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Le gilet de sauvetage troué de Jack Guy Lafontant

15 juillet 2018, 9:39 catégorie: Actualité, Dernière Heure9 996 vue(s) A+ / A-

Ceux qui refusent d’ouvrir grand les yeux, et seulement eux, ont cru à la déclaration du Premier ministre Jack Guy Lafontant, faisant croire qu’il avait soumis au président Jovenel Moïse sa lettre de démission avant de se rendre à la Chambre des députés, ce 14 juillet 2018, pour répondre à l’interpellation des 16 députés de la minorité.

 

Démission, si c’était le cas avant la séance, n’existait que comme roue de secours dans la boite à outils des députés de la majorité. Tout porte d’ailleurs à croire que c’est leur chef de file, Jean Wilson Hyppolite, qui a présenté cette solution au Dr Lafontant pour échapper au vote de censure des interpellateurs et à celle des parlementaires d’autres blocs politiques qui ont rejoint les rangs des députés interpellateurs. Maladresse ou omission, le Premier ministre démissionnaire, après avoir déclaré que le chef de l’État avait accepté sa démission, a fait à plusieurs reprises référence à l’exposé qu’il va faire par-devant l’Assemblée des députés pour défendre son bilan. Discours qui n’aurait plus sa place si effectivement M. Lafontant, qui a pris des notes tout au long de l’exposé des députés interpellateurs, ne faisait que liquider les affaires courantes.

De plus, cette administration, connue pour ses habitudes de recourir systématiquement aux réseaux sociaux pour communiquer, n’aurait pas mis des heures avant de publier la nouvelle sur Twitter. Information combien attendue par différents secteurs de la vie nationale et même par des acteurs internationaux, depuis les émeutes du week-end écoulé contre l’ajustement considérable des prix à la pompe ! Dans l’impasse où se trouve le chef de l’État haïtien, il n’aurait surement pas hésité à employer une formule de plus pour calmer les esprits.

 

De deux maux, les députés majoritaires ont aidé Jack Guy Lafontant à choisir le moindre. Mais ils auraient pu, tout simplement, lui épargner cette impasse en assumant réellement leur rôle d’alliés du pouvoir.

 

Si la tête de Jack Guy Lafontant a été mise à prix après les incidents du 6-7 juillet 2018, cela ne signifie pas que c’est la seule raison qui motive ceux qui veulent son départ. En réalité, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, sous les yeux des parlementaires de la majorité.

 

Ils n’ont pas su désamorcer la bombe à temps et ont laissé couler le navire. Certains, comme Alfredo Antoine, grand défenseur de l’action gouvernementale, après s’être publiquement opposé au projet d’augmenter les prix des produits pétroliers, a sauté par-dessus bord avant le naufrage. Les autres, pour des raisons méconnues du grand public, sont restés bouche bée.

Ces parlementaires auraient pu envoyer un signal clair beaucoup plus tôt à l’Exécutif. Les occasions de le faire n’ont pas manqué. Après le transfert du dossier Petrocaribe à la Cour des Comptes, la crise qui a paralysé l’Office d’assurance véhicules contre tiers (Oavct) pendant plusieurs mois, les grèves à répétition dans le système judiciaire,  les grèves des enseignants des écoles publiques, l’interprétation erronée du chef du Conseil supérieur de la Police nationale (Cspn) de l’insécurité qui paralyse le quartier de Martissant depuis mars 2018, les manifestations de rue des lycéens à travers le pays, l’incendie de deux marchés publics en février dernier, ou encore l’attaque au gaz lacrymogène du Café Trio au Cap-Haitien  (Nord du pays) et l’échec de la mission de la Brigade (Bricif), à Thiotte (Sud-Est) en avril dernier.

 

Le bloc majoritaire, fort de ses 71 membres, aurait même dû éviter, au chef de la Primature et à son gouvernement, cette interpellation initiée par seulement 16 députés.

Aujourd’hui, même sans être parvenu à infliger un vote de censure, comme ils le souhaitaient, à l’équipe de Jack Guy Lafontant, les députés minoritaires peuvent s’enorgueillir d’avoir, au moins, touché la plaie du doigt. Jouant le jeu ou pas, ils ont défendu, dans leurs motifs d’interpellation, les intérêts de leurs mandants et du coup présenté les majoritaires comme ceux qui n’ont de camp que le leur. Ces derniers, quant à eux, ne devraient plus être aussi confortables qu’avant. Si la personne qui aura à succéder à M. Lafontant analyse les choses sous tous les angles, elle risque de rebattre les cartes lors de la constitution d’une prochaine majorité au Parlement.

 

Michella Louis

 

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