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L’angoisse de l’avenir!

06 août 2018, 9:26 catégorie: Édito15 726 vue(s) A+ / A-

Le théâtre tragique de la crise socio-économique nationale ouvre inexorablement ses portes. Il incite la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) à tirer la sonnette d’alarme sur l’accroissement de 3 % du coût du panier de la ménagère sur toute l’étendue du territoire national au cours du deuxième trimestre de l’année 2018. La grande majorité de la population connait donc un stress alimentaire bien sévère. C’est préoccupant. Dans ce contexte particulier, l’action suppose la politique ; et la politique interpelle manifestement l’économique dans une perspective sociale.

Six produits de base constituent le panier alimentaire en Haïti: le riz, le mais, la farine de blé, le haricot, le sucre et l’huile végétale. Dans son dernier bulletin, la CNSA souligne que certaines communes sont déjà en situation de crise alimentaire, notamment dans le Sud, la Grand’Anse, le Plateau central, Belle-Anse, Th omassique, Cerca Carvajal, Maissade. Cela risque de se détériorer en raison de la perte des récoltes, de la sécheresse et du manque de moyens auxquels sont confrontés les entrepreneurs agricoles.

« La situation économique désastreuse des ménages risque de s’aggraver par rapport aux exigences de la rentrée scolaire », prévient la CNSA à un moment où des secteurs vitaux de la vie nationale dénoncent le gaspillage des fonds publics par les dirigeants très peu soucieux, pour la plupart, de la façon de penser la société idéale en faisant de la politique autrement.

 Dans son rapport de classifi cation de l’insécurité alimentaire publié en octobre 2017, la CNSA avait classé les départements du Nord-Est et les zones montagneuses de la Grand’Anse en phase de crise tandis que le reste du pays était jugé en phase de Stress. Le document avait estimé 1,32 million de personnes de la population en situation de crise ou d’urgence d’octobre 2017 à février 2018. Il prévoyait une détérioration de la sécurité alimentaire de mars à juin 2018 dans certaines zones.

Le réseau Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET), dans son dernier bulletin d’avril 2018 avait indiqué que dans le Nord-Ouest et les Nippes, des pluies supérieures à la normale avaient perturbé en janvier le développement des cultures d’hiver, aff ectant les revenus du travailleur agricole. Les plantations qui devaient atteindre leur maturité en février ont été quasiment détruites (Baie de Henne, Bombardopolis, Môle St-Nicolas, Jean Rabel, etc.). Le Nord-Est et le Plateau central sont en crise Phase 3 de l’IPC (Integrated Food Security Phase Classifi cation) à cause des chocs climatiques: « le reste du pays se trouve en Stress et en Minimale (Phase 1 et 2 de l’IPC ».

Exclusion de la terre, du revenu, du travail, du salaire, de la vie et de la citoyenneté sont autant de facteurs d’une forme moderne d’exil, selon des spécialistes de l’économie solidaire. Or, la grande majorité de la population, soit plus de 60 % se trouve en dessous du seuil de pauvreté et ses moyens d’existence très fragiles sont souvent aff ectés par divers aléas. Selon l’IPC, 70 % de la population se trouve en insécurité alimentaire chronique. La langue du nouveau Premier ministre, dans l’énoncé de sa politique générale au Parlement, devait être constituée d’une rhétorique dont l’action qu’elle sous-tend gagnerait à en être la transcription. Ses interventions d’urgence, inscrites dans le cadre d’une praxis qu’il importera de déchiff rer selon une grille de lecture non conventionnelle, seront la réponse appropriée aux mouvements populaires qui ne demandent pas mieux que de la justice sociale.

Cela exige un engagement dans le respect de l’altérité et de l’autre. Ceux qui, dans son entourage, s’eff orceront de garder en ce sens leur lucidité ne seront point marginalisés. En situation de crise, il y a des démarches qui ne peuvent être accessoirement sociales dans leur résonance comme dans leur champ d’application.

Souvent les gouvernements parlent de quelque chose et font voir pratiquement le contraire à la population. Reste à savoir ce que sera le rapport du nouveau locataire de la Primature avec la communication politique qui ne consiste pas à faire circuler un mot d’ordre, mais à s’assurer que le peuple se comporte en temps et lieu comme s’il croyait à la vertu des politiques publiques qui n’engendrent pas la moindre ambiguïté sur la nécessité de prendre conscience de l’angoisse de l’avenir. Robenson Bernard

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