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L’autre ?

04 juillet 2018, 10:40 catégorie: Édito16 116 vue(s) A+ / A-

Quelle est la place accordée à l’autre dans notre société ? L’autre est-il une fiction, une négation, une impossibilité même ? L’autre n’est-il qu’un tentacule d’une monstruosité née d’une foule engluée dans un grégarisme accablant, refusant toute expression d’un individualisme capable de s’opposer à sa course folle vers le désastre ?

Les exemples sont multiples pour montrer que l’autre chez nous est presque une fiction. On ne prend aucune mesure en pensant à l’autre, aux commodités de l’autre, au respect de l’autre, car nous tous, dans un espace géré par un concept d’égalité dévoyé, nous voulons, consciemment ou inconsciemment, nous retrouver dans le même enfer.

Donnons quelques exemples pris au hasard dans notre quotidien. On prépare une cérémonie dite de graduation où les parents des écoliers ou des étudiants sont conviés. Personne ne se pose la question à savoir combien de temps une assistance – l’autre – peut garder une attention même peu soutenue à l’activité. Celle-ci va s’étirer si bien en longueur que, finalement, tout le monde s’ennuie et ne rêve qu’à la fin de la cérémonie. Que dire de ces discours trop longs qui fatiguent les gens et où seul le hâbleur prend son pied pensant être entendu et apprécié ?

Le bruit est un autre exemple du peu d’importance accordée à l’autre chez nous. On s’arroge le droit de mettre de la musique à volume maximum dans un quartier. On le fait tout naturellement. L’autre bien sûr n’existe pas, vu qu’il ne peut être qu’une excroissance de sa propre négation. Il ne peut que se plaire dans la situation et accepter. Si d’aventure, quelqu’un proteste, il risque d’être considéré comme une sorte de fou, un asocial qu’il faut éjecter de la communauté. Comme le fait religieux, souvent, chez nous, ne se conçoit pas dans la méditation, dans le recueillement, mais dans le bruit, le vacarme, beaucoup de citoyens ont le sommeil difficile avec ces églises, ces pasteurs qui, en pleine nuit, au petit matin, vocifèrent souvent en utilisant des haut-parleurs pour imposer leur étrange vision du monde à des autres inexistants.

Le refus de l’autre dans un tel espace de précarité et de médiocrité rend presque dangereuse l’existence de tout esprit qui menace de dériver loin du groupe en raison d’un talent quelconque ou d’une compétence acquise. L’expression connue chez nous : se pa maji se don, est une sorte de couverture pour rester à l’intérieur du groupe, car on explique alors que sa différence n’est pas due à une volonté personnelle d’être autre chose. La responsabilité est reportée sur la divinité ou le diable.

Toute une campagne d’éducation civique, citoyenne, devrait être entreprise et durer sur le temps pour extirper de notre collectif ces comportements et pensées qui non seulement font abstraction de l’autre, mais surtout nous enferment dans une sorte d’égocentrisme où des esprits tortueux confondent culture et comportements acquis dans le chaos de cette médiocrité voulue par un État pour sécuriser sa reproduction. Le drame, c’est quand des compatriotes à l’étranger reproduisent ces comportements sans comprendre les dommages qu’ils peuvent causer à ces autres qui existent hors de nos frontières. On peut alors hurler à la persécution ou au racisme. Pour remédier à tout cela, il faut ici, donner à l’humain – à l’autre – la place qui lui revient de droit.

Gary Victor

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