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Le mépris délirant des chefs

10 mai 2018, 9:38 catégorie: Édito21 915 vue(s) A+ / A-

Les institutions internationales réclament une augmentation des prix des carburants à la pompe. Elles n’ont pas d’état d’âme. L’État se gère comme une entreprise. Les deux rangées sur le cahier doivent s’équilibrer. Entrée égale au moins sortie. Pas de déficit. Lesdites subventions consenties par l’État doivent prendre fin. Dans ce schéma souvent, et c’est le drame d’être économiste, c’est que celui qui fait l’histoire, celui qui fait le monde, c’est-à-dire l’Homme, l’être humain, n’est pas pris en compte. À moins qu’il existe, ici, des anges et des hommes, ces derniers condamnés à demeurer ce qu’en fait la modernité n’a pas fait disparaître : des esclaves. Des esclaves d’un genre nouveau.

On comprend qu’un État doit être bien géré. On ne peut pas dépenser plus que ce qui entre dans la caisse. Mais alors, si on est en situation de déficit, il faut couper tout d’abord dans tout ce qui n’est pas nécessaire dans la gestion des choses de l’État en prenant en compte l’intérêt de la majorité. Certains, en haut lieu, doivent pouffer de rire quand on parle de l’intérêt de la majorité. Le bon sens en matière de gestion, même en matière de simple politique, suggère avant même d’infliger à la population une augmentation des prix de carburant, de montrer que l’État lui-même, donc ceux qui le pilotent, sorte de l’espace du gaspillage et du népotisme. Il n’est pas normal que sénateurs, députés, hauts fonctionnaires ne subissent pas les effets de cette hausse. Ils garderont certainement leur même quota de bons d’essence, la plupart d’entre eux, étant incapables de dire le prix d’un gallon de carburant, car ne se servant que des fiches que l’État leur donne. Peut-être même ces quotas seront-ils ajustés à la hausse. Avant de prendre la décision que fera-t-on au niveau de l’État pour montrer que les « chefs » eux aussi sont décidés à souffrir avec la population ?

Il y a de quoi rire. Le chef ici ne souffre pas avec la population. Il n’est pas la population. Surtout s’il est là par la pratique d’achats de votes, ou tout simplement par clientélisme politique. Le chef jouit. Il est toujours prêt à ramper, à faire le toutou devant l’étranger qui donne le billet vert, pourvu que lui et sa clique continuent à ripailler. Oui, il faut assainir l’État, mais qu’il donne l’exemple. Quotas d’essence. Voyages souvent inutiles, sans retombées positives pour le pays, avec des per diem fabuleux. Cortèges de voitures de luxe, voiture dont la durée de vie est plus que courte et l’on sait pourquoi. On peut donner plein d’exemples où l’argent de la nation est tout simplement siphonné. On a encore oublié ce budget. Budget totalement scélérat, car comment un Parlement peut-il bénéficier de plus de ressources qu’un secteur aussi important que la santé dans un pays aussi démuni que le nôtre ?

Nos chefs nous méprisent. Le problème c’est que nous les élisons. Et le chef, une fois élu, a quatre, cinq ou six ans pour profiter. Il est très peu redevable au petit nombre d’électeurs qui l’a choisi. Alors, on est dans le mépris total de l’autre. Un mépris total du pays. Un mépris total de soi, car ce même étranger qui reçoit ce chef en sa résidence ou dans une mission à l’étranger a pour lui un mépris abyssal. Nos chefs nous méprisent, mais se doutent-ils du dédain, de la nausée qu’ils inspirent à certains de leurs interlocuteurs, qui eux, en fin de compte, en bons fonctionnaires, ne font que remplir une liste de pointage.

Gary Victor

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