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L’École nationale de Géologie appliquée traitée en parent pauvre

15 mai 2017, 9:40 catégorie: Société4 447 vue(s) A+ / A-

École nationale de Géologie appliquée.

 

« La crise de l’École nationale de Géologie appliquée (ENGA) est l’expression du désintérêt de l’État haïtien face aux problèmes de l’environnement en Haïti », déclare, Polidor Wilner, professeur de géologie à cette entité de l’Université publique régionale (UPR).

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a mis l’École nationale de Géologie appliquée (ENGA) dans une situation d’instabilité perpétuelle. Le séisme a détruit ses locaux logés dans le même espace que le Centre Pilote de formation professionnelle. Depuis, un long périple a commencé. Aujourd’hui, les étudiants occupent les anciens locaux de l’École des Infirmières à la Rue Oswald Durand. Ils se réunissent chaque jour dans cet espace. En attendant la reprise des cours, ils réfléchissent sur la problématique de l’environnement haïtien en lien avec leur situation. « Nous ne comprenons pas pourquoi une institution spécialisée dans l’enseignement des Sciences de la Terre et de l’Environnement est à ce point négligée alors que le pays connaît une grave crise environnementale », s’interroge Christian Silmé.

 Un groupe de jeunes, discutant du peu d’importance accordé par l’État haïtien à leur domaine d’études, affirment : « C’est à nous autres, géologues, d’informer et de sensibiliser la population sur les différents problèmes en rapport avec l’environnement tels les tremblements de terre, les tsunamis, les inondations, les glissements de terrain… », explique Elna Étienne, étudiante en troisième année. Elle livre ses commentaires sur les récents dégâts provoqués par la saison pluvieuse. Selon elle, c’est une conséquence du manque de traitement des bassins versants.

 La problématique de l’environnement en Haïti, d’après ces étudiants de l’ENGA, est beaucoup plus profonde que les autorités ne le croient. « C’est à tort qu’on aime dire d’Haïti que c’est un pays essentiellement agricole. C’est une façon de faire oublier que les vraies ressources du pays sont les mines. D’où, l’absence de politique d’exploitation des ressources minières », soutient Junior Jules, un autre étudiant. Il constate avec désolation que les compétences des géologues ne sont pas exploitées dans des domaines où elles sont pourtant nécessaires comme l’agriculture et la construction. « Il est nécessaire de mener des études géologiques sur la structure des sols afin de savoir quoi planter et où. Et dans la construction de bâtiments, il faut d’abord effectuer une étude géotechnique pour qu’on puisse tenir compte des risques sismiques ou autres », dit-il.

 L’École Nationale de Géologie appliquée est traitée en parent pauvre, selon ses étudiants. « L’État nous avait placés dans un espace de trois chambres à Haïti Tec pour trois mois. Maintenant, cela fait 7 ans. Nous nous sommes rendus au Ministère de l’Éducation nationale pour présenter nos besoins : des locaux, un laboratoire, une bibliothèque et un budget », affirme Elan Étienne, étudiante en troisième année.

 Le Ministère de l’Éducation nationale a offert une solution peu accommodante. Après leur expulsion des locaux d’Haïti Tec, le ministre de l’Éducation nationale, Josué Agénor Cadet, leur a proposé de s’installer à l’École Nationale République du Canada, une école qui a déjà trois vacations, explique la même étudiante. Ils ont refusé, estimant qu’un « espace réservé à des enfants du premier cycle de l’école fondamentale, où les conditions sanitaires sont déplorables, est inapproprié ».

 À mi-chemin entre les locaux de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques et la Faculté de Médecine et de Pharmacie, les étudiants ont repéré un espace et s’y sont installés. « L’édifice où nous sommes maintenant appartient à L’État. Il logeait l’école des infirmières. Puisqu’il est vide, nous avons décidé de l’investir. On ne l’a pas pris de force. C’est stratégiquement que nous nous y sommes installés pour manifester notre colère », soutient Christian Silmé, étudiant en troisième à l’ENGA. Il ajoute que cet édifice ne répond pas aux besoins de son école qui compte cent cinquante étudiants.

Rodrigue Joseph

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