haïtiennes sans des enseignants dotés d’une formation spécialisée.

Contrairement à d’autres centres qui accueillent uniquement les personnes souffrant de déficience auditive, l’IHLS reçoit des professionnels ou d’autres jeunes désireux de comprendre le code des sourds-muets ou qui cherchent des débouchés dans ce domaine. Jean Evens Pierre explique la pertinence de cette formation en Haïti par la nécessité de briser les frontières entre les sourds-muets et le reste de la société. Selon lui, l’engouement manifesté par un ensemble de jeunes est un bon signe pour l’épanouissement des personnes à besoins spéciaux.

Mais ce n’est pas uniquement pour satisfaire une curiosité qu’on apprend la langue des signes, affirme-t-il en indiquant qu’il y a de vraies opportunités dans ce domaine. Les établissements scolaires qui offrent une instruction inclusive préfèrent recruter des enseignants qui maitrisent ce code afin que les apprenants qui souffrent de troubles auditifs puissent bénéficier de l’assistance qu’ils méritent. De nombreux cas d’échec scolaire seraient évités si les écoles disposaient dans leurs staffs des personnes qualifiées pour encadrer les élèves frappés de surdité partielle, croit-il. En outre, l’interprétariat en langue des signes représente un métier à part entière. Il affirme : « certains de nos étudiants font le choix de devenir interprète en poursuivant jusqu’au niveau 3. Le programme à l’IHLS se déroule sur trois sessions durant chaque trimestre ».

L’enseignement de la langue des signes en Haïti reste encore peu développé, reconnait Fenel Bellegarde, spécialiste en accessibilité et accompagnement de public à besoin particulier, un autre cadre de l’institut. Il existe peu d’institutions à s’y intéresser, dit-il, citant le Centre St Vincent (le pionnier), l’institut Monfort à la Croix des Bouquets et l’école Pazapa de Jacmel qui accueillent des enfants sourds. Il rappelle que l’American Sign Language (ASL) qui sert de référence pédagogique a été introduit en Haïti en 1945 par l’humaniste américaine, Margareth John. Ce système ne correspondrait pas tout à fait aux référents linguistiques des apprenants. Par exemple, l’ASL ne permet pas de traduire des mots du créole haïtien qui sont apparus dans un contexte sociologique très particulier. Il a fallu inventer de nouveaux signes pour traduire le mot « mawozo » pour les sourds muets. Pour résoudre de tels problèmes, l’IHLS travaille à élaborer une nouvelle codification à base du créole haïtien.

Pour arriver à une société respectueuse des droits des personnes handicapées, il faut des actions continues pour atteindre les plus réticents, croit M. Bellegarde. Des progrès ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine et « sans doute, aujourd’hui, certaines entreprises réagiront mieux à l’idée de recruter des interprètes pour communiquer avec les sourds muets ». Il salue l’initiative de stations de télévision qui proposent une traduction en langue des signes dans leurs programmes et soutient que les difficultés auxquelles se heurte l’intégration des personnes handicapées s’expliquent davantage par un manque d’information que par une hostilité systématique.

Le défi de faire de l’école haïtienne un système inclusif préoccupe de nombreux secteurs. Les enfants sourds-muets n’arrivent pas, dans leur grande majorité, à obtenir l’encadrement que requiert leur situation pour gravir les échelons académiques.

En général, les sourds-muets ne dépassent pas le niveau de l’école fondamentale. Outre le manque de ressources humaines qualifiées et de matériel approprié, les stigmatisations et discriminations à l’égard des personnes handicapées restent un obstacle majeur à leur scolarisation.

Kendi Zidor

 

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