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Le temps

14 février 2017, 10:56 catégorie: Édito7 412 vue(s) A+ / A-

Le temps a toujours le temps pour lui. On dit qu’il est immuable, sauf que dans le temps sont insérés les êtres et les choses qui eux ne le sont pas. Les êtres, les choses changent, évoluent, se dégradent. Dans le temps les vies apparaissent, se développent et s’éteignent. Dans le temps se meut surtout l’esprit, l’esprit auquel le temps compte le temps pour qu’il puisse modeler les choses.

Chez nous on accorde très peu d’importance au temps. Time is money, dit-on sous d’autres cieux. S’il est immuable, il est précieux pour nous qui avons pour mission de sculpter les choses afin de faire honneur à cette intelligence dont l’Univers nous a dotés. Les choses, notre environnement, se dégradent à grande vitesse. L’équation, population-environnement-consommation- production, pose avec acuité, et urgence, le problème d’un désastre quasi certain dont la fuite de nos populations vers les cités qu’elles croient être celles de l’abondance n’est que le signe avant-coureur.

Comme on oublie les choses, nos lieux, on oublie le pays, perdus que l’on est dans des jeux de pouvoir devenus absurdes, dépourvus de sens, l’environnement dans sa propre dynamique amorce sa bombe. La course contre le temps devient ainsi un exercice futile, jouissif, pervers comme ces « chefs » dans ces 4X4 aux vitres fumées qui slaloment, klaxons à fond, dans des embouteillages en faisant croire que le temps a de l’importance pour eux, ce qui est totalement faux.

Une semaine depuis l’investiture de Jovenel Moïse ! On attend encore la désignation du Premier ministre, poste essentiel dans la machine décisionnelle comme le veut la Constitution. Des noms circulent avec des listes de ministres ou curieusement celui de la culture est toujours absent, comme si le seul secteur où Haïti existe n’a aucun intérêt. Cela devient un exercice très prisé avec l’importance prise par les réseaux sociaux. Chaque groupe de pouvoir comme partout ailleurs dans ce cas de figure veut son Premier ministre et on ne se fait pas de cadeaux. Le président doit préserver sa marge de manoeuvre dans un contexte historique et culturel où le personnage du président demeure aux yeux de la population le grand timonier. Il devra faire preuve de souplesse, d’un bon sens politique pour calmer les appétits dans un Parlement qui a appris maintenant à disposer du maximum.

Mais il nous faut arriver rapidement à une pratique politique qui tienne compte du temps. Le temps, nous en avons très peu si nous voulons encore offrir à cette nation et à ses enfants à venir un avenir vivable. Contrairement à ce que disait un personnage de roman voulant excuser son individualisme forcené, Haïti n’a pas l’éternité pour résoudre ses problèmes. Le compte à rebours est enclenché. Il faut travailler vite et bien pour arrêter le mécanisme infernal et inverser le cours des choses.

Gary Victor

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