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Le Sommet des Amériques, entre totem et tabou?

16 avril 2018, 8:40 catégorie: Édito15 042 vue(s) A+ / A-

Le 8e Sommet des Amériques s’est déroulé au Pérou du 13 au 14 avril 2018 autour du thème « Gouvernance démocratique face à la corruption ». Cette rencontre formelle de chefs d’État de 35 pays d’Amérique du Nord, Améri­que centrale, Amérique du Sud et des Caraïbes a été l’occasion pour le pré­sident d’Haïti de mettre l’emphase sur la bataille engagée par son adminis­tration contre ce fléau que constitue la corruption.

Jovenel Moïse, dans son discours de circonstance, dit avoir profité des ex­périences des voisins régionaux d’Haïti pour renforcer la lutte contre la corruption sur le territoire national : « l’intérêt de ma présence aujourd’hui à ce Sommet c’est de réitérer mon engagement à doter mon pays d’une ad­ministration publique moderne. C’est aussi pour partager mes profondes convictions que l’élan nécessaire au progrès d’Haïti passe surtout par une gouvernance publique saine ». Le dirigeant haïtien a fait savoir que de pro­fondes réformes sont nécessaires et sont désormais engagées en Haïti: c’est la condition du renouveau.

Fort du bilan de sa première année de gestion, l’élu du PHTK a indiqué que depuis son accession au pouvoir le 7 février 2017, il n’a cessé d’exprimer sa vision d’une société haïtienne libérée de la corruption. Il se dit animé de la volonté de marquer de façon irréversible les indispensables ruptures pour faire place au développement endogène du pays. L’action engagée par son administration contre la corruption a porté, a-t-il souligné, sur la révision des procédures de passation de marchés pour l’établissement de prix de ré­férence en vue de contrecarrer la surfacturation des contrats. OEuvrant pour le renforcement de la capacité de la Commission nationale de marchés pub­lics (CNMP), Jovenel Moïse a mis l’emphase sur l’organisation systématique de concours pour le recrutement de jeunes cadres en vue de redynamiser la fonction publique. L’indépendance et l’efficacité de l’appareil judiciaire, a-t-il précisé, sont au coeur de ses actions visant la vulgarisation de la culture de reddition de compte dans la sphère de l’administration publique. Ex­emple pour exemple, en voici un autre et peut-être le plus saisissant de tous, il dit associer étroitement la lutte contre la corruption et la gouvernance démocratique au mieux du développement national.

Les 34 pays ayant participé au Sommet des Amériques ont paraphé un ac­cord de 57 points afin de lutter de façon contre la corruption. Cette ren­contre continentale dont se raffolent les chefs d’État et de gouvernement du même continent a été marquée principalement par la crise syrienne et le cas du Venezuela (absent à cette assise) – et pour cause!- qui divise encore la région, mais aussi la condamnation générale de l’assassinat crapuleux de trois membres de l’équipe du journal équatorien El Comercio.

Tous les États de la région ont pris l’engagement d’assurer la protection des journalistes et toutes personnes enquêtant sur des actes de corruption. Selon Reporters sans frontières, il est urgent de mettre fin à l’impunité. Les bonnes intentions de ce Sommet doivent maintenant se transformer en ré­alité (sic). Dans le cas du Pérou, le président Martin Vizcarra a promis de le faire sans délai: « Le Pérou va se servir de ce document comme une base pour rédiger des textes de loi et proposer des mesures concrètes dans les prochains jours; nous ferons savoir à la presse quelles actions auront été retenues ». L’accord prévoit également d’améliorer les niveaux de protec­tion des lanceurs d’alerte et de toute personne dénonçant des cas de cor­ruption. Une Alliance régionale contre la corruption a aussi été créée et l’Organisation des États américains (OEA) a plaidé pour de nouvelles règles visant à améliorer la transparence et l’accès à l’information.

Le Sommet des Amériques dont les clés diplomatiques ne sont pas à dé­montrer s’est tenu pour la première fois le 11 décembre 1994 à Miami surnommée « Passage des Amériques » ou « Porte des Amériques ». En raison de ses relations économiques, culturelles et linguistiques avec tout le continent. Il faut rappeler que c’est à l’occasion de cette grand-messe en 2015 qu’une première rencontre officielle avait eu lieu entre Barack Obama et Raul Castro grâce à un accord-cadre, en dépit de l’unanimité de façade dont se targuent des cosignataires dans des instances régionales qui peinent à prendre fait et cause contre la mondialisation de l’indifférence au profit d’une mondialisation solidaire entre les peuples.

Robenson Bernard

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