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L’argent et les produits pétroliers n’aiment pas le bruit

15 mai 2017, 10:39 catégorie: Édito10 215 vue(s) A+ / A-

Le gouvernement semble exceller dans l’art de l’équilibre, en parvenant à mener une politique économique aux teintes de « Caravane du changement », tout en augmentant le prix des carburants à la pompe. Même si la nécessité de renflouer les comptes de la caravane passe par l’augmentation des produits pétroliers.

 Ainsi, le syndicat et le gouvernement ont-ils décidé de s’engager dans un processus de coopération et de négocier, sans faire de bruit, l’augmentation des produits pétroliers. En tout cas, l’été ne sera pas clément pour les agents économiques de petites bourses. Peut-être pas sur le plan des températures, mais sans aucun doute pour ce qui est des produits de première nécessité dont les prix vont grimper compte tenu de la hausse des prix du carburant à la pompe.

En effet, le prix du gallon de la gazoline passe de 189 gourdes à 224, celui du gasoil de 149 à 179 et celui du kérosène de 148 à 173 gourdes. Cette mesure, si elle s’inscrit dans la perspective d’une mauvaise allocation, pourrait s’avérer contre-productive.

 Pour l’Etat et certains agents économiques, commerçants et distributeurs de produits pétroliers, c’est évidemment une mesure qui vaut son pesant d’or. Car les perspectives de profit et de renflouement de la caisse de l’État sont particulièrement claires. En temps de crise aigue du pouvoir d’achat, de chômage de masse durable, acheter à coût réduit pour revendre à prix élevé, cela fait l’affaire.

D’un autre côté, la gazoline, le gasoil et le kérosène subviennent à bien plus d’un tiers des besoins des agents économiques en Haïti : que l’on fasse le plein à la pompe, ou que l’on achète du kérosène pour la consommation de chez soi, impossible d’ignorer une augmentation de ces produits.

 La hausse des prix de ces produits semble, définitivement, s’installer dans l’économie nationale. Fini la baisse des carburants. Certains facteurs peuvent l’expliquer. D’abord, l’augmentation n’a rien à voir avec l’économie réelle, mais est liée à la politique de l’administration Moise-Lafontant de financer le projet de « Caravane du changement ». Ensuite, la demande globale des produits pétroliers reste, à notre connaissance, le signal clé des élégances sur ceux des autres produits de première nécessité en Haïti. Or, celle-ci a peu progressé ces dernières années. On a pour preuves la médiocre croissance en 2014 (2,8 %), 2015 (1.7 %), et en 2016 (moins de 1 %).

 Durant près de deux décennies, l’économie haïtienne n’arrive pas à nourrir tous les Haïtiens ni à assurer un emploi durable aux chômeurs. Jusqu’à présent, en plein 21e siècle, les Haïtiens modestes succombent sous le poids de la misère et du chômage durablement chronique.

À cela s’ajoute, la mauvaise gestion des ressources faite par l’État, en particulier le fonds pétro caribe. Enfin, l’État, actuellement, est à genou. Il n’arrive pas à assurer le fonctionnement régulier de certains services comme l’éducation (le système scolaire fonctionne mal), la santé.

Il est donc évident que ces hausses vont contribuer à l’augmentation du coût de la vie et toucher durement les couches les plus vulnérables de la société. Et ces hausses, rassurons-nous, vont continuer leur course pendant un bon bout de temps. Attendons voir.

Somme toute, Selon Charles Castel, l’ancien gouverneur de la Banque Centrale, la paix sociale est un facteur important de l’économie. Nous vivons dans une société où il y a un niveau de frustration qui peut s’avérer dangereux aux niveaux social, économique, politique. L’État, s’il veut être pris au sérieux, doit maitriser la distribution d’eau potable, d’électricité, de santé, d’éducation de qualité à tous ses citoyens, leur assurer un accès permanent et sans cesse amélioré aux produits de consommation courante comme la gazoline, le kérosène et le gasoil.

Jacques ABRAHAM

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