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Le portrait des écartés

16 mars 2017, 11:10 catégorie: Édito11 782 vue(s) A+ / A-

Ne nous demandez pas de faire un flash instantané sur le cabinet ministériel. Des biographies sommaires peuvent être esquissées pour désigner des parcours. Elles ne seront pas assez explicites pour la perspective. Car, il ne s’agit pas simplement d’avoir des figures de groupe durant une pause officielle. Mais, de faire des prospectives pour le pays à partir d’un portrait stable au parlement ou au Palais national.

 Reconnaissez la difficulté de dire, aujourd’hui, la perspective ! La liste est officialisée par Le Moniteur et publiée. Par habitude, on cherche des noms. Un ami qui était dans l’administration publique depuis un bon moment. Un leader qui s’est fait connaître. Un membre de parti politique ayant pignon sur rue. Par crainte de dire que c’est l’arrivée d’une génération inconnue des combats des dernières décades, affirmons, avec prudence, qu’ils affûtaient leurs armes dans l’anonymat et attendaient patiemment le moment pour prouver la différence.

On n’a pas de précision sur ce moment idéal. À chaque fois qu’on croit qu’il est arrivé, voilà que ça nous désole encore ! L’establishment stable, rivé à sa photographie intemporelle, ne veut pas bouger d’un pouce. Le rituel ministériel laisse toujours l’opinion sur sa fin. En est-il pour le nouveau cabinet ministériel qui a connu son premier baptême de feu au Parlement ? On cherche une figure de proue pour un nouveau ton. La monotonie de la liste laisse croire que nous sommes acculés à décoder l’inédit.

Depuis les cinq dernières années nous assistons au nouveau phénomène de la génération des écartés. Il s’est fortement exprimé durant le débat mémorable entre la candidate du Rassemblement des nationaux progressistes et le candidat du Parti haïtien tèt kale, nouveau venu sur l’échiquier politique. Tout a failli basculer entre des histoires de « diplômes académiques » et de pragmatisme de terrain. Le personnel politique a changé de posture. Le cadrage du photographe aussi. Le flash instantané sur cabinet, en dépit de zoom et autre portrait de pied, ne traduit pas les attentes de la population.

 Avant, il y avait un vieux routier comme Victor Benoit qui méritait le poste de l’Éducation nationale. Il a été plutôt installé aux Affaires sociales. Il a donné sa démission pour une l’affaire d’une femme et d’un mur. Il y a eu aussi le Premier ministre Evans Paul, un peu grisé par l’âge. Mais c’est quoi ce décret où se joue le destin national de la Côte des Arcadins ? Il y a eu Marcus Garcia, journaliste méthodique et assidu. Le ministère de la Culture n’a pas trop bougé dans le provisoire. Il en est de même pour Yves Bastien aux Finances.

Devant ce groupe anonyme, il faut regarder du côté des résultats. Ces derniers se font attendre depuis des décades. On connaît les problèmes. On ignore les solutions. Et ça doit venir de ceux qui sont nommés pour le job. Le portrait de groupe doit non seulement montrer son homogénéité, mais aussi ses flexibilités individuelles. Les alliances politiques ayant toujours le dessus sur les choix patriotiques, il est donc difficile à la caméra de traduire l’antécédent. Les négociations. Sur quelle base on jette l’un à la poubelle, on envoie l’autre sur le banc de touche, on garde le troisième sur la chaise ministérielle ? À quand donc le portrait des écartés ?

 L’actuel cabinet doit très tôt prouver la différence. Sinon, l’éclat du flash du photographe peut, dans la raideur opaque d’une pause officielle, éparpiller le groupe au moment où l’on s’attend le moins.

Pierre Clitandre

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